Abolissez la police, pas les putes !

Abolissez la police, pas les putes !

Soutien à la famille de Nahel et aux luttes

Le STRASS tient à renouveler tout son soutien à la jeunesse en révolte contre le racisme et les violences policières.
Nous appelons à l’amnistie de toutes les personnes actuellement mises en examen et condamnées à l’occasion de ces révoltes parce qu’elles ont exprimé leur juste et légitime colère face aux crimes racistes de la police.

Nous condamnons les cagnottes et autres formes d’encouragements de la part des responsables politiques et médiatiques à tuer des arabes et des noirs en France.

Nous condamnons les menaces des syndicats de police et des représentants de l’armée à organiser un coup d’état ainsi que le vocabulaire colonial et raciste utilisé (« hordes sauvages », « nuisibles »).

Nous condamnons la conspiration du silence face à ces crimes, et face aux mobilisations des groupes fascistes et racistes qui défilent de plus en plus ouvertement dans les rues en soutien aux violences racistes.

 

La cause des révoltes est simple : le racisme et les crimes policiers.

Toute autre analyse visant les jeux-vidéos, les réseaux sociaux, les parents, l’immigration, ou autre stupidité, sert en réalité d’attaque raciste et classiste contre les victimes des crimes commis, et à dépolitiser la réponse à ces crimes.

Ces sophismes nous rappellent évidemment ceux pour justifier la criminalisation de la pornographie et plus généralement du travail sexuel, puisque là encore, notre simple existence est analysée comme la cause des violences faites aux femmes, de l’exploitation des enfants, ou de la traite des êtres humains, dans le but de déresponsabiliser l’état, et de mettre en accusation celles qui sont en réalité les premières discriminées.

 

Par ces réponses à côté de la plaque, le pouvoir macroniste démontre qu’il craint en fait de condamner les crimes racistes et de réformer la police en expulsant ses éléments les plus racistes (à défaut de l’abolir), parce qu’il a besoin de cette institution pour mobiliser sa force de violence, et faire taire toute forme de contestation à sa politique anti-sociale, comme lorsqu’il mutile des gilets jaunes, ou gaze et tabasse les manifestants contre la réforme des retraites.

La corporation policière a choisi d’être représentée majoritairement par des syndicats d’extrême droite qui emploient un langage ouvertement raciste. Elle est sociologiquement étudiée comme votant majoritairement pour des partis d’extrême droite, au moins pour les deux tiers des répondants dans ces études. Les mobilisations des policiers devant l’Assemblée nationale se permettent de remettre en cause les décisions de la justice et de l’état. Alors que les policiers devraient obéir, ils ordonnent, et exigent des lois, qui leur permettent de tuer en toute impunité, ce que leur ont accordé les derniers gouvernements successifs.

Cela a eu pour conséquence une augmentation significative des meurtres commis non plus au nom d’une prétendue légitime défense, mais pour un simple refus d’obtempérer ou délit de fuite. Ces délits de fuite n’ont d’ailleurs étrangement pas les mêmes conséquences lorsqu’ils sont commis par les fils de monsieur Zemmour ou de madame Morano. Nous atteignons ainsi des chiffres records avec 44 personnes abattues entre 2021 et 2022, soit davantage qu’entre 2010 et 2015 inclus. Pour comparaison, en Allemagne, c’est une personne qui a été tuée par la police en 10 ans pour refus d’obtempérer, tandis qu’en France, c’est pratiquement tous les mois.

 

Les analyses féministes qui se contentent de dénoncer la violence des hommes en général, sans prendre en compte les masculinités subalternes du régime patriarcal qui résistent à un pouvoir dominant raciste, créant ainsi une fausse équivalence entre deux formes de patriarcats, permettent de rendre illégitime les colères des hommes victimes du racisme, mais aussi, avec eux, celles des femmes et des minorités sexuelles et de genre concernées.

Les femmes et les personnes genrées en position subalterne, bien que minoritaires, ont davantage été mobilisées dans les révoltes de ces derniers jours, en comparaison de celles de 2005. Les femmes racisées ne peuvent pas être effacées quand elles sont par ailleurs extrêmement mobilisées contre le racisme et les violences policières toutes ces dernières années, en portant notamment la parole des sœurs et des mères, prenant même des positions de leadership dans les mouvements et luttes antiracistes en France, tout comme aux Etats Unis, avec le mouvement Black lives matter.

Nous tenons à rappeler que les travailleuses du sexe aussi sont fortement concernées par le racisme et les violences policières, subissant du harcèlement policier à répétition sur les lieux de travail en extérieur, des humiliations et interpellations abusives, des OQTF et envois en centre de rétention, et des arrêtés municipaux et préfectoraux les désignant comme une nuisance publique pour une simple présence et visibilité dans l’espace public.

Au regard de cette situation, nous déplorons que des femmes travailleuses du sexe aient été la cible de violences à la Courneuve dans la nuit du 28 au 29 juin dernier, et regrettons la normalisation de la putophobie dans l’ensemble des champs des luttes sociales, y compris dans le camp des plus dominés.

 

Nous rappelons que dès les années 1970, le mouvement des travailleurSEs du sexe a exprimé des principes anti-carcéraux, pas seulement parce que « nos hommes » étaient injustement incarcérés pour « proxénétisme », mais parce que notre communauté a toujours été la cible des politiques d’enfermement, en nous pathologisant ou en nous criminalisant. Aujourd’hui encore, de nombreuses femmes travailleuses du sexe, cisgenres et transgenres, se trouvent incarcérées, soit parce qu’elles ont apporté une « aide à la prostitution » à des collègues, via la solidarité ou le partage d’un logement, soit pour s’être défendues directement face à la violence des hommes, sans attendre la protection (inexistante) de la police.

Nous continuerons à défendre un féminisme anti-carcéral, en opposition à un féminisme d’état qui ne défend que les intérêts des bourgeoises, via une police qui protège la propriété privée, et jamais les femmes du peuple, concernées par la précarité et le racisme, refusant même le simple principe de prendre nos plaintes pour viol.

Quand tout le monde crie qu’il déteste la police dans les manifestations, nous dénonçons un certain féminisme et une certaine gauche qui, au contraire, adorent la police lorsqu’il s’agit de mettre des amendes à nos clients ou de nous chasser des centres urbains.

 

Enfin, nous souhaitons interroger l’ensemble de la société sur les valeurs qu’elle prétend défendre. Comment se fait-il que ceux dont le métier est de porter les armes, d’user de la violence jusqu’à violer et tuer soient considérés comme des héros, soient récompensés de médailles et par des cagnottes, tandis que celles dont le métier consiste à donner du plaisir, de l’attention, de l’affection, de l’écoute, du soutien émotionnel, sont considérées comme un fléau social, une nuisance publique, la cause de toutes les violences et des pires crimes, les pires parias, nécessitant des programmes d’intervention stigmatisants et exceptionnels pour nous réinsérer socialement ?

Nous ne sommes pas le problème. Nous ne sommes que les victimes de votre hypocrisie.

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