Travail du sexe : 6 ans que votre loi tue !

La loi du 13 avril 2016 pénalisant les clients n’a atteint aucun de ses objectifs officiels. L’exploitation des mineurs et la traite des êtres humains se portent mieux que jamais.

Dans son rapport de février 2022, le groupe d’experts-es contre la traite des êtres humains (GRETA) du conseil de l’Europe affirme que : « Les membres des forces de l’ordre rencontrés [] ont précisé que la criminalisation de l’achat d’acte sexuel a eu pour conséquence de réduire drastiquement le nombre de personnes se prostituant sur voie publique, ce qui a rendu l’identification de victimes potentielles par des enquêteurs extrêmement difficile. »

En outre, Elvire Arrighi, directrice de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) lors de son audition au Sénat le 8 avril 2021, estime que la pénalisation des clients est avant tout un outil de la police du quotidien. Cela signifie qu’elle a pour but principal de chasser les travailleurSEs du sexe des centres villes et ne sert en rien à faire reculer l’exploitation puisque les clients interpellés n’apportent aucune information pertinente à la police. Preuve en est également le maintien, dans de nombreuses villes, d’arrêtés municipaux visant directement les travailleurSEs du sexe, alors même que la loi est construite sur un pseudo objectif de ne plus les pénaliser.

 

Même au sein des forces de l’ordre le constat est partagé. Dès 2018, Jean-Paul Mégret, patron de la brigade de répression du proxénétisme (BRP), déclarait que « cette loi a favorisé le développement de la prostitution sur Internet avec des tarifs équivalent à ceux pratiqués dans la rue […]. Cette loi n’a pas eu les effets escomptés, poursuit-il. Elle a surtout chassé les filles de la rue pour les faire passer dans des hôtels ou des appartements, et tout se passe désormais via la cyberprostitution »[1].

La pénalisation a cependant eu des effets extrêmement délétères sur nos conditions de vie puisque son objectif est avant tout de nous priver de revenus afin de décourager le maintien de l’activité. Sans clients, il n’y aura plus de prostitution nous disait-on ! C’est précisément ce qui est arrivé lors des confinements et couvre-feux à cause de la pandémie du coronavirus. Cette période a été la pire, nous trouvant sans aucun revenu, sans protection sociale, avec pour seul dispositif un « parcours de sortie » inadapté à la situation. Une vague de suicides s’en est suivie ainsi que des prises de risques encore plus grandes.

En janvier 2016, peu avant le vote définitif de la loi, la Haute Autorité de Santé rendait public un rapport indiquant un taux d’usage systématique du préservatif de 95% pour les pénétrations chez les travailleurSEs du sexe[2]. Deux ans plus tard, l’étude Le Bail-Giametta[3] indiquait au contraire que 38,3% des répondants-es n’arrivaient plus à négocier le port du préservatif. La précarisation induite par la pénalisation a ainsi renforcé considérablement le pouvoir des clients et réduit nos options y compris celles pour protéger notre santé.

Les prises de risques ont également poussé à travailler dans des endroits plus reculés, plus dangereux, et à accepter des hommes se faisant passer pour des clients afin de nous voler et violer. Lors du procès du meurtre de Vanesa Campos en janvier 2022, Maître Nefali a fait remarquer à l’enquêteur que c’est depuis 2016 que les accusés se sont mis à voler les prostituées et leurs clients, une conséquence du fait que ceux-ci ne pouvaient plus porter plainte. Malheureusement, un de ces clients était un policier dont l’arme de service a été dérobée et a servi à la tuer.

Nous n’en pouvons plus de compter les meurtres, les suicides, les vies brisées par la maladie et la précarité imposées. Nous exigeons le respect de nos droits humains fondamentaux et donc l’abrogation de toute forme de pénalisation du travail sexuel. Nous exigeons le droit à la vie.

Manifestation mercredi 13 avril, 14h départ place Pigalle !

 

[1] https://www.lepoint.fr/justice/prostitution-enquete-sur-les-nouveaux-visages-du-proxenetisme-en-france-06-09-2018-2249103_2386.php

[2] https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2016-04/rapport_etat_de_sante_des_personnes_en_situation_de_prostitution_et_des_travailleurs_du_sexe_vf.pdf

[3] Le Bail, Hélène ; Giametta, Calogero, « Enquête inter-associative sur l’impact de la Loi prostitution de 2016

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