Strass Syndicat du travail sexuel - TravailleurSES du sexe en lutte !

APPEL À MANIFESTATION CONTRE LA PÉNALISATION DES PROSTITUÉES ET DE LEURS CLIENTS

1420047_10151924079378844_1154867456_nLes 30 et 31 mars prochains, le Sénat discutera la proposition de loi de « lutte contre le système prostitutionnel » déjà votée par l’Assemblée en décembre 2013. Si la commission spéciale du Sénat chargée d’examiner la loi avant sa discussion a retiré les articles 16 et 17 visant à pénaliser les clients de prostituées, cette mesure pourrait notamment revenir lors de la discussion via des amendements.

Nous rappelons donc que toute mesure de pénalisation, directe ou indirecte, de l’exercice de la prostitution, ne fait que fragiliser les prostituées et n’apporte aucune réponse aux problèmes qu’elles peuvent rencontrer (précarité, exploitation, violences, traite). La pénalisation des clients est notamment dénoncée par l’ONUSIDA, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la Commission Nationale Consultative pour les Droits de l’Homme (CNCDH), et l’ensemble des organisations de prostituées, de santé communautaire avec les prostituées, ou de lutte contre le sida, parce qu’elle les isole, les précarise, accroit leur insécurité, et augmente les risques sanitaires auxquels elles et ils font face. Le débat sur la pénalisation des clients, de plus, détourne l’attention de ce qui devrait pourtant rassembler toutes les forces progressistes et féministes, à savoir aider les prostituées à améliorer leurs conditions de vie et de travail, impliquant la possibilité d’arrêter la prostitution pour celles et ceux qui le souhaitent.

La vulnérabilité des prostituées aux violences et à l’exploitation ne sera pas combattue par des mesures punitives et policières, mais par des mesures sociales, lesquelles sont justement les grandes absentes de cette proposition de loi. Plutôt qu’un conditionnement des (maigres) aides sociales à l’arrêt de la prostitution, plutôt qu’un conditionnement de l’abrogation du délit de racolage à la pénalisation des clients, et plutôt que des titres de séjour précaires, nous défendons l’accès aux droits dans le respect du parcours et des décisions des personnes, des régularisations qui permettent l’accès à la justice pour les victimes de violences ou d’exploitation, et l’abrogation immédiate du délit de racolage et des arrêtés municipaux interdisant l’espace public aux prostituées.

Nous appelons donc à manifester contre cette proposition de loi, contre la pénalisation des clients, et pour le respect des droits des prostituées.

À PARIS : Samedi 28 mars, 14H à PIGALLE.

À TOULOUSE : Vendredi 27 mars, 17H Place Belfort

Premiers signataires : Acceptess-T, Action Radicale Feministe (collectif feministe de l’ENS Ulm), Act up- Paris, Act up-Sud Ouest, AIDES, Les Amis du Bus des Femmes, Arc en Ciel, Cabiria, La Case de santé, La Clique : Le Collectif Féministe & Djendeur de l’EHESS, Collectif 8 mars pour touTEs, Collectif des Femmes de Strasbourg-Saint Denis, Djendeur Terroristas, Entr’actes, Femmes en Lutte 93, Les Flamands Roses, Grisélidis, I.P.P.O.,J’En Suis, J’Y Reste, centre LGBTQIF de Lille NPDC, NPA Jeunes, OCML Voie Prolétarienne, Planning Familial 31, Riposte Radicale, Roses d’Acier, Santé Active et Solidaire, Soeurs de la Perpétuelle Indulgence – Couvent de Paname, Solidaires étudiant-e-s, STRASS-Syndicat du Travail Sexuel, Support Transgenre Strasbourg, Syndicat de la Magistrature.

More...

Commission spéciale du Sénat : Table ronde avec le Strass et Act Up-Paris

[codepeople-html5-media-player id=1]

More...

Un nouveau rapport mondial de l'UNDP contre la pénalisation des clients

Le STRASS se réjouit du rapport des United Nations for Development Programme (UNDP) et les résultats de sa Commission mondiale sur le VIH et la Loi qui confirment ce que nous disons d’experience depuis des années. (A lire sur leur site http://www.hivlawcommission.org ) Les recommandations sont en effet très claires sur la reconnaissance du travail sexuel comme travail et de sa non-criminalisation, en particulier des travailleurs du sexe et de nos clients.

