PPL Tanguy : non au retour du réglementarisme !

Mardi 7 avril, nous avons reçu un email du député RN Jean Philippe Tanguy pour nous présenter ses orientations générales en faveur d’une proposition de loi visant à « réglementer la prostitution ».
Nous avons décidé de décliner son invitation de nous associer à son projet.

En voici les raisons :

  • La décriminalisation du travail sexuel que nous exigeons n’a rien à voir avec une politique réglementariste
  • Nous refusons l’inscription à un « registre administratif » obligatoire, sans aucune précision sur les « autorités compétentes » auprès desquelles s’inscrire, avec un risque trop grand de stigmatisation et de perte d’anonymat malgré la promesse de respect de la vie privée.
  • Nous sommes opposées à toute « licence » obligatoire pour pouvoir exercer notre travail
  • Nous rejetons l’idée « d’agrément sanitaire » pour exercer, ainsi que toute mesure hygiéniste. Notre communauté a toujours été à la pointe de la prévention et de la responsabilité face aux diverses épidémies et nous n’avons pas à subir de contrôle sanitaire déresponsabilisant pour nos clients, et discriminant pour les personnes vivant avec le VIH, ou autre pathologie, alors mêmes qu’elles ne transmettent pas de virus avec une charge indétectable, et que nous avons toujours su imposer les divers outils de prévention à nos clients.
  • Le secret médical doit être conservé, et notre « suivi médical » ou « accompagnement psychologique » ne peuvent pas dépendre d’une surveillance coercitive de l’état. Notre santé nous regarde et relève de notre responsabilité individuelle, et collective en tant que communauté. Nous n’avons pas développé 40 ans de santé communautaire qui a démontré son efficacité, pour finalement subir un contrôle sanitaire stigmatisant et contre-productif au regard de notre santé. C’est d’autant plus insultant que la France n’a jamais été capable de produire une épidémiologie VIH pour les travailleurSEs du sexe en 40 ans d’épidémie, ni de panomara général de nos besoins sanitaires.
  • Nous n’avons pas besoin d’un entretien annuel obligatoire spécifique pour nous contrôler. Nous demandons le même accès à la médecine du travail et aux services de santé que tous les autres travailleurs sans aucune forme d’exceptionnalisation. Le travail sexuel en soi n’est pas dangereux, ce sont les politiques anti-travail sexuel qui insécurisent nos conditions de travail en nous poussant vers la clandestinité.
  • Nous n’avons pas besoin d’usine à gaz ni « d’organisme spécialisé » si nous souhaitons changer d’activité. Nous exigeons le droit à la formation professionnelle et à l’inscription à France Travail. L’accompagnement social offert par les associations de santé communautaire doit être soutenu par les pouvoirs publics, mais nous ne voulons pas de dispositif spécifique stigmatisant en dehors du droit commun.
  • Le fait de vouloir « sanctionner lourdement » toute forme de travail sexuel en dehors du cadre légal proposé réintroduirait une forme de criminalisation que nous avons toujours combattue. Cela viserait en particulier nous devinons les personnes sans-papiers, qui seraient exclues des dispositifs légaux. Nous refusons catégoriquement cette potentielle division de notre communauté entre nationales et étrangères et exigeons l’égalité des droits ainsi que la décriminalisation pour toutes les travailleurSEs du sexe sans condition de nationalité, ou autre.
  • Nous rappelons enfin que la grande majorité des travailleurSEs du sexe exercent de manière indépendante, contrairement à ce que racontent les médias qui relaient les mensonges des politiques depuis des années. Sanctionner lourdement les personnes qui exerceraient en dehors des cadres légaux d’établissements réglementés, signifierait la criminalisation du plus grand nombre des travailleurSEs du sexe, sans n’apporter aucun progrès à la lutte contre l’exploitation, bien au contraire. C’est l’application du droit du travail dans son ensemble qui permet de lutter contre l’exploitation, et pas uniquement ouvrir la possibilité de travail en coopératives.

Nous appelons l’ensemble de la classe politique à étudier sérieusement notre demande de décriminalisation sur le modèle législatif de la Nouvelle-Zélande et de la Belgique. Le modèle de travail en coopérative qui existe dans plusieurs pays indépendamment des différentes législations ne peut pas servir à criminaliser les autres formes de travail sexuel, en particulier celui des personnes migrantes. Si tel était le cas, nous nous opposerons de toute nos forces à une telle proposition de loi.

 

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