Strass Syndicat du travail sexuel - TravailleurSES du sexe en lutte !

PROJET DE LOI FINANCES 2016 : MOINS D’ARGENT POUR LA SANTÉ DES FEMMES, PLUS POUR LA PROPAGANDE ABOLITIONNISTE !

Alors que le Sénat, au grand dam des abolitionnistes, vient de rejeter en deuxième lecture la pénalisation des clients, tout en conservant l’abrogation du délit de racolage, de la PPL de lutte contre le système prostitutionnel, la récente publication de la Proposition de Loi Finances 2016 nous en apprend enfin un peu plus sur le fameux « fonds » qu’on ne cesse de nous vanter pour justifier des mesures répressives qui plongeront les travailleurSEs du sexe dans toujours plus de précarité.

Comme nous le redoutions, les modalités de financement de ce fonds, loin de répondre aux besoins des travailleurSEs du sexe, ne proposent que de toujours plus financer le quelques associations qui se font un business de notre absence de droits, et leur propagande, au détriment du financement d’actions de santé globale pour les femmes et les populations en difficulté, ainsi que de la lutte contre le VIH et les IST.

C’est dans le programme 137 du PLF 2016, dédié à l’égalité entre les femmes et les hommes1 que se trouve incluse l’action 15 « prévention et lutte contre la prostitution et la Traite des Êtres humains ». Le budget de l’action, qui « vise à améliorer la lisibilité des actions menées sur ce champ, à mieux répondre aux besoins spécifiques de ce public, notamment en matière d’accompagnement social et sanitaire des personnes prostituées ainsi qu’à renforcer le pilotage des moyens dédiés à cet effet » , est de 4,98 millions d’euros, ce qui constitue 18,5% du programme, contre 2,39 millions d’euros (9,5%) en 20152, soit une différence de 2,8 millions au bénéfice de l’année 2016.

Ces 2,8 millions cependant ne correspondent en aucun cas à un effort supplémentaire de la part du gouvernement, mais à une réaffectation de budgets auparavant dédiés à d’autres actions :

– 0,8 million sont ainsi réaffectés depuis le programme 176 (Intérieur : Police nationale), sans plus de précision.

– 1 million depuis le programme 101 (Justice : accès au droit et à la justice), sans plus de précision non plus.

– 1 million depuis le programme 204 (Santé : prévention, sécurité sanitaire et offres de soins). Sur ce million, la moitié est prise sur l’action 12, qui « vise notamment à apporter au grand public et particulièrement aux plus fragiles l’information et l’éducation en santé dont ils ont besoin ». Cette action se concentre notamment sur la santé des populations en difficulté, la santé des jeunes, la santé de la mère et de l’enfant (notamment à travers les objectifs suivants : l’accès de toutes les femmes à la contraception, l’accès des femmes à un droit effectif à l’IVG, améliorer la santé et la prise en charge des femmes enceintes et jeunes mères, améliorer la santé de la petite enfance), et les traumatismes et violences.
L’autre moitié quant à elle est prise sur l’action 13 « prévention des risques infectieux et des risques liés aux soins ».

C’est donc directement dans les fonds prévus pour la santé des femmes, des jeunes enfants et des jeunes, sur des dépenses aussi cruciales que l’IVG, la contraception, la petite enfance, les violences, et la lutte contre le VIH et les IST que sont pris les fonds qui serviront à lutter contre la prostitution, en finançant les actions abolitionnistes et leur propagande !

En effet, d’après le descriptif de l’action, les crédits de l’action sont notamment à dépenser, au niveau local, en plus des actions de rencontre, d’accueil, et d’accompagnement des « personnes en situation ou en risque de prostitution », à des « actions de prévention auprès des jeunes afin de prévenir le risque prostitutionnel, tant en ce qui concerne l’entrée dans la pratique prostitutionnelle que le recours à la prostitution », à la sensibilisation des professionnels « aux enjeux du phénomène prostitutionnel et de la traite des êtres humains afin d’améliorer le repérage, l’identification et la prise en charge des victimes », et enfin, à l’organisation de « manifestations auprès du grand public (colloques, conf, débats) ».

Au niveau national, les principales associations abolitionnistes qui recevront un budget, explicitement mentionnées en tant qu’ « association têtes de réseau », sont donc le Mouvement du Nid, l’Amicale du Nid, ALC-Nice, et le Comité contre l’esclavage moderne.

