Strass Syndicat du travail sexuel - TravailleurSES du sexe en lutte !

Une nouvelle équipe pour le STRASS

L’Assemblée Générale du STRASS s’est tenue le 2 juin dernier.

Lors de cette AG nous avons renouvelé notre bureau et élu les personnes suivantes :

Morgane Merteuil, secrétaire générale

Nicole Simovic, trésorière

Le reste du CA est composé de :

Tatiana M.

Cornelia Schneider

Chloé N.

Maitresse Gilda

Samantha

Manon

Les portes paroles sont également reconduites dans leur fonction à savoir :

Maitresse Gilda

Tiphaine Besnard

Isabelle Schweiger

Le STRASS est à présent composé de 462 membres à jour de leur cotisation.

La priorité de la nouvelle équipe pour l’année qui vient sera la lutte contre la pénalisation des clients.

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Lettre ouverte à Cécile Duflot

A l’attention de Cécile Duflot,
Secrétaire nationale des Verts,

Madame,

Le mouvement du NID vous a récemment écrit pour dénoncer la tenue d’un débat sur la prostitution à la mairie du 2eme arrondissement de Paris, accusant votre parti de soutenir la “mouvance libérale-proxénète et l’industrie du sexe” et en mettant en cause notre syndicat et ses membres.

Nous tenions donc à vous apporter ces précisions:
– Le STRASS, Syndicat du TRAvail Sexuel a été fondé il y a un an lors des Assises de la prostitution de 2009 au Théâtre de l‘Odéon.
– Le STRASS est composé de 300 membres sur toute la France et de plus de 600 sympathisants.
– Les membres actifs du STRASS doivent être travailleurs du sexe ou ayant eu une expérience du travail du sexe et sont les seuls à avoir le droit de vote et d’être élu. Leur adhésion est gratuite.
– Les membres passifs du STRASS sont celles et ceux qui souhaitent nous soutenir. Ils peuvent participer au travail de l’association mais n’ont ni le droit de vote ni d’être élu. Leur adhésion est à partir de 5 euros.
– Le CA du STRASS est donc composé uniquement de travailleurs du sexe.
– Les personnes travaillant dans des positions d’employeurs, producteurs ou managers ne sont pas autorisées à adhérer au STRASS, même en tant que membre passif de soutien.
– Le STRASS est composé de 10% d’hommes, 20% de trans’ et 70% de femmes biologiques.
– Le C.A. du STRASS représente également cette diversité de genre avec des femmes biologiques aux postes décisionnels de secrétaire générale et porte parole.
– La majorité des membres du STRASS sont des travailleurs du sexe de rue.
– En contraste, le mouvement du NID n’a pas de travailleurs du sexe parmi ses membres, en tout cas pas officiellement et certainement pas dans ses organes de prise de décision.

Quant à nos positions politiques:
– Le STRASS ne lutte en effet pas contre la prostitution mais pour les droits des travailleurs du sexe dont celui d’exercer leur travail qu’il le soit par choix, contraintes ou circonstances.
– Le STRASS ne défend pas les intérêts des proxénètes ni ceux de l’industrie du sexe mais ceux des travailleurs et travailleuses du sexe.
– Le STRASS ne tait pas les violences infligées aux travailleurs du sexe mais les dénonce dont celles des personnes et organisations abolitionnistes.
– Ce que nous appelons “putophobie” est l’ensemble des discriminations que nous subissons dont celles issues des personnes et organisations abolitionnistes qui militent contre nos droits, pour la répression de nos clients et de l‘organisation de notre travail, confisquent nos paroles, nous décrivent comme incapables de nous exprimer et de nous organiser politiquement sans leur bienveillante aide, refusent de reconnaitre les mots que nous employons pour nous auto-désigner, et sous-entendent entre autres que nous serions des proxénètes.

Sur le proxénétisme en particulier, le STRASS s’est régulièrement exprimé contre toute forme de salariat ou d’exploitation du travail sexuel, et donc de proxénétisme. Or, les lois sur le proxénétisme sont le plus souvent contre-productives et criminalisent autant si ce n’est plus les travailleurs du sexe plutôt que les proxénètes. Ces lois servent à nous exclure du droit commun en nous créant un statut à part, celui d’inadaptées sociales qui a été crée par les ordonnances de 1960 en même temps que le délit de proxénétisme.

Les lois sur le proxénétisme criminalisent et empêchent entre autres:
– Le fait de passer des petites annonces dans la presse ou sur Internet
– Le fait de travailler à plusieurs pour sa sécurité
– Le fait de louer un studio pour y travailler
– Le fait de travailler en établissement
– Tout acte d’aide à la prostitution et donc toute forme de solidarité entre nous
– Le fait de prêter sa camionnette à une collègue
– Toute transaction économique en particulier dans l’organisation de son travail
– Le fait que quelqu’un vive d’une partie de nos revenus, incluant nos maris, membres de notre famille et enfants majeurs.