Ces recommandations arrivent au bon moment pour rappeler au gouvernement français que le projet d’abolition de la prostitution et de la pénalisation des clients est dangereux et augmentera le nombre de contaminations au VIH et IST comme le souligne déjà toutes les associations de lutte contre le sida, le Conseil National du Sida (CNS) et l’ONUSIDA.

http://www.unaids.org/en/media/unaids/contentassets/documents/unaidspublication/2009/JC2306_UNAIDS-guidance-note-HIV-sex-work_en.pdf

Le rapport fait une étude de cas de la loi Suédoise de pénalisation des clients et montre preuve à l’appui ses nombreux échecs. Il fait également une différence claire entre le travail sexuel et la traite des êtres humains qui nécessitent des réponses législatives différentes.

Il est donc temps que la France légifère en observant les preuves plutôt qu’en s’appuyant sur de l’idéologie et du dogmatisme. La ministre des droits des femmes doit cesser de faire le jeu du sida, et tant qu’elle continuera à défendre des politiques criminelles nous exigeons sa démission.

Les recommandations ci-jointes :

LES TRAVAILLEURS DU SEXE

3.2 Les pays doivent revoir la façon dont ils approchent le travail du sexe. Plutôt que de punir les adultes consentants engagés dans le travail du sexe, les États doivent garantir la sécurité au travail et offrir aux travailleurs du sexe et à leurs clients un accès à un service d’appui lié au VIH et autre service de santé efficace.

Les pays doivent :
3.2.1. Abroger les lois qui interdisent aux adultes consentants d’être client ou acteur du commerce du sexe, ainsi que celles qui interdisent ce dernier, telles que les lois contre les revenus « immoraux », « les revenus provenant » de la prostitution et des activités des maisons de prostitution. De mesures complémentaires juridiques doivent être prises pour assurer des conditions de travail saines aux travailleurs du sexe.

3.2.2 Prendre toutes les mesures nécessaires pour arrêter le harcèlement et la violence de la police à l’encontre les travailleurs du sexe.

3.2.3 Interdire le dépistage du VIH et les examens médicaux des IST obligatoires aux travailleurs du sexe.

3.2.4 Assurer que l’entrée en vigueur de la réglementation contre le trafic des personnes est correctement ciblée pour punir ceux qui usent de la force, de la mauvaise foi ou de la coercition pour enrôler des personnes dans le commerce du sexe, ou qui exploitent les travailleurs du sexe immigrés à travers la servitude pour dette, la violence ou la privation de liberté. La réglementation contre le trafic des personnes doit être appliquée pour interdire l’exploitation sexuelle, et non pour réprimer les adultes qui s’engagent de manière consentante dans le travail du sexe.

3.2.5 Mettre en application la réglementation contre toutes formes de violences faites aux enfants et d’exploitation sexuelle, et établir une différence claire entre ces délits et le travail sexuel impliquant des adultes consentants.

3.2.6 S’assurer que des infractions d’ordre administratif et civil existantes telles que « vagabondage », « trouble à l’ordre public » et « moralité publique » ne sont pas évoquées pour réprimer les travailleurs du sexe et que des dispositions d’ordre administratif telles que l’ordre de « circuler » ne sont pas mises en pratique pour harceler les travailleurs du sexe.

3.2.7 Fermer tous les centres de détention ou de « réinsertion » obligatoires pour les travailleurs du sexe ou pour les enfants qui auront été exploités sexuellement. En revanche, offrir des services volontaires et communautaires, fondés sur des données concrètes, et visant à l’autonomisation de cette communauté. Apporter une protection aux enfants sexuellement exploités en les plaçant dans des environnements familiaux sûrs, susceptibles d’aider leur développement et sélectionnés au mieux des intérêts de l’enfant.

3.2.8 Abroger les conditions répressives de l’aide publique au développement telles que l’engagement du gouvernement américain PEPFAR contre la prostitution et ses réglementations actuelles contre le trafic des personnes, qui empêchent l’accès des travailleurs du sexe aux services de prise en charge du VIH ou leur capacité à mettre en place des organisations dans leurs propres intérêts.

3.2.9 Prendre des actions décisives pour examiner et réformer les lois internationales applicables conformément aux principes soulignés ci-dessus, dont le Protocole additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité internationale organisée visant à prévenir, supprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (2000).

More...