Alors que les principales mesures à prendre pour lutter contre l’exploitation des travailleurSEs du sexe sont des mesures transversales telles que la régularisation des travailleuses étrangères, et une revalorisation conséquente des aides sociales et des salaires notamment en direction des femmes et des jeunes, les seules mesures financières de cette proposition ne consistent qu’à donner toujours plus d’argent aux associations abolitionnistes, au détriment de la promotion de la santé des femmes et des populations vulnérables.

En s’alliant, dans leur volonté irrationnelle de voir les clients pénalisés, à un gouvernement qui a pourtant brillé, depuis son arrivée au pouvoir, par ses mesures d’austérité, les féministes abolitionnistes ont donc préféré, à la lutte radicale pour l’accès aux droits des travailleurSEs du sexe, la compromission.

C’est pourquoi, malgré les avancées que constitue le vote du Sénat en seconde lecture, nous continuerons de nous opposer frontalement à cette proposition de loi dans son ensemble, et que nous continuerons à revendiquer la dépénalisation totale du travail sexuel, ainsi que de véritables mesures sociales en direction de celles qui en ont besoin, seules manières d’agir effectivement contre l’exploitation des travailleurSEs du sexe.

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PROJET DE LOI SUR LE RENSEIGNEMENT : UNE LOI ANTIDÉMOCRATIQUE, DANGEREUSE POUR NOS COMBATS

Access France – Act Up-Paris – Act Up Sud-Ouest – Aides – Strass

Le projet de loi sur le renseignement met en place une surveillance généralisée de l’ensemble des citoyen-nes. Il étend les motifs d’écoute et de surveillance à des textes qui peuvent s’appliquer aux combats des associations de lutte contre le sida et les hépatites virales. Il doit être retiré.

Critique des politiques économiques et scientifiques françaises = terrorisme ?

Le projet et les amendements adoptés en commission des lois autorisent les écoutes pour le recueil de renseignements relatifs, entre autres, aux intérêts économiques et scientifiques de la France.

Or, les luttes des malades ont souvent été opposées à ces mêmes intérêts. C’est bien au nom des intérêts économiques et scientifiques de la France que des socialistes et des responsables administratifs ont repoussé, au milieu des années 80, les mesures indispensables à assurer la sécurité transfusionnelle, se rendant responsables du scandale du sang contaminé. Combien de scandales sanitaires, comme celui de Servier, auraient pu être évités, s’ils n’avaient pas été couverts au nom de prétextes assimilables à la défense des intérêts économiques et scientifiques de la France ?

Nos combats nous amènent à remettre en cause le système économique et scientifique français : prix du médicament, instances opaques, carences de la pharmacovigilance, démantèlement de la Sécurité sociale, baisse des subventions pour des actions qui sauvent des vies, abandon des malades des pays pauvres, etc. Quelle garantie avons-nous qu’un prétexte aussi flou – que la commission des lois s’est empressée d’élargir – ne transforme pas le plaidoyer de nos associations en une menace pour les intérêts économiques et scientifiques de la France ? Rien dans les décennies passées en matière de vigilance, de respect des lanceur-ses d’alerte, de réactivité, de lutte contre les conflits d’intérêt, ne saurait nous rassurer en la matière.

Désobéissance civile et manifestation = terrorisme ?

Le projet prévoit aussi de légaliser les écoutes pour « prévenir les actions collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique. »

De nombreuses voix (syndicats, associations de défense des droits humain, syndicats, magistrat, y compris de la lutte anti-terroriste) ont dénoncé l’amalgame probable de cet article avec les protestations du mouvement social. C’est notamment vrai pour nos combats, qui ont toujours eu besoin d’actions de désobéissance civile qui pourraient relever d’une interprétation élargie de cet article de loi : distribution de seringues à une époque où c’était interdit, accueil d’usagErEs de drogues avant l’institution de la réduction des risques, mise de côté des lois répressives pour accueillir sans-papiers, travailleuses du sexe, usgErEs de drogues, entrave à l’expulsion d’étrangErEs malades dans des pays où on ne pourra les soigner, manifestations non autorisées pour dénoncer de graves blocages institutionnels, etc.

