Strass Syndicat du travail sexuel - TravailleurSES du sexe en lutte !

Désintox

    Que ce soit de la part des personnes prohibitionnistes ou de celles qui pensent défendre la cause des travailleurSEs du sexe, beaucoup de clichés et de faux arguments circulent sur le travail sexuel. Cette page a pour but de déconstruire ces idées reçues, afin de recadrer le débat sur le travail sexuel, d’un côté comme de l’autre.

    Désintox SPECIAL « modèle Suédois » par Pye Jakobsson, à lire en PDF ici

    « c’est le plus vieux métier du monde, on ne peut pas l’interdire »

    Ce n’est parce qu’une activité ou institution existe depuis longtemps qu’elle en est pour autant « légitime ». Le viol, le droit de cuissage, la violence de manière générale sont, malheureusement, des phénomènes également vieux comme le monde. Rien ne saurait pour autant les excuser. Ce n’est pas parce que la pratique est ancienne qu’il ne faut pas prohiber la prostitution, c’est parce que la prohibition n’a jamais fait autre chose que de nuire aux personnes concernées.

    « les prostituées vendent leur corps »

    Selon les Conventions internationales de 1926 et 1956 relatives à l’esclavage, l’esclavage consiste en l’exercice des attributs du droit de propriété sur une personne, ce qui peut notamment se manifester par la vente ou l’achat de cette personne. Or les travailleurSEs du sexe ne vendent pas leur corps au client, mais fournissent une prestation à caractère sexuel moyennant contrepartie. En tout état de cause, tout travail sexuel ne saurait être assimilé au fait de réduire une personne en esclavage à des fins sexuelles qui constitue un crime contre l’Humanité devant la Cour Pénale Internationale.

    « les hommes ont des besoins sexuels irrépressibles »

    Premièrement, les « besoins sexuels » ne sont en rien l’apanage des seuls hommes : s’il est vrai que le patriarcat a toujours culpabilisé les désirs des femmes, ça ne signifie pas que celles-ci n’en ont pas. Deuxièmement, si les besoins sexuels ne sont pas « irrépressibles », ils ne sont pas pour autant répréhensibles : certainEs de nos clientEs se trouvent en effet dans une situation de misère sexuelle et/ou affective, laquelle peut être une entrave au bien-être et à l’épanouissement personnel. Pour d’autres, faire appel à unE travailleurSEs du sexe est un moyen d’enjoliver le quotidien, de s’offrir des moments de détente, de réaliser certains fantasmes qu’ils/elles ne peuvent réaliser dans leur vie privée.

    « si la prostitution n’existait pas, il y aurait plus de viols »

    Non : la motivation de la personne qui fait appel à nous est très différente de la motivation du viol, cette dernière étant généralement fondée sur le sentiment de puissance et de domination retiré du fait d’imposer ses désirs à autrui. Nos clients au contraire respectent notre consentement et nos conditions ; s’ils ne le font pas, alors ils deviennent des violeurs, et non plus des clients. Pour les mêmes raisons, et contrairement à l’argument parfois utilisé par les prohibitionnistes, il n’y a aucune preuve que la légalisation de la prostitution encouragerait le viol.

    « il faut rouvrir les maisons closes ».

    Au sujet des maisons closes, beaucoup de personnes pensent que ce serait une bonne chose pour les travailleurSEs du sexe. Or, pour nous travailleurSEs du sexe, la réouverture des maisons closes ne signifierait qu’un retour en arrière catastrophique, un réglementarisme fondé sur des motivations hygiénistes et économiques qui nous seraient particulièrement nuisibles : nous ne voulons pas être forcéEs d’aller travailler pour un patron-proxénète qui nous impose horaires, pratiques et tarifs ; nous ne voulons pas que, sous prétexte de « réglementer » une manière « acceptable » d’exercer notre travail, un système de « prostitution à deux niveaux » soit mis en place, et que celles et ceux qui ne veulent ou ne peuvent (faute de papiers par exemple) se plier à ces normes soient encore plus stigmatiséEs, marginaliséEs, et exploitéEs. Nous voulons que chaque travailleurSEs puisse choisir la manière dont elle préfère exercer (indépendante ou en s’associant, indoor ou outdoor, etc)

    « il faut faire la différence entre celles qui font ça de manière totalement libre et les esclaves qui sont dans des réseaux »

    Nous vivons dans une société où les rapports de domination sont très présents. Dans ce cadre, il est très délicat de parler de liberté totale. Nous sommes touTEs muEs par des contraintes notamment économiques, et plus celles-ci sont fortes, plus on est vulnérables à l’exploitation de la part d’un tiers.

    Ainsi, de nombreuses personnes migrent pour échapper à une condition économique insoutenable. En raison des politiques anti-migratoires (fermeture des frontière, constitution d’une « Europe forteresse »), beaucoup sont obligées de faire appel à des réseaux, envers lesquels elles contractent une dette, qu’elles rembourseront par exemple en exerçant le travail sexuel. Si certains réseaux sont de véritables réseaux d’esclavage, il ne faut pas pour autant en déduire, comme le fait la loi actuelle, que toute aide à la migration de travailleuses sexuelles serait de l’exploitation forcée : ce genre d’amalgame ne sert qu’à légitimer la fermeture des frontières et fait le jeu des politiques anti-migratoires, sans proposer de solution valable aux personnes en situation de détresse économique.

    « On ne peut pas consentir à la prostitution »

    Selon les opposantEs à la prostitution, les travailleurSEs sexuelLEs ne sauraient valablement consentir à exercer un travail sexuel, quand bien même ils seraient majeurEs, capables, libres et éclairéEs, et y consentiraient formellement. Un tel consentement serait, selon elles/eux, le fruit de l’aliénation économique et psychologique des travailleurSEs sexuelLEs.

    Le droit commun considère pourtant comme valable tout consentement donné, sans violence, ni menace, ni dol, par une personne juridiquement capable de le donner. Le seul fait d’être vulnérable sur le plan économique est juridiquement insuffisant pour invalider le consentement de qui que ce soit. Si c’était le cas, non seulement certainEs travailleurSEs sexuelLEs mais aussi nombre de travailleurSEs dans d’autres secteurs d’activité devraient être considéréEs comme les victimes d’exploitation du seul fait de leur situation économique.

    Nier aux travailleurSEs du sexe la capacité de consentir valablement à cette activité qui n’est pas (encore) interdite est la négation pure et simple de l’autonomie de chacun, principe fondamental des droits français et européen.

    « la prostitution est une atteinte à la dignité de la personne humaine »

    Revenons sur ce qu’est la dignité de la personne humaine. La dignité est généralement invoquée soit pour protéger la personne contre les tiers, soit pour la protéger contre elles-mêmes. En droit français, la première approche tend à être privilégiée. Jusqu’ici, la seconde approche a en effet retenue dans une unique affaire, celle du lancer de nain.

    L’article 16-1 du code civil tout comme la décision de 1994 du Conseil constitutionnel, qui a conduit à l’introduction de cette disposition en droit français, ne renvoient pas à la notion de dignité en tant que protection de la personne contre elle-même, mais bien contre autrui. Le travail sexuel, dès lors qu’il implique des adultes consentants, libres et éclairés, ne saurait donc être considéré comme portant atteinte à leur dignité. D’ailleurs, selon la Cour européenne des droits de l’homme, « la prostitution [est] incompatible avec les droits et la dignité de la personne humaine uniquement si elle contrainte ».

    Si le travail sexuel ne porte pas, par nature, atteinte à la dignité de la personne humaine, il arrive toutefois qu’il soit exercé dans des conditions qui y portent atteinte. Il en va ainsi en cas d’exploitation, en particulier d’esclavage, de servitude ou de travail forcé. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, ainsi que son Comité des ministres, ont souligné l’importance de distinguer les travailleurSEs sexuelLEs selon qu’ils ont ou non victimes d’exploitation.

    « la prostitution est une atteinte à la dignité des femmes »

    Être féministe ne signifie pas nécessairement prendre position contre le travail sexuel. Inversement, ne pas prendre position contre le travail sexuel n’exclut pas d’être féministe.

    Être féministe consiste à respecter la parole des femmes et à défendre leurs droits fondamentaux, peu importe l’activité qu’elles exercent. Être féministe, c’est respecter la liberté sexuelle des femmes, au titre du respect de leur vie privée, sans chercher à leur imposer un schéma qui voudrait qu’elles n’aient de rapports sexuels que par amour et de manière désintéressée. Être féministe, c’est refuser de stigmatiser certaines femmes sur l’autel de la morale dominante qui condamne la prostitution.

    Le dol désigne l’ensemble des agissements trompeurs visant à obtenir un consentement qu’elle n’aurait pas donné si elle n’avait pas été victime de ces agissements.

    CE, 27 octobre 1995, Commune de Morsang-sur-Orge.

    Décision n° 94-343/344 DC du 27 juillet 1994, Loi relative au respect du corps humain et loi relative au don et à l’utilisation des éléments et produits du corps humain, à l’assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal.

    CEDH, 2006, Tremblay ¢ France. Il est à noter qu’il était question dans cette affaire d’une prostituée qui considérait qu’elle était contrainte d’exercer le travail sexuel pour payer le redressement de charges sociales auxquels la soumettait l’État français, par le biais de l’URSSAF. L’État français considérait clairement qu’il n’y avait aucune contrainte à se prostituer pour payer ses dettes puisqu’elle disposait d’autres alternatives.

    Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Résolution 1579, « Prostitution. Quelle adopter ? », 2007 ; Recommandation 1815, « Prostitution. Quelle attitude adopter ? », CM/AS (2008) 1815 final, 13 juin 2008.

    Le combat entre féministes radicales (cf. Catherine MacKinnon et Andrea Dworkin) et les féministes sex positive (cf. Annie Sprinkle, Candida Royalle, Margot Saint James, Gail Pheterson, Gayle Rubin) aux Etats-Unis vers la fin des années 1970 et le début des années 1980 illustrent bien le fait qu’il n’y a pas un mais des féminismes.

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