Manifestation : Mardi 6 décembre à 15H, place Edouard Herriot.

Le 6 décembre, les travailleurSEs du sexe et ceux qui les défendent se rassembleront à 15 h, place du Président Edouard Herriot près de l’Assemblée Nationale pour protester, une fois de plus contre les politiques répressives les visant ou visant leur clientEs.

En effet, au même moment, les députés débattront et adopteront probablement, la proposition de résolution visant à réaffirmer la position abolitionniste de la France en matière de prostitution.
Cette proposition de résolution vise à entériner juridiquement et symboliquement les conclusions du rapport Bousquet sur la prostitution en France, au premier rang desquelles figure la volonté de pénaliser les clientEs des travailleurSEs du sexe.


C’est l’étape avant la proposition d’une loi de pénalisation des clients.


Les travailleurSEs du sexe et leurs alliéEs dénoncent depuis des mois cette volonté d’accroître encore un peu plus la répression à leur encontre, mettant en danger leur santé, leur sécurité, leur subsistance.

C’est ce que, le 28 novembre dernier, le Collectif Droits & Prostitution et le Strass rappelaient dans un courrier adressé à l’ensemble des DéputéEs, exigeant de nouveau que les travailleu(r)ses du sexe soient REELLEMENT associéEs aux politiques publiques en matière de prostitution.

Documents :

Courrier aux députés (co-signé par plus de 21 associations)

Dossier de presse contre la pénalisation des clients.

Contacts presse :

Pour ActUp Paris, Cécile Lhuillier : 06 65 64 52 88

Pour le STRASS : Maîtresse Gilda : 06 23 06 87 01
Agrandir le plan

More...

Communiqué de L’Union Nationale des Associations de Lutte contre le Sida (UNALS) et Act Up-Paris

Pénaliser les clients nuit gravement à la santé des prostituéEs

Ce 30 mars 2011, Roselyne Bachelot-Narquin, ministre des Solidarités et de la Cohésion Sociale, s’annonçait « très solennellement » « favorable à la pénalisation des clients » des travailleurSEs du sexe.

Cette mesure est l’objectif affiché de la « Mission d’information parlementaire sur la prostitution en France » dont le rapport est attendu pour le 13 avril. Reniant sa fonction initiale d’analyste objective, cette mission s’avère être un outil permettant à Danielle Bousquet (PS, présidente) et Guy Geoffroy (UMP, rapporteur) d’atteindre leur objectif obsessionnel : la pénalisation du client.

Au mépris de la parole et de l’expertise des premierEs concernéEs, après des auditions qui n’ont servi que de caution démocratique, la ministre a affirmé qu’« il n’existe pas de prostitution libre et consentie » chantant les louanges de l’« exemple suédois », qui amènerait, selon elle, une « diminution de la prostitution et des réseaux de traite des femmes ».

Roselyne Bachelot-Narquin prend donc fait et cause pour une mesure supplémentaire en faveur de la dégradation des conditions de travail des sexworkers, de leur paupérisation et surtout de leur exposition accrue à des IST.

Dès 2002, travailleurSEs du sexe, associations de santé communautaire et associations de lutte contre le sida ont alerté des conséquences désastreuses de la mise en place du délit de racolage passif. Huit ans plus tard, le bilan est tel que nous l’avions prédit : les travailleurSEs du sexe se sont éloignées des structures de prévention, de dépistage et de soins. Les violences à leur encontre et le harcèlement policier ont augmenté et leurs ressources se sont réduites. Cela les oblige à travailler davantage et les incite à céder aux exigences de rapports non-protégés.

S’obstinant à privilégier moralisme et électoralisme au détriment des questions de santé publique, des politiques de tous bords s’entendent aujourd’hui sur une énième législation répressive, cette fois-ci à l’encontre des clientEs. Les conséquences seront identiques : un accroissement de la mobilité et de l’isolement des sexworkers, afin de soustraire leurs clientEs aux contrôles et de pouvoir exercer, une diminution de la clientèle et donc des revenus.

Ancienne ministre de la Santé, Roselyne Bachelot-Narquin est censée maîtriser le volet « santé » de la question du travail du sexe. C’est sous son ministère que les acteurs de la lutte contre le SIDA ont élaboré le « Plan National de Lutte contre le VIH/SIDA et les IST 2010/2014 », qui admet les effets néfastes de la LSI et recommande notamment de « favoriser et adapter l’accès à la prévention » des travailleurSEs du sexe, et de « communiquer et agir auprès des clients ».