Ces actions ont fait avancer la lutte contre le sida et les hépatites. Désobéir à la loi est une nécessité quand la loi, et la société, excluent et marginalisent des populations entières en les rendant plus vulnérables à l’épidémie. Les militant-es qui ont mené ces actions de désobéissance civile ont toujours assumé les conséquences de leurs actes face à la justice. L’histoire de la lutte contre le VIH et les hépatites leur a donné raison. Faudrait-il dès lors nous considérer comme potentiels terroristes et nous mettre sur écoute ?

Alors même que des actions similaires restent nécessaires pour alerter politique et responsables administratifs des graves lacunes de notre système de santé, doit-on s’attendre à être traité-es en terroristes ?

En répondant à des actes de terreur par des mesures de peur et de suspicion, la majorité donne aux terroristes ce qu’ils et elles veulent : moins de démocratie, le soupçon généralisé, des scissions supplémentaires au sein de la société. Ce faisant, elle menace nos combats, nos actions.

Nous appelons au retrait de ce projet de loi. Nous incitons nos militantEs, adhérentEs, sympathisantEs, à participer à la campagne organisée par la Quadrature du Net et à contacter leur député-e pour dénoncer ce texte.

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Quand la secrétaire d’Etat aux droits des femmes oscille entre ignorance et malhonnêteté…

Le 19 mars dernier, la secrétaire d’Etat aux droits des femmes était auditionnée par la Commission spéciale du Sénat sur la lutte contre le système prostitutionnel. A la lecture du compte-rendu de cette audition, il nous faut nous rendre à l’évidence : Mme. Boistard ne maîtrise pas du tout son sujet et ses propos oscillent entre ignorance et malhonnêteté.

Elle affirme ainsi que, selon le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), il existerait des risques sanitaires communs à toutes les formes de prostitution. Or ce rapport souligne exactement le contraire, à savoir que les risques sont « avant tout liés à la précarité des conditions d’existence » et que « le niveau de risques et la fréquence des pathologies varient selon les publics et les contextes d’activité ». La secrétaire d’Etat aux droits des femmes déforme donc sans vergogne les conclusions d’un rapport de l’IGAS, par définition indépendante, pour la faire coller à l’idéologie abolitionniste qu’elle souhaite véhiculer.

Non contente de travestir les conclusions de ce rapport, elle choisit sciemment d’ignorer les rapports indépendants concluant à la dégradation des conditions de vie des travailleuses du sexe en Suède pour leur privilégier le rapport officiel du gouvernement qui, bien évidemment, soutient la pénalisation des clients.

Ce faisant, la secrétaire d’Etat aux droits des femmes ne méprise pas seulement la parole des travailleurSEs du sexe en lutte pour leurs droits partout dans le monde1, mais également celle d’associations de santé (Act Up-Paris, Aides, Médecins du monde, etc.), féministes (Mouvement français pour le planning familial, Collectif 8 mars pour toutes, etc.) et de défense des droits humains (Ligue des droits de l’homme, etc.)2, d’instances nationales(Conseil national du sida, Commission nationale consultative des droits de l’homme, etc.)3 et internationales (Organisation Mondiale de la Santé, Programme des Nations-Unies pour le développement, ONUSIDA, etc.)4, lesquelles se sont toutes prononcées contre la pénalisation des clients des travailleuses du sexe. Non pas dans un contexte de défense du travail sexuel en tant que tel, mais bien parce que les conséquences d’une telle pénalisation seraient délétères pour les premièrEs concernéEs.

A une semaine du débat au Sénat sur la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, une telle méconnaissance du sujet par la secrétaire d’Etat aux droits des femmes fait preuve au mieux d’une incompétence crasse, au pire d’une position consciemment criminelle.

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Quand le travail du sexe tient colloque au Sénat et dénonce les effets pervers de la pénalisation des clients.