Le paradoxe de ces lois font que nombreux sont les travailleurs du sexe qui font appel à des proxénètes pour ne pas être criminalisés eux/elles-mêmes. Elles ne nous offrent d’ailleurs aucune réelle protection puisque les plaintes des travailleurs du sexe sont rarement enregistrées par la police quand nous ne sommes pas directement arrêtées à la suite d’un dépôt de plainte.
Nous exigeons donc l’abolition de ces lois, et que les lois du droit commun et le code du travail contre les violences, l’extorsion de revenus et l’exploitation soient appliquées pour nous comme à tout autre citoyen et travailleur.

Quant à nos membres pris à parti:
– Thierry Schaffauser et Maitresse Nikita sont en effet deux hommes.
– Thierry Schaffauser est travailleur du sexe depuis 7 ans, a commencé à travailler dans la rue Place de la Porte Dauphine à Paris, et vit et travaille désormais à Londres en tant qu’escort et acteur dans l’industrie porno gay britannique.
– Maitresse Nikita a été également travailleur du sexe pendant plus de 30 ans et est spécialisé dans la domination.
– Vous les avez déjà rencontré avec Yann Werhling quand ils étaient membres du groupe activiste Les Putes.
– Ce sont deux anciens militants d’Act Up-Paris et donc bien connus de nombreux membres des Verts.
– D’autant plus que Maitresse Nikita aka Jean François Poupel est lui-même membre des Verts et que Thierry Schaffauser l’était jusqu’à son départ de France et qu’il a même été candidat pour les Verts aux municipales de 2008 sur la liste de Pascale Ourbih dans le XVIème arrondissement de Paris.
– Ils sont tous deux membres du C.A. du STRASS car ils ont été élus par nos membres lors de notre dernière Assemblée Générale.
– Thierry Schaffauser est cependant responsable des relations internationales du STRASS et non de notre communication contrairement à ce que dit le mouvement du Nid.
– Dans la présentation de leur atelier sur la fierté d’être travailleur du sexe présentée lors de la conférence européenne des sex workers, ils n’ont jamais conseillé aux femmes travailleuses du sexe de taire la violence qu’elles pourraient subir mais de se méfier des journalistes qui enferment nos paroles dans un registre testimonial victimisant quand nous voulons faire part de l’analyse politique de notre oppression.
– L’accusation et le soupçon de proxénétisme ou de manipulation par des proxénètes est une constante de la part des abolitionnistes contre tout mouvement et prise de parole des travailleurs du sexe depuis la naissance de notre mouvement en 1975 avec l’occupation des églises.
– Ces accusations ont été adressées à l’encontre de plusieurs membres des Verts qui ont soutenu les droits des travailleurs du sexe ou participé à nos mouvements dont Anne Coppel qui pourra témoigner de son expérience en tant qu’une des fondatrices des Amis du Bus des femmes.

Suite à ces différentes mises au point, nous aimerions que les Verts soutiennent plus clairement les mouvements de travailleurs du sexe.

Nous aimerions vous inviter personnellement à assister aux Assises de la prostitution qui auront lieu au Sénat le 24 mars prochain pour que vous puissiez faire par vous-même votre propre opinion sur qui nous sommes.

Dans l’attente d’une réponse rapide et favorable, veuillez agréer l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Pour le STRASS,
Cadyne,
Secrétaire Générale

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Les lois sur le travail du sexe en Australie

(Réponse à Christine Le Doaré, suite)

Dans son attaque contre le STRASS, Christine Le Doaré mentionne ce qui serait l’échec des revendications pour la décriminalisation du travail du sexe: « Ils ne parlent jamais non plus de l’expérience des féministes australiennes qui se sont battues pour légaliser la prostitution et le regrettent aujourd’hui, le bilan étant désastreux. »

Si Christine Le Doaré s’appuie sur les propos de Janice Raymond, on pourrait comprendre d’où viennent ses fausses croyances. Or, Raymond n’est pas australienne, et les militants anti-prostitution qui se disent féministes ne se sont jamais battus pour légaliser la prostitution, bien au contraire, mais ont tout fait pour en faire échouer le principe par tous les moyens. Rien d’étonnant donc qu’ils continuent de condamner cette expérience. Expérience qui d’ailleurs n’est pas uniforme. Au lieu de « légalisation de la prostitution », il s’agit plutot de différentes législations. Peut être que tout comme Janice Raymond, Christine LeDoaré semble oublier que l’Australie est un Etat fédéral, composé donc de plusieurs états, qui ont chacun des lois différentes, certaines de légalisation, d’autres de prohibition ou encore de décriminalisation.