C’est sous son ministère également que le Conseil National du sida a rendu son avis « VIH et commerce du sexe : un état des lieux alarmant » , qui fait état de « politiques publiques contradictoires », de « cadre législatif défavorable, peu conforme aux droits des personnes », et préconise de « renforcer les droits ». Sans oublier qu’en 2008, lors de la conférence internationale sur le Sida à Mexico, Roselyne Bachelot-Narquin insistait sur l’importance des actions de prévention auprès des populations les plus vulnérables, comme les TravailleurSEs du Sexe. Elle employait ce terme dans son communiqué et le remplace aujourd’hui par celui de « victimes ».

Même sous l’angle des Solidarités et de la Cohésion Sociale dont elle est désormais en charge, le soutien de Roselyne Bachelot-Narquin à la pénalisation des clients des prostituéEs est inique.

Refuser obstinément des droits et un statut à une minorité, au mépris de la santé publique n’est pas un acte solidaire ou social. S’entêter dans le tout répressif n’a rien de socialement cohérent.

La pénalisation des clients est une mesure criminelle. Quand les contaminations VIH et IST augmenteront chez les travailleurSEs du sexe, Roselyne Bachelot-Narquin ne pourra pas dire qu’elle ne savait pas.

More...

Décriminalisez entièrement le travail du sexe

En France, officiellement, le travail du sexe est légal. Ce qui est illégal est le racolage ainsi que le proxénétisme, y compris le proxénétisme de soutien, qui ne criminalise ni la violence ni la coercition mais tout acte d’aide à la prostitution, même entre prostitués.

Cela signifie concrètement que le travail du sexe bien que soumis à l’impôt, n’est pas considéré comme un travail, mais comme de la prostitution, une activité tolérée, réduite à la sphère privée, et dont celles et ceux qui fournissent le service sexuel, sont toujours considérés comme inadaptés sociaux depuis les ordonnances de 1960 qui faisaient également de la tuberculose, de l’alcoolisme et de l’homosexualité des fléaux sociaux.

Si nous pouvons donc vendre des services sexuels, ou plutôt si nous pouvons avoir des amants qui nous donnent de l’argent, nous n’avons pas le droit de passer de petites annonces, de racoler nos clients dans la rue, de louer un endroit pour travailler, de nous prêter l’usage d’une camionnette, ou de tout autre acte de solidarité entre nous, sans reconnaissance de droits en tant que travailleur ou de citoyen puisque les discriminations et dénis de droits de la part de la police, de la justice et de l’administration sont nombreux.

Beaucoup a été dit sur la volonté du gouvernement de nettoyer au Kärcher les rues de notre présence pour assurer la « tranquillité publique », ou d’utiliser la lutte contre le racolage comme moyen de lutter contre l’immigration. Or, l’argument principal justifiant la criminalisation des travailleurs du sexe, eux et elles-mêmes, est de deux ordres : il s’agirait de porter un coup aux profits de nos soi-disant proxénètes en décourageant l’activité de prostitution, et de nous diriger (de force) vers les associations travaillant à notre réinsertion sociale. En effet, lorsque nous sommes arrêtés pour racolage, nous sommes fortement conseillés par la police de nous rendre auprès d’associations travaillant avec et pour l’Etat et qui conditionnent pour la plupart leur « aide » à l’arrêt de la prostitution.

SYSTÈME ABOLITIONNISTE

Nous sommes donc depuis plus de cinquante ans dans un système abolitionniste, qui souhaite la disparition de la prostitution, officiellement sans s’attaquer aux travailleurs du sexe, mais qui dans les faits continue de nous criminaliser et nous réduit à un statut de non-citoyen, n’ayant pas la capacité de décider pour lui-même du bienfondé de ses actes et dont l’Etat a à sa charge la réinsertion sociale.

Les deux points justifiant notre criminalisation, même indirecte, reposent pourtant sur une méconnaissance des réalités de notre travail. La notion de proxénétisme est en effet floue puisqu’elle inclut légalement des actes qui ne correspondent pas aux descriptions de violence et d’abus. En lisant attentivement chaque cas régulièrement cité dans la presse de faits divers, la majorité des condamnations pour proxénétisme se porte bien plus contre les travailleurs du sexe que sur les personnes exploitant notre travail.