Alors que la commission spéciale sénatoriale s’apprête à conclure ses travaux sur la proposition de loi Prostitution, les travailleurSEs du sexe et les associations de santé tenaient colloque jeudi 12 juin au Sénat pour en dénoncer les effets pervers

 

Il semble encore nécessaire de le rappeler : le travail du sexe n’est pas illégal en France. Pourtant, si la prostitution n’est pas directement pénalisée, tous les moyens de l’exercer le sont : le délit de racolage public institué il y a plus de 10 ans en est le parfait exemple. Or les mesures proposées dans cette proposition de loi entretiennent cette approche répressive. En considérant les personnes uniformément comme des victimes, elles proposent une réponse homogène et essentiellement pénale à un phénomène pluriel, complexe et hétérogène. Elles contribuent ainsi à précariser les personnes qui se prostituent, les condamnant à la clandestinité et les exposant à des risques pour leur santé et leur sécurité. C’est exactement ce qu’ont dénoncé au cours de ce colloque non seulement les travailleurSEs du sexe, mais aussi des sociologues, juristes, chercheurSEs, médecins, psychiatres et associations de santé.

 

Pénalisation : la fausse bonne idée pour lutter contre la traite.

Ainsi, pour Maitre Anne Bouillon, avocate« les institutions judiciaires et policières ne pourront être des passerelles pertinentes pour la sortie de la prostitution ». Elle dénonçait déjà les « effets catastrophiques du délit de racolage », or pour elle « la pénalisation du client ne fait que déplacer la focale répressive » sans apporter aucune solution à celles et ceux qui souhaitent sortir de la prostitution. Elle prédit « l’ effet boomerang de la pénalisation du client »

 

Une loi guidée par une méconnaissance manifeste de l’activité prostitutionnelle

 

Pour Lilian Mathieu, sociologue au CNRS, les partisans de cette loi ont une vision fausse et condescendante du travail du sexe. Il dénonce cette volonté de faire le bien des personnes sans prendre la peine de leur demander leur avis : « les aspects répressifs se coulent toujours dans un discours humaniste ». Les prostituées sont systématiquement perçues comme de « jeunes femmes innocentes, naïves et crédules », poursuit-il, forcément victimes de « traumatismes ». Du fait de cette « dimension psychiatrique », il ne serait pas nécessaire de les consulter. Cette vision surannée conduit aux mesures contre-productives présentées dans ce projet de loi. En effet, en considérant de manière arbitraire que 80% de la prostitution relève de la traite,  le législateur reste sourd aux rapports démontrant l’absence de chiffres fiables et aux observations faites dans les autres pays occidentaux.

 

Car loin de cette vision victimaire, la prostitution – ou plutôt LES prostitutionS, reflètent des réalités multiples. Pour exemple, les travailleurSEs du sexe migrantEs ne sont pas uniformément victimes de la traite. A. Lan, travailleuse du sexe d’origine chinoise et Téodoraextravailleuse du sexe d’origine roumaine, ont toujours assumé le choix de cette activité, hors du joug des réseaux. Téodora glisse même lors de son intervention : « je me suis sentie plus exploitée en travaillant au noir dans un institut qu’à travailler dans la rue ». Mais elle constate sur le terrain les conséquences de la loi, que beaucoup croient déjà en application. Selon ses anciennes collègues, les clients sont plus méfiants, plus rares, plus déterminés et des tentatives d’extorsion commencent déjà à apparaître.

 

L’exemple suédois, ou la mise en scène de l’abolition

Pye Jakobson, travailleuse du sexe en Suède pendant 26 ans, décrit les réelles conséquences de la pénalisation en Suède. Les clients menacés de sanctions pénales, « refusent désormais de donner toutes informations les concernant ». Ils donnent rendez-vous aux prostituées dans le métro ou dans des lieux isolés, sans leur dire à l’avance où ils vont les emmener. Autant de risques supplémentaires encourus par les personnes qui se prostituent. Quant aux personnes propriétaires de leur logement qui par souci de sécurité tenteraient de recevoir leurs clients à domicile, elles risquent tout bonnement d’être privées de leur droit de propriété et jetées à la rue. Les personnes prostituées, « présupposées mentalement instables », sont ainsi à la merci du bon vouloir des juges. Cette abolition à la suédoise se traduit en réalité par plus de clandestinité, de risques et de précarité pour les travailleurSEs du sexe. Alors qu’Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent l’hypocrisie du système suédois, aucune étude sérieuse n’a été menée par les pouvoirs publics pour en mesurer les effets délétères.

 

La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) s’est d’ailleurs récemment prononcée contre la pénalisation du client. Dans un avis rendu le 22 mai 2014, elle salue la proposition d’abrogation du délit de racolage public et  « se félicite de l’attention toute particulière portée à la traite des êtres humains dans la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel « . Mais bien qu’elle adhère aux mesures d’accompagnement administratif et social des personnes en situation de prostitution, la CNCDH rappelle que ces mesures doivent s’inscrire dans une politique plus globale qui ne doit pas se limiter qu’à un parcours de sortie de la prostitution.