Face à ces attaques, le STRASS s’est contenté de contacter nos collègues d’Australie qui ont dejà répondu à Janice Raymond à ce sujet. Voici donc leur réponse que nous avons simplement traduite en français.

La réponse venant d’Australie à « 10 Raisons pour ne pas légaliser la prostitution »

Ce document est de Scarlet Alliance, au nom de nos membres et avec la contribution des travailleurs du sexe en Australie, et s’adresse en reponse au document de Janice Raymond « 10 bonnes raisons pour ne pas légaliser la prostitution ».

Comme l’industrie du sexe en Australie, est réglementée par État et droit Territorial, chaque État dispose d’un modèle différent de réglementation, l’Australie peut être considérée comme une étude de cas sur l’impact des différents modèles des lois sur l’industrie du sexe. Scarlet Alliance, en tant qu’organisation d’envergure nationale des travailleurs du sexe en Australie, avec pour effectif des travailleurs individuels et des organisations de travailleurs du sexe, des réseaux, des projets et des groupes est bien placée pour parler de l’impact de ces modèles sur la vie personnelle et professionnelle de nos membres : les travailleurs du sexe en Australie.

La légalisation et la dépénalisation sont deux cadres réglementaires différents avec des résultats et des impacts différents sur les travailleurs du sexe.

Dans les États australiens que Raymond appelle réglementaristes, l’industrie est en effet régie par un cadre d’homologation. Le modèle de licence inclut le développement d’un organisme gouvernemental visant à réglementer les licences des entreprises de l’industrie du sexe, les opérateurs, les gestionnaires, et dans certains cas, les travailleurs du sexe. Il s’agit d’un modèle complexe qui se traduit par un faible pourcentage de l’industrie travaillant dans la légalité, avec dans certains cas, des conditions extrêmes et illogiques de régulation dans le fonctionnement quotidien. Dans deux Etats, la réglementation est définie par l’organisme de réglementation gouvernemental du système de licences qui a introduit les conditions les plus problématiques.

Tout impact négatif de ce modèle de réglementation ne signifie pas la preuve que la légalisation n’est pas efficace car il ya eu des résultats positifs pour les travailleurs du sexe opérant dans ce secteur juridique. Les résultats négatifs des cadres de licence portent sur les règlements et les conditions qui sont illogiques et non fondés sur des preuves. De nombreuses personnes n’ont d’autre choix que d’opérer en dehors du secteur juridique sous licence et par conséquent, lorsque les règlements sur-réglementent l’industrie. Il faut noter que les féministes anti- travail du sexe ont fait pression pour une réglementation lourde de l’industrie du sexe et ont joué un rôle dans le fait que la création de structures juridiques existantes soient irréalisables.

1. La légalisation / dépénalisation de la prostitution est un cadeau fait aux proxénètes, les trafiquants et l’industrie du sexe (Raymond, 2003).

Réponse Australienne: L’Australie ne dispose pas d’une culture notable de «souteneurs» impliqués dans l’industrie du sexe (AFAO, 2000).

L’industrie du sexe lorsque réglementée par la police est sensible à la corruption de la police. Le fait que la police exige de l’argent et / ou des services sexuels en échange de ne pas fermer les entreprises et d’arreter des travailleurs du sexe est bien documenté lorsque l’industrie du sexe est criminalisée.

L’une des principales raisons pour laquelle la Nouvelle Galles du Sud a dépénalisé l’industrie du sexe a été pour supprimer le role de la police comme régulatrice de l’industrie du sexe et pour diminuer la corruption policière. Beaucoup de travailleurs du sexe avant la dépénalisation voyaient la police comme l’équivalent australien de proxénètes.

La dépénalisation a été efficace pour réduire la corruption de la police de Nouvelle Galles du Sud.

Expérience de l’Australie – La dépénalisation de l’industrie du sexe a réduit la corruption de la police. Au sein d’une industrie du sexe dépénalisée, les entreprises de l’industrie du sexe sont réglementées comme les autres entreprises par exemple. Des inspections sont effectuées par l’administration locale et les autorités de sûreté de santé et du travail. Les entreprises sont autorisées et le zonage est réglementé par les conseils. Les travailleurs du sexe ne sont pas des criminels et leurs lieux de travail ne sont pas illégaux. En tant que tel, les travailleurs sexuels défendent et s’attendent à avoir, les mêmes droits que les autres travailleurs. La probabilité des actes criminels signalés à la police a augmenté.