Aussi, en criminalisant l’organisation du travail sexuel, le racolage, ou le proxénétisme hôtelier, sous prétexte d’empêcher notre exploitation, nous nous retrouvons à devoir accepter les règles du marché noir, sans régulation ni protection, sans recours auprès de la police en cas d’agression, ou des prud’hommes en cas d’exploitation, et de travailler dans les pires conditions, en devant souvent payer les coûts supplémentaires causés par la prohibition, sans oublier les amendes et le racket de la police.

Quand on parle de proxénète, de qui donc parle-t-on ? Pour l’Etat, la plupart d’entre nous serions sous l’emprise de proxénètes, justifiant ainsi les lois répressives, et si l’on tient compte de la définition de la loi, en effet, toute personne avec qui nous avons des transactions économiques dans le cadre de notre travail ou non, toute personne qui bénéficie d’une partie de nos revenus, même au sein de nos familles et de nos proches, serait un proxénète.

Pour nous, le plus grand proxénète de France, c’est l’Etat lui-même. C’est l’Etat qui commet les actes de violence les plus graves à notre encontre et qui nous extorque le plus notre argent. Les arrestations, les gardes à vue, les fouilles au corps, les expulsions, les amendes, les impôts, le racket et la prison, c’est l’Etat français.

Un proxénète, pour les autres travailleurs, s’appelle simplement un employeur. Et si l’on compare l’industrie du sexe avec d’autres secteurs économiques, la part de revenus confisquée par un employeur sur le fruit du travail est souvent bien plus grande. Pour 35 heures de travail par semaine, la part de revenus tirée du travail du sexe sera souvent relativement plus importante. Où est donc l’exploitation ? Nous croyons qu’elle est partout et qu’elle définit tout travail. Mais en focalisant uniquement sur le travail du sexe qui serait défini comme « exploitation sexuelle » a contrario de travail, on fait comme si le travail n’était pas non plus une forme d’exploitation.

RECONNAISSANCE DU TRAVAIL

Lutter contre l’exploitation se fait par l’arrêt de la prohibition et la reconnaissance du travail ouvrant ainsi les mêmes droits sociaux dont bénéficie tout travailleur. La notion de travail ne normalise ni ne relativise les problèmes de violence et d’exploitation qui peuvent se tenir lors d’une activité professionnelle. Elle permet simplement d’apporter des solutions qui sont habituellement adoptées grâce aux lois et code du travail. Les problèmes d’abus et de travail forcé existent dans les secteurs économiques qui sont les plus dévalorisés et qui opèrent à la limite de la légalité ou dans l’illégalité. L’exploitation d’une main d’œuvre souvent d’étrangers sans papiers n’est pas le fait de la nature du travail mais de l’illégalité de leur statut. Le travail du sexe en tant que tel n’a donc pas vocation à être exercé sous la contrainte ou assimilé à de la « traite des êtres humains » contrairement aux définitions de l’Etat et des organisations prohibitionnistes.

L’accès aux services sociaux et à l’aide des associations doit être libre et respectueux du choix des personnes. Représenter tout travailleur du sexe comme une personne aliénée et esclave est en contradiction avec nos réalités, et ne permet pas d’apporter les solutions nécessaires aux problèmes que nous rencontrons, puisque le travail du sexe est pour nous bien plus une solution économique souvent temporaire à un moment donné de notre vie, et non la cause de tous nos maux.

Récemment, deux rapports ont été émis appelant à la décriminalisation du travail sexuel. Il s’agit du rapport du Conseil national du sida (CNS) qui voit la criminalisation du racolage comme une entrave directe à l’accès aux soins et à la prévention du VIH et de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui dans son avis sur la lutte contre la traite des êtres humains, en plus de la décriminalisation, demande que les violations des droits humains faites à l’encontre des travailleurs du sexe soient traitées par les provisions générales des lois contre le viol, violences, exploitation, extorsion de revenus, et non plus par des lois spécifiques stigmatisantes telles celle sur le proxénétisme.

Alors qu’une mission parlementaire étudie actuellement les lois encadrant le travail sexuel, il serait décevant que nos politiques non seulement continuent de penser uniquement dans l’optique de la criminalisation mais en ajoute une supplémentaire en visant en particulier nos clients. C’est l’impression pourtant qui ressort de notre audition par cette mission parlementaire, et des questions de sa présidente, Danielle Bousquet, bien connue pour son militantisme en faveur de la criminalisation de nos clients. Nous espérons donc que cette consultation n’était pas qu’un maquillage politique pour justifier une décision déjà arrêtée depuis longtemps, et nous attendons la publication de son rapport pour le printemps prochain.

