Oui, je gère !

Contrairement au gouvernement :

Oui, je gère !

La semaine dernière une nouvelle campagne de communication du gouvernement se présentait comme un message de prévention à l’égard des jeunes filles mais s’attaquait en réalité à l’ensemble des travailleurSEs du sexe, et en particulier, à notre revendication d’autogestion.

Avec la perversité qu’on lui connait, le gouvernement inverse les rôles : c’est lui qui interpelle la population sur un danger qu’il crée pourtant lui-même, à savoir l’exploitation des plus jeunes (et des moins jeunes), tandis que la population doit rester silencieuse et lui faire confiance pour sa « protection ».

Quand habituellement les mouvements féministes savent mettre en accusation les défaillances des politiques publiques ; sur ce sujet, les courants féministes carcéraux et fémonationalistes applaudissent. En l’occurrence, les défaillances sont pourtant nombreuses : Aide Sociale à l’Enfance, accompagnement social, précarité, droit au séjour et au logement notamment pour les victimes de traite, lutte contre les violences familiales, les politiques publiques sont notoirement dysfonctionnelles et inefficaces.

Or, au lieu de s’y atteler, le gouvernement insiste sur le fait que le problème réside essentiellement dans la naïveté et la cupidité des jeunes filles qui pour « s’acheter un sac Vuitton ou un IPhone » sont prêtes à « vendre leur corps » et croient gérer, alors qu’elles sont sous influence des réseaux sociaux et de la téléréalité. Un fumeux « effet Zahia » du nom de l’actrice Zahia Dehar est mis en avant comme explication, pour mieux accuser les travailleuses du sexe qui ont le malheur de réussir leur carrière professionnelle, et d’être ainsi responsables de tous les malheurs en « incitant à la prostitution » par « glamourisation ». Soyez malheureuse ou vous êtes coupable.

Le but réel est là : accuser les putes et criminaliser le travail sexuel indistinctement de notre âge puisque nous sommes considérées comme des mineures à vie. Nous n’écoutons pas sagement papa et maman. Nous refusons de nous identifier comme des victimes par essence, incapables de mener nos propres analyses, dans l’attente de sauveurs. Nous méritons donc les violences que nous subissons, puisque la criminalisation de notre travail a pour but de nous « protéger » contre nous-mêmes en cherchant à nous dissuader, un peu comme quand on criminalisait l’avortement autrefois, ou qu’on nous interdit de sortir habillée sexy la nuit pour ne pas être violée. C’est pour notre bien.

Lorsque les rapports d’évaluation sur l’exploitation sexuelle des mineurs révèlent que la cause principale évoquée par les répondantes est le besoin d’argent, il n’y a évidemment aucune réponse politique à cette demande. Des chiffres mensongers sans aucune base scientifique, qui n’ont pas pour but d’informer mais de faire peur, circulent sans aucune vérification journalistique, pour justifier ensuite une politique répressive qui amalgame toutes les formes de travail sexuel. Les sites où nous postons nos annonces sont fermés, la pornographie et le contenu pour adulte en ligne sont censurés, nos clients sont pénalisés, notre consentement n’est jamais opérant, même après 18 ans. Cette répression est d’ailleurs contre-productive puisque les autorités policières se plaignent de moins bien pouvoir identifier les victimes à force des déplacements des scènes de travail sexuel.

Les mineurs concernés n’appelleront pas le numéro vert du gouvernement. Ils et elles continueront de fuguer, de fuir l’ASE, et de n’avoir aucune confiance dans les travailleurs sociaux qui n’apportent qu’un discours moral et aucune réponse satisfaisante à leurs besoins. Il ne s’agit donc pas d’aider ni de protéger qui que ce soit, pas plus les mineurs aujourd’hui avec un plan com de merde, que les majeurs avec les lois répressives. Il s’agit au contraire de masquer l’échec total des politiques actuellement menées puisque tous les rapports d’évaluation montrent une augmentation de l’exploitation (en particulier des mineurs), des violences, de la précarité, et une dégradation de la santé.

Pour des politiques qui tiennent compte des vrais besoins des travailleurSEs du sexe et des mineurs qui vendent du sexe, nous appelons à la mobilisation le 13 avril prochain, contre la criminalisation du travail sexuel et pour l’accès à la protection sociale via le droit commun.

 

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