Un mouvement solide et vocal pour les droits des travailleurs du sexe a donné une voix à la communauté des travailleurs du sexe en Australie pendant plus de vingt ans, en informant la politique du gouvernement, s’adressant aux mythes et stéréotypes dans les médias et en informant les autres travailleurs du sexe de leurs droits humains et civiques. La formation de collectifs et de groupes de pression et la syndicalisation des travailleurs du sexe a vu un groupe, autrefois d’individus isolés et séparés devenir une communauté et qui se sont retrouvés dans des réseaux locaux, nationaux et internationaux pour défendre leurs droits en tant que travailleurs et en tant que citoyens, indépendamment de l’environnement juridique dans lequel ils travaillent.

D’autres facteurs qui ont contribué à l’émancipation des travailleurs du sexe australien comprennent:

Des cadres juridiques qui éliminent les sanctions pénales contre les travailleurs du sexe et nos clients. Cela a permis aux travailleurs du sexe de discuter ouvertement et de négocier des rapports sexuels avec d’autres adultes consentants (nos clients) qui à son tour a réduit la possibilité de conflit et a accru notre capacité à introduire de manière efficace des pratiques sexuelles sécuritaires dans nos rencontres sexuelles avec les clients, ce qui réduit notre risque de transmission au VIH et IST.

Des organisations de travailleurs du sexe financées qui nous permettent de nous rassembler pour faire entendre notre voix sur les politiques, informer le gouvernement, se faire représenter devant les instances gouvernementales, participer librement, et déterminer les questions clés qui touchent les travailleurs du sexe, avec une participation de haut niveau des travailleurs du sexe, notamment dans la consultation des travailleurs du sexe qui sont dans l’incapacité de participer directement. Il convient de noter que les questions touchant les travailleurs du sexe en Australie, tel que définies par les travailleurs du sexe ne sont pas reflétées dans le document de Raymond. En fait, les travailleurs du sexe en Australie ont ouvertement remis en question l’agenda politique de Raymond et ses associés, et de la perpétuation d’une conception fausse et trompeuse des résultats de la réglementation de l’industrie du sexe en Australie.

La législation anti-discrimination dans trois Etats de l’Australie a créé un cadre juridique qui soutient les travailleurs du sexe pour lutter contre la discrimination en vertu de la loi anti-discrimination. L’intégration à la législation anti-discrimination a commencé à s’attaquer à la discrimination systémique en envoyant un message clair aux organismes gouvernementaux, aux fournisseurs de services, la police et la communauté générale.

Tandis que les membres de la CATW ont laissé entendre qu’ils sont favorables à la dépénalisation des travailleurs du sexe, le groupe n’a pas mené d’action publique en Australie, pour soutenir les appels lancés par les travailleurs du sexe en Australie pour la dépénalisation du travail sexuel. Cela a inclus une demande par les travailleurs du sexe a un membre de la CATW de signer une pétition en faveur de la dépénalisation des travailleurs du sexe en Australie occidentale, renversant les lois qui criminalisent les femmes lourdement. La demande a été refusée.

Scarlet Alliance estime que le soutien « pour la dépénalisation des femmes dans la prostitution » est une ligne publique tenue par la CATW pour gagner le soutien des femmes en général. Cependant, la CATW n’a pris aucune mesure active ou de soutien à la dépénalisation, bien que le CATW a exercé de fortes pressions pour des changements de loi sur l’industrie du sexe en Australie.

Les stéréotypes concernant des travailleurs du sexe qui seraient mineurs, les proxénètes et l’usage de drogues ont été utilisés pour justifier la criminalisation ou la réglementation de l’industrie. Souvent, ces problèmes sont examinés aux depens de la santé et de la sécurité. (AFAO, 2000)

2. La légalisation / dépénalisation de la prostitution et de l’industrie du sexe encourage la traite sexuelle (Raymond, 2003).

Réponse australienne: Il n’existe aucune preuve que le trafic du sexe ait augmenté dans des pays dotés d’une industrie du sexe soit légalisée ou dépénalisée. En fait, la Nouvelle-Zélande et l’Australie ont une faible incidence de trafic sexuel.

Que l’Australie a plusieurs différents cadres réglementaires de l’industrie du sexe, y compris la criminalisation des entreprises de l’industrie du sexe dans trois grands États, tout le trafic sexuel qui se produit ne peut être attribué à une légalisation ou la dépénalisation.

En fait, le rapport australien de Beijing +10 et de la CEDAW reconnaissent que la lutte contre la traite par des réponses inappropriées ont accru la vulnérabilité des travailleurs du sexe.

3. La légalisation / dépénalisation de la prostitution ne contrôle pas l’industrie du sexe. Elles l’élargissent (Raymond, 2003).

Réponse australienne: La taille de l’industrie du sexe australienne n’a pas augmenté dans les États et territoires qui ont légalisé ou dépénalisé l’industrie du sexe.