Thierry Schaffauser, travailleur du sexe, élu représentant syndical du Syndicat du travail sexuel (Strass)

Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/15/decriminalisez-entierement-le-travail-du-sexe_1453445_3232.html

More...

Pour que cesse la criminalisation des sex workers. Petition

Arrêtez de criminaliser les travailleurs du sexe !

Communiqué de presse du mardi 20 octobre 2009.

Le journal en ligne La Dépêche publiait le 17 octobre dernier un article relatant l’arrestation d’une escort, pour racolage sur internet. Jean-Noël Gros, l’auteur de l’article1, précisait que cette arrestation avait été rendue possible par l’application de l’article L 225-10-1 de la loi n° 2003-239 du 18 mars 2003, relative à la sécurité intérieure (LSI). Pourtant, si l’on se rapporte à la circulaire d’application de la LSI, datée du 3 juin 2003, le délit de racolage public est présenté comme un moyen de garantir la tranquillité publique, en débarrassant les rues de toutes manifestations sexuelles ostentatoires.2 Mais la sollicitation des clientes et des clients sur Internet ne s’affiche pas aux yeux des passants. Elle est confinée aux sites spécialisés, qu’on ne consulte pas par accident. On ne voit pas très bien, dans ces conditions, ce qui peut motiver son interdiction, si ce n’est la volonté délibérée d’empêcher les escorts de travailler.

Or, il n’est pas interdit en France de se livrer à des rapports sexuels tarifés : la loi française ne proscrit pas la prostitution. D’ailleurs, l’État reconnaît bien la prostitution comme un travail puisqu’elle est soumise au régime fiscal. Dans ce contexte, l’affaire toulousaine constitue une violation de l’un des droits humains proclamés dans l’article 23 de la Déclaration des Nations unies de 1948, : le droit au travail.3 Elle ne paraît choquer personne. Même les plus sensibles au respect des droits humains demeurent indifférents. Il faut croire que la prostitution reste une activité dont il est tellement évident, pour la plupart des gens, qu’elle doit être empêchée, qu’on peut se permettre de vouloir l’interdire en infraction à un droit fondamental, sans prendre la peine de justifier cette position.

Alors que tous/tes les travailleurs/ses sont confronté/e/s à la situation de crise économique et que les gouvernements font leur possible pour éviter une situation de chômage et de pauvreté catastrophique, la répression du travail sexuel, lequel constitue une solution financière intéressante pour les minorités et les femmes appartenant aux classes populaires, réalise une avancée considérable en s’attaquant à la prostitution via internet. En l’occurence, l’argument de la défense de la dignité humaine, au risque de sacrifier les libertés fondamentales de la personne dont la dignité serait menacée, sensé justifier l’existence du délit de racolage public est difficilement soutenable dans ce cas. En effet, sauf à considérer que proposer des services sexuels sur internet est contraire à la dignité humaine, il n’y a pas de motif qui puisse justifier son interdiction. De plus, les sites de rencontres sur internet servent précisément aux prostitué/e/s à se protéger des dangers liés au racolage de rue (arrestations policières, agressions physiques, vols, humiliation ou encore proxénètes) et, en cela, criminaliser l’usage d’internet entre en contradiction avec les objectifs de la LSI.

Le STRASS exige :

la cessation de l’hypocrisie du gouvernement français concernant la prostitution.

la décriminalisation de tout acte sexuel entre adultes consentants.

l’abrogation de toutes les lois sur la prostitution.

le respect des libertés fondamentales des travaileurs/ses du sexe.

Pour que cesse la criminalisation des sex workers. Petition.

More...

Pour nous contacter

STRASS, Syndicat du Travail Sexuel
c/o Act Up-Paris
8 rue des Dunes
75019 PARIS

contact@strass-syndicat.org

Permanence POUR LES TRAVAILLEUR-SE-S DU SEXE tous les jeudis de 17h à 21h dans nos locaux à Paris.

Nous contacter en cas de violences : violences@strass-syndicat.org

Paypal

LikeBox Facebook

TL Twitter