10 ans de loi, 80 ans d’abolitionnisme d’état : le bilan accablant des politiques anti-putes
Le 13 avril 2026 sera la date anniversaire des 10 ans de la loi 2016 dont le bilan est catastrophique en termes de précarisation, d’insécurité et sur notre santé. C’est également les 80 ans de l’abolition des maisons closes, et l’occasion de dénoncer tous les retours nostalgiques à des politiques de contrôle coercitif ou de criminalisation du travail sexuel.
Alors que le Rassemblement National tente de se dédiaboliser sur notre dos, en reprenant notre idée de coopératives autogérées, nous rappelons que les luttes des putes sont nécessairement antifascistes, antiracistes, internationalistes, et contre toute forme de fémonationalisme.
Les politiques néolibérales s’accommodent très bien de l’abolitionnisme d’état et installent l’arrivée du fascisme
Nous proposons le 12 avril 2026 comme journée de réflexion et de débats, pour démontrer l’apport et l’intérêt des luttes TDS afin de contrer l’agenda néolibéral autoritaire et le danger fasciste dans le contexte actuel.
Dans un premier temps, nous appelons à un débat sur la place et le rôle du syndicalisme pute dans la lutte contre l’austérité néolibérale. L’absence de droit du travail et de protection sociale imposés par l’agenda abolitionniste et prohibitionniste ne font que précariser à mort les travailleurSEs du sexe et ne pourront jamais être un modèle pour des politiques de gauche conséquentes. Il est temps de redéfinir les attentes et les objectifs et de dénoncer les dérives sémantiques qui ont transformé des idéaux émancipateurs en une exclusion des TDS de la classe des travailleurs. Il est temps de penser la violence du travail en général, et pas l’abolition d’un travail en particulier. Il est temps de prendre en compte les travailleurs de l’économie informelle qui restent sans droits. Il est temps que les syndicats et partis de gauche cessent d’exclure les travailleurSEs du sexe.
Dans un second temps, nous défendons une analyse des luttes putes comme modèle de lutte antilibérale et antifasciste. La criminalisation du travail sexuel, notamment à travers la pénalisation des clients et les arrêtés, vise à effacer la visibilité du travail sexuel dans l’espace public. Cette politique n’a rien à voir avec la protection des femmes, mais sert un agenda économique de gentrification des villes et d’accompagnement de la spéculation immobilière pour garantir la plus-value des propriétés privées. L’occupation de l’espace public par les putes est la meilleure réponse d’autodéfense féministe contre les politiques fémonationalistes « anti-harcèlement de rue » qui visent à renforcer la présence policière et criminaliser les hommes des classes dangereuses et racisées. Le statut de victimité offert aux femmes blanches par le néolibéralisme ne fonctionne pas pour les femmes les plus précaires et racisées qui ne sont jamais, ou seront toujours moins bien, protégées, par la police et le système judiciaire.
Politiques racistes
Non seulement, la victimité blanche n’apporte aucune garantie de protection, mais elle nous enfonce dans une incapacité politique au profit des sauveurs qui imposent leurs frontières, leur morale, leur police. L’exemple le plus parlant est celui de la lutte contre la traite des êtres humains telle que menée par le gouvernement, qui ne permet pas de garantir ne serait-ce que le droit au séjour pour les victimes, mais au contraire est instrumentalisée pour défendre une politique carcérale anti-immigration et anti-travail sexuel.
Politiques sexistes
Quand le consentement des travailleuses du sexe est invalidé comme inopérant, cela signifie que nos clients sont considérés comme des violeurs tandis que nos plaintes contre les vrais viols ne sont pas prises au sérieux. Cela signifie que la lutte contre les violences se résume à lutter contre l’existence de notre travail, qui par l’enfermement dans la clandestinité attire davantage les agresseurs qui savent que nous ne pouvons pas porter plainte, au risque d’être jetées à la rue. La criminalisation du travail sexuel entrave nos droits humains fondamentaux, comme le droit au logement, à la santé, à la vie privée et familiale. En 2026 les travailleuses du sexe n’ont toujours pas droit d’ouvrir un compte en banque comme le reste de la classe des femmes qui l’a obtenu en 1965 !
Le dimanche 12 avril 2026 nous invitons toutes les travailleurSEs du sexe et tous nos alliéEs féministes, antiracistes, syndicalistes, des forces progressistes de l’ensemble des mouvements sociaux à nous rejoindre et à travailler ensemble à une offre politique alternative pour l’ensemble des catégories opprimées. Rendez vous au Doc à partir de 15h !
AGORA POP TDS dimanche 12 avril 2026 au DOC !
26 rue du Docteur Potain 75019 Paris
de 15h à 22h
Suivi d’un apéro & DJ set