Une clarification doit être faite que la dépénalisation et la légalisation de l’industrie du sexe en tant que modèles de réglementation ne cherche pas à contrôler l’industrie, mais plutôt à réglementer l’industrie du sexe. Comme d’autres entreprises et lieux de travail, les entreprises de l’industrie du sexe doivent être réglementées. L’industrie du sexe n’a pas besoin ou ne requiert une réglementation supplémentaire. Lorsque l’industrie du sexe est signalée comme ayant besoin d’une réglementation supplémentaire sur les autres entreprises, c’est généralement parce que les régulateurs cherchent à influer vers l’interdiction plutôt que la légalisation. En effet, une réglementation supplémentaire souvent décrète tout simplement la discrimination systémique contre les travailleurs du sexe, et leurs lieux de travail.

Les travailleurs du sexe bénéficient d’un choix varié de lieux de travail. Les travailleurs du sexe ne sont pas un groupe homogène et comme toutes les autres professions, les travailleurs sexuels exercant seuls ont des besoins variés et d’arrangements de travail appropriés. L’Australie possède une culture de petites entreprises familiales qui fonctionnent avec peu ou pas d’impact sur le reste de la communauté et fournissent des lieux de travail de moindre taille contrôlés par les travailleurs du sexe. Les grandes entreprises de l’industrie du sexe ont souvent une plus grande rotation des clients (sont plus occupées) et peuvent convenir à des travailleurs du sexe qui préférent ne pas être responsable de la gestion de leur propre business (publicité, demandes de renseignements téléphoniques, les frais généraux, etc.)

4. La légalisation / dépénalisation de la prostitution augmente la prostitution clandestine, souterraine, illégale et de rue (Raymond, 2003).

Réponse australienne: La Nouvelle-Zélande a dépénalisé l’industrie du sexe en 2003. La Nouvelle-Zélande est le seul pays à dépénaliser l’ensemble du secteur, et crée un bon exemple pour une étude de cas des résultats de la dépénalisation. Une étude néo-zélandaise a, dans ses premiers stades trouvé « qu’il n’y a pas eu d’augmentation du nombre de travailleurs de sexe de rue depuis la dépénalisation de l’industrie du sexe. »

Il est également inexact de dire que la légalisation augmente le travail clandestin, illégal et la prostitution de rue dans le contexte australien. Le cadre de légalisation auquel Raymond se réfère est un cadre d’homologation. Un cadre de licences, par son intention, qui divise l’industrie dans des opérations illégales et légales. De cette façon, c’est le cadre de licence lui-même qui rend les opérations de l’industrie du sexe (y compris les travailleurs du sexe et de nombreuses personnes travaillant à titre privé) illégales.

Ce n’est pas un résultat de la légalisation, mais est le résultat d’un modèle de licence sur-restrictives.

Raymond affirme qu' »En Nouvelle-Galles du Sud, les maisons closes ont été dépénalisées en 1995. En 1999, le nombre de maisons closes à Sydney a augmenté de façon exponentielle jusqu’à 400-500. La grande majorité n’ont pas de licence d’exploitation. Pour mettre fin à la corruption endémique de la police, le contrôle de la prostitution illégale a été enlevé des mains de la police et placé dans les mains des conseils locaux et les autorités réglementaires de planification. Le conseil n’a ni les moyens ni le personnel suffisants pour enquêter dans les bordels afin de débusquer et poursuivre les opérateurs illégaux « .

La Nouvelle Galles du Sud ne dispose pas d’un système de maisons closes de licence ou d’individus. Elle a adopté une approche pragmatique qui a cherché à minimiser le futur potentiel de davantage de corruption par des agents gouvernementaux et d’une réglementation irréalisable. En 1995, les réformes législatives importantes ont été introduites à travers la Loi sur les Maisons de désordre. Ces réformes ont été le résultat direct de la Commission Wood Royal dans le travail du Service de police de Nouvelle Galles du Sud qui a identifié une corruption policière généralisée en ce qui concerne entre autres domaines, l’industrie du sexe. L’amendement à la Loi sur les maisons de désordre a aboli le délit de droit commun sur la tenue d’une maison close. Les conseils avaient le pouvoir de prendre des mesures auprès de la Cour Terre & Environnement afin de fermer une maison close en réponse à des plaintes de personnes résidant à proximité ou aux occupants d’autres lieux. Plus tard, la responsabilité réglementaire a été donnée au gouvernement local en vertu de la loi d’évaluation et d’aménagement du territoire de 1979.

La définition d’un bordel inclut le local d’une personne travaillant seule ce qui a conduit à des allégations sans fondement que le nombre de « maisons closes » en Galles du Sud a augmenté.

Les conseils ont des pouvoirs suffisants pour réglementer les entreprises de l’industrie du sexe – ils ont les mêmes pouvoirs que ceux qu’ils ont de réglementer toutes les industries en usage sur leur territoire.