 

Nous, associations de santé et de travailleur(se)s du sexe, dénonçons cette proposition de loi contraire à la santé et à la dignité des personnes. Nous appelons les parlementaires à abroger urgemment le délit de racolage public, et à refuser la pénalisation des clients. Nous demandons une véritable politique de lutte contre le travail forcé, la servitude, l’esclavage et la traite, et une réelle prise en compte de la parole et des besoins des personnes concernées. C’est en écoutant les besoins des personnes qui se prostituent que nous parviendrons à sortir d’une vision erronée de la prostitution et à leur apporter des solutions concrètes et durables.

 

Signataires : Acceptess-T / Act Up-Paris / AIDES / Cabiria / Collectif droits et prostitution / Griselidis / Médecins du Monde / Strass /

Contact

Antoine Henry (AIDES) : 06 10 41 23 86 – ahenry@aides.org

Aurélie Defretin (MDM): 01 44 92 14 31/1381-0609173559 – infomdm@medecinsdumonde.net

Cadyne Senac (STRASS) : 07 60 42 51 80

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NOTE DU STRASS SUR LA PREP EN DIRECTION DES TRAVAILLEUR-SE-S DU SEXE.

Suite à une consultation au sein de notre syndicat nous avons pu obtenir différents témoignages. Si certainEs travailleurSEs du sexe ont fait part de leur enthousiasme quant à ce nouvel outil de prévention, nous notons qu’il s’agit plutôt d’hommes gays qui ont déjà des rapports sexuels sans préservatifs et sont déjà informés sur cet outil. Cependant, dans la grande majorité des réponses que nous avons reçues, les travailleurSEs du sexe, en particulier chez les femmes, ont davantage fait part de leurs réserves.

Les principales réserves exprimées sont :

  • La PREP ne protège pas des autres IST : risque de pandémies de maladies moins délétères mais tout autant sérieuses (hépatites, syphilis, etc…)

  • La PREP est perçue comme un outil plus lourd que le préservatif et qu’il est + facile d’oublier

  • Réticence liée à la méconnaissance de ce médicament : pas assez de recul sur les effets à long terme

  • Peur que la PREP entraîne une pression + forte à des rapports sans préservatif. Sachant que cette demande est déjà forte et à la hausse, les travailleurSEs du sexe qui ne désirent pas suivre cette prévention risquent de perdre une partie ou toute leur clientèle, un certain nombre de clients préférant recourir aux services de travailleurSEs sous PREP qui afficheront des services sexuels dit « nature » dans leurs annonces. Ces dernières seront en danger par rapport aux autres IST et les premières en plus grande difficulté économique si le nombre de leurs clients diminue en conséquence.

  • Enfin, il apparait intolérable que ce soit encore sur le/la receveurSE que se porte la responsabilité de la prévention, alors que nous demandons depuis des années des campagnes de sensibilisation et de prévention en direction de nos clients.

S’agissant du contexte :

Le STRASS rappelle depuis des années que le principal facteur de vulnérabilité des travailleurSEs du sexe quant à leur santé notamment sexuelle, est la pénalisation et la stigmatisation de notre travail. Nous estimons que la pénalisation du racolage et la future pénalisation des clients sont des enjeux de santé bien plus importants, et qui ont une incidence bien plus directe sur notre accès aux soins et à la prévention. Les effets de la pénalisation sont un dispersement des scènes de travail sexuel, (de rue comme indoors) et leur maintien dans la clandestinité. La répression fait fortement reculer les acquis de trente ans de santé communautaire, alors même que celle-ci devrait être la priorité du monde institutionnel, médical, et associatif. Avant toute chose, nous demandons donc à chaque instance de se positionner fortement contre la pénalisation.

Il nous parait particulièrement ironique que le gouvernement et les pouvoirs publics fassent la promotion de nouveaux outils comme les TROD1 ou la PREP2 afin de palier aux conséquences néfastes des politiques répressives dont la responsabilité leur incombe. Nous avons déjà exprimé nos réserves sur les TROD car il y a de réels risques pour le maintