Discours du STRASS à la Pride de Grenoble

Merci à la Pride grenobloise de nous accueillir et de nous permettre de prendre la parole.
Trigger warning – je ferai mention de violences LGBT- et putophobes ainsi que de suicide.

Fréquentant les milieux LGBT et queers de par mes engagements militants et ma bisexualité, on me demande parfois ce que font les travailleur·se·s dans les marches des fiertés. « C’est pas une question particulièrement LGBT, c’est plutôt un truc de féminisme… » Bam bim, c’est plié, allez vous-en.

L’histoire ne retient pas tout, ne raconte pas tout, oublie souvent. Les travailleur·se·s du sexe ont fait partie des luttes LGBTQIA+ depuis leurs tous débuts.

Les marches des fiertés célèbrent les émeutes de Stonewall contre les violences policières. Ce bar gay tenu par la mafia était fréquenté par des jeunes LGBTQIA+ dont beaucoup vivaient et survivaient en exerçant le travail sexuel. Les drag queens, travestis et personnes trans étaient particulièrement ciblées lors des descentes de police et la « prostitution » était bien sûr un motif d’arrestation.

50 ans après ces émeutes, le mouvement a obtenu de grandes avancées, mais à qui bénéficient-elles? Les personnes qui ont toujours subi le plus de répression ne le sont peut-être plus pour « homosexualité » mais continuent de l’être en tant que migrantes, trans ou travailleuses du sexe. Or, hier comme aujourd’hui, beaucoup de jeunes LGBTQIA+ n’ont pas d’autre choix que de migrer (s’exiler) et d’exercer le travail sexuel pour vivre et survivre.

50 ans après, nous avons le sentiment d’être toujours au même point. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir participé à toutes les luttes. En se priorisant sur la thématique de l’égalité des droits, les luttes LGBT ont souvent oublié les impératifs de justice sociale.

Si l’égalité signifie une réconciliation des LGBT blancs de classe moyenne avec les hétéros de leur classe au détriment des LGBTQIA+ de couleur et des plus pauvres, ces luttes n’auront produit qu’une reconfiguration des inégalités et des rapports de domination.

Pour les TDS, la marche des fiertés est un moment éminemment politique. Nous sommes loin d’avoir tous·tes le luxe d’être out, et beaucoup d’entre nous vivent encore la stigmatisation comme une honte. La punition et les discriminations sont vives, dans les domaines de la santé, de la justice, du logement. Pire encore, ces discriminations sont incorporées dans les lois françaises qui qualifient de « proxénétisme » toute solidarité et tolérance envers les TDS.

Nos luttes sont vivantes. Là où certains célèbrent les acquis, nous ne célébrons pas grand-chose.

Ces mois de pandémie ont fourni le test idéal du modèle de l’abolition : mettre fin à la demande. Pendant le premier confinement, il n’y avait aucun client. Le rêve de l’abolition!

Mais c’est Nadja et Sam, femmes trans TDS qui ont été expulsées de leur logement. Ce sont Natasha et Marcela, TDS Rroms qui ont été harcelées à coup de 135 € alors qu’elles tentaient juste de gagner de quoi manger. Ce fut Mathilde, notre sœur Mathilde, femme trans TDS de 19 ans, employée au service juridique du Strass qui s’est ôté la vie, suivie de son amie Laura. Ce sont Lorena, Hillary, et
Sarah, colombienne, équatorienne, brésilienne, mortes du Covid et des conséquences du VIH, en rupture de traitement et dans l’isolement. C’était une pluie d’OQTF et d’expulsions pour des personnes étrangères séropositives, le plus souvent en France depuis plus de 10 ans. Ce furent des mois lourds de larmes, de sang et de sueur pour grappiller des miettes de soutien du gouvernement qui a choisi comme seule option de financer les parcours de sortie de la prostitution, un échec de politique sociale avec seulement 400 accompagnements en 5 ans, comme si nous n’avions jamais soutenu nos adèlphes qui souhaitaient arrêter et faire autre chose de leur cul.

On ne peut pas prétendre défendre les droits des TDS sans réclamer de meilleures politiques migratoires, le droit pour d’asile les personnes LGBTQIA+ persécutéEs et le droit au séjour pour soins pour les séropos.

On me demande parfois ce que font les travailleur·se·s dans les marches des fiertés, pourquoi on n’est pas qu’une question féministe, eh bien nous étions là, nous sommes toujours là avec cette communauté, alors que tristement bien des féministes hésitent encore à nous accueillir, quand nous ne sommes pas expulsé·e·s manu militari des manifestations. C’est un fait vécu et une blessure douloureuse qui pourra j’espère cicatriser.

Mais aujourd’hui, avec vous, la seule blessure que j’aurai à panser, c’est celle que j’aurai aux pieds à cause des talons que j’enfile pour cette journée, pour rappeler par notre présence que nous, les TDS, faisons partie des communautés LGBTQIA+ et de cette société qui nous préférerait mortes et malheureuses que vivant·e·s, belle·aux et fièr·e·s.

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Cybèle Lespérance
Référente Auvergne-Rhône-Alpes

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