5. La légalisation de la prostitution et la dépénalisation de l’industrie du sexe, augmente la prostitution des enfants (Raymond, 2003).

Raymond a dénaturé les conclusions de l’enquête nationale 1998 ECPAT «Jeunesse a vendre».

Raymond affirme: «La prostitution des enfants a considérablement augmenté dans l’etat de Victoria par rapport aux autres Etats australiens dans lesquels la prostitution n’a pas été légalisée. De tous les pays et territoires d’Australie, le plus haut nombre de cas signalés de prostitution des enfants venaient de Victoria. Dans une étude de 1998 menée par ECPAT (End Child Prostitution et traite des personnes) qui a effectué la recherche au Centre national australien sur la prostitution enfantine, qui s’est sensiblement accrue de l’exploitation organisée du commerce des enfants ».

ECPAT a signalé que pour leur « enquête nationale » ils  » ont sondé 451 agences dont 258 étaient au courant de faits de jeunes s’engageant dans la norme CSA [commerce d’activité sexuelle]. » Sur les 258 organismes, ils ont déclaré que 3100 jeunes ont été confirmés ou soupçonnés d’être participants à une « activité sexuelle commerciale».

Cette enquête n’a pas, pour des raisons d’éthique et de ressources, pu parler ou interroger directement tous les jeunes.

Il est clair que cette méthode ne peut être invoquée pour fournir des chiffres fiables. Ce rapport ne fait non plus aucun lien entre le nombre de jeunes prestataires de services sexuels et la légalisation de l’industrie du sexe. En opposition aux allegations de Raymond, le rapport énumère une série de facteurs, dont le fait d’etre sans-abri, sans accès à un revenu, etc; des raisons que les prestataires de services interrogés ont cru, expliquent davantage la participation des jeunes dans «l’activité sexuelle commerciale».

Le rapport identifie les limites de l’enquête sur le manque de contact avec tous les jeunes, le recours à des prestataires de services qui ne tiennent pas de statistiques, des incohérences avec le questionnaire et que les données ont «un fondement statistique instable».

7. La légalisation / dépénalisation de la prostitution accroît la demande de prostitution. Cela motive les hommes à acheter des femmes pour le sexe dans une gamme beaucoup plus large et plus admissible de paramètres socialement acceptable (Raymond, 2003).

Réponse australienne: Les résultats d’une étude représentative d’un grand nombre d’adultes en Australie, publiée en 2003 a révélé que 15,6% des hommes australien a deja payé pour du sexe, et que 1,9% l’avaient fait dans l’année précédente. Une précédente étude de 1986, date à laquelle l’industrie du sexe etait illégale dans tous les États, a trouvé que 19,2% avaient deja payé pour du sexe, avec 2,5% l’ayant fait dans l’année précédente. Cela se compare à des études dans des populations d’hommes européens, ou le cas de 6,6% à 39% des hommes avaient déjà payé pour du sexe, avec une moyenne européenne étant de l’ordre de 15%. Ces mêmes études ont constaté que de 1% à 11% des hommes avaient payé pour du sexe dans l’année précédente, une moyenne de 2-3%. De toute évidence, la légalisation ou la dépénalisation de la prostitution en Australie n’a pas créé une demande accrue.

La légalisation ne donne pas lieu à une publicité incontrôlée comme ce qui peut être compris de la prétention de Raymond selon laquelle « Les publicités en ligne sont des autoroutes vers la Victoria ». En fait, la publicité est très réglementée dans le cadre de licences à Victoria et seraient encore régis aussi par la dépénalisation. Les publicités pour les entreprises de l’industrie du sexe à Victoria sont peu nombreuses et leur représentation des femmes est beaucoup plus discrète que la publicité pour les voitures, chocolats, glaces, produits pour les cheveux, etc. Dans nos réseaux et communications avec les travailleurs du sexe de Suède, nous avons construit une prise de conscience croissante de l’impact négatif que la pénalisation des clients a eu sur les travailleurs du sexe. Plus particulièrement, le modèle a fait naître la peur des clients de visiter les travailleurs du sexe ayant des répercussions négatives pour les travailleurs du sexe. Comme les clients n’iraient pas dans un établissement en intérieur ou visiter une maison qui peut facilement être sous surveillance, les travailleurs du sexe doivent désormais s’organiser pour rencontrer des clients dans un lieu public ou une rue tranquille ou cachés dans des endroits déterminés par les clients. Pour les travailleurs du sexe en Australie, cela signifie que le contrôle habituel que les travailleurs du sexe ont à déterminer où et quand cette interaction a lieu serait supprimé et les clients plus exigeants de contrôler le lieu du service afin de se protéger contre les poursuites. De toute évidence ce résultat n’est pas un résultat positif pour les travailleurs du sexe. Ainsi, plutôt que de prouver qu’en «interdisant l’achat de services sexuels, la prostitution et ses effets nocifs peuvent être contrecarrés, ce que Raymond fait valoir, le modèle suédois a abouti à un changement culturel dans la facon, et où, le travail du sexe a lieu en Suède, et ces changements comprennent de nouveaux et dangereux résultats pour les travailleurs du sexe.

Les travailleurs du sexe se sont prononcés fermement contre le modèle suédois de législation de l’industrie du sexe depuis un certain nombre d’années maintenant. Le fait que Janice Raymond préconise la même chose est en opposition directe avec ce que les travailleurs du sexe en Suède affirment avoir besoin pour protéger leur sécurité.

Petra Ostregren dans son document «travailleurs du sexe Critique de la politique de prostitution suédoise » affirme que les travailleurs du sexe en Suède « ont fortement déconseillé d’autres pays d’adopter une législation similaire. La loi contre la violence contre les femmes en Suède, 1997/98: 55, plutôt que d’avoir amélioré les conditions pour les travailleurs du sexe tel que décrit par Raymond, les travailleuses du sexe locales expliquent que ces lois contre l’achat de services sexuels ont augmenté les risques et la violence contre les travailleurs du sexe et que la loi contre le proxénétisme leur rend impossible le fait de travailler en toute sécurité ».

8. La légalisation / dépénalisation de la prostitution ne favorise pas la santé des femmes (Raymond, 2003).

De nombreuses études montrent que les travailleurs du sexe en Australie jouissent d’une santé sexuelle meilleure que la communauté en général et ont un faible taux de VIH / sida. Bien que cela seul ne prouve pas que la légalisation ou la dépénalisation de l’industrie du sexe encourage la santé des femmes, ou bien la santé sexuelle, il réfute toute allégation selon laquelle les travailleurs du sexe ne maîtrisent pas et ne seraient pas « en contrôle » suffisant pour négocier l’utilisation du préservatif. Les travailleurs du sexe en Australie font état de taux très élevé d’utilisation du préservatif.

Rien ne favorise la santé des femmes plus que d’avoir accès à la justice sociale et l’égalité. Comment les femmes peuvent elles sentir qu’elles ont des droits égaux pour quoique ce soit quand elles et leurs lieux de travail sont incriminés, sans aucun recours légal à la justice ?

9. La légalisation / dépénalisation de la prostitution n’augmente pas les choix des femmes (Raymond, 2003).

Beaucoup de travailleurs du sexe en Australie, ont décrit leur décision de travailler en tant que travailleur du sexe comme une décision prise après avoir examiné un éventail d’options. Pour beaucoup, le travail du sexe offre une plus grande flexibilité des horaires et la capacité d’obtenir de grandes quantités d’argent dans un temps plus réduit – ce qui permet aux parents célibataires et étudiants, par exemple, de consacrer plus de temps pour leurs enfants ou études sans pour autant sacrifier leurs revenus. Toutefois, comme les travailleurs du sexe ne sont pas un groupe homogène, nos motivations pour entrer dans l’industrie sont très divers et non uniques et individuelles.

Raymond dénature l’interaction entre les travailleurs du sexe et leurs clients par sa déclaration « Sa conformité est exigée par le fait même d’avoir à s’adapter à des conditions d’inégalité instaurées par le client qui paie pour qu’elle fasse ce qu’il veut d’elle. »

Dans une interaction entre une prostituée et un client le contenu du service est, dans la plupart des cas, négocié avant que le service commence et à d’autres occasions lorsque le service se passe. Dans un forum de discussion national des travailleurs du sexe en Australie, les travailleurs du sexe ont décrit la négociation initiale comme un temps pour fixer des limites avec un client, de déterminer le prix, d’introduire des discussions sur le sexe sans risque et de faire le choix d’accepter une réservation ou non.

L’affirmation de Raymond selon laquelle les travailleurs sexuels fourniraient des services sexuels non protégés, ou d’autres services, qu’ils ne veulent pas fournir, simplement parce qu’ils sont offerts un paiement supplémentaire, est une perpétuation du mythe selon lequel les travailleurs du sexe sont cupides ou des femmes « avides d’argent » sans normes professionnelles .

Les travailleurs du sexe déterminent régulièrement de ne pas faire certaines activités ou refusent des services dangereux, car, comme la plupart des gens, leur incitation à rester en santé est solide. Ceci est démontré par les taux élevés d’utilisation du préservatif parmi les travailleurs du sexe et les faibles taux d’IST.

Une caractéristique des écritures contemporaines anti- travail du sexe est l’utilisation d’une terminologie qui est à la fois répugnante et désobligeante envers les travailleurs du sexe. Raymond et les autres membres de la CATW, dont Sheila Jeffreys, utilisent le terme «femmes prostituées», même si les travailleurs du sexe ont souligné l’impact débilitant du terme, et déclarent sentir son utilisation comme très stigmatisante.

10. Les femmes dans les systèmes de la prostitution ne veulent pas la légalisation ou la dépénalisation de l’industrie du sexe. (Raymond, 2003)

Scarlet Alliance et nos adherents réfutent fermement la declaration de Raymond selon laquelle les travailleurs du sexe « ne veulent pas que l’industrie du sexe soit légalisée ou dépénalisée ». En Australie, les travailleurs du sexe ont appelé publiquement à ce que l’industrie du sexe soit dépénalisée et l’ont fait de façon systématique depuis le milieu des années 1980. Les travailleurs du sexe et nos organisations et réseaux régionaux et internationaux plaident en faveur de la dépénalisation de l’industrie du sexe.

Scarlet Alliance et l’Australian Sex Workers Association, tiennent un forum national de trois jours chaque année. Les délégués travailleurs sexuels de chaque État et Territoire participent tout comme les travailleurs du sexe locaux en tant qu’individus. Le comité exécutif de l’organisation est nommé et élu à l’assemblée générale annuelle joint à la réunion. Scarlet Alliance est informée et dirigée par ses membres travailleurs du sexe et les organisations de travailleurs du sexe / projets / réseaux et groupes. La décision de plaider en faveur de la dépénalisation de l’industrie du sexe en Australie a été mise au point à partir d’une représentation forte par les travailleurs du sexe exigeant qu’une dépénalisation soit introduite dans tous les États et Territoires australiens en Australie. Raymond a clairement décidé de ne pas représenter les vues d’appel publiquement exprimées en faveur de la dépénalisation de l’industrie du sexe par les travailleurs du sexe en Australie et dans de nombreux autres pays, dans une tentative d’induire en erreur les lecteurs.

L’expérience australienne est que les féministes anti-travail du sexe ont à maintes reprises une fausse représentation des points de vue des travailleurs du sexe afin de faire progresser leur propre agenda.

Conclusion:

Scarlet Alliance et nos adhérents recommandons fortement que la voix des travailleurs du sexe devrait être au premier plan de tout débat concernant les lois sur l’industrie du sexe. Ce sont souvent les lois faites pour notre « protection » à l’esprit, qui ont l’impact le plus dévastateur sur notre travail, sécurité et vie personnelle. Un exemple d’un tel modèle est le modèle suédois qui est promu par les féministes anti-travail du sexe dans le monde, bien que les travailleurs et travailleuses du sexe suédoises elles-mêmes experimentent qu’il contribue à des lieux de travail et des pratiques de travail dangereux et à une autonomie diminuée.

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Offre de sexe gratuit ! Le STRASS soutient les Travailleuses du sexe danoises

Communiqué de presse, mardi 8 décembre 2009

A l’occasion de la conférence mondiale sur le climat à Copenhague, la municipalité de cette ville a lancé une campagne de stigmatisation du travail sexuel et des clients en particulier, alors que le travail sexuel est parfaitement légal au Danemark. A leur habitude, les activistes anti-prostitution tentent de faire peur avec tout événement sportif ou politique d’ampleur internationale qui serait d’après eux un moment particulier d’augmentation de la traite due à une plus grande présence d’hommes. Ils ont obtenu de la mairie de Copenhague une campagne publique avec affiches publicitaires et cartes postales « Soyez responsables, n’achetez pas de sexe ».

Afin de répondre à cette nouvelle offensive anti-prostitution, nos collègues du Danemark ont créé un joli site Web consultable ici en anglais : http://www.cop15-prostitution.dk .

Elles ont également proposé de fournir des services sexuels gratuits à toute personne présentant le carton d’invitation à la conférence et une de ces fameuses cartes postales condamnant l’achat de sexe.

Le STRASS salue cette réaction particulièrement brillante et affirme son entier soutien. Nous sommes d’autant plus supportives que la menace de pénalisation des clients nous attend aussi en France, si les lobbies abolitionnistes parviennent à leurs fins auprès du parlement.


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Pour nous contacter

STRASS, Syndicat du Travail Sexuel
c/o Act Up-Paris
8 rue des Dunes
75019 PARIS

contact@strass-syndicat.org

Permanence POUR LES TRAVAILLEUR-SE-S DU SEXE tous les jeudis de 17h à 21h dans nos locaux à Paris.

La Permanence sera fermée à partir du  jeudi 3 août 2017. Elle ouvrira à nouveau ses portes le jeudi 31 août 2017 à 17H.

Nous contacter en cas de violences : violences@strass-syndicat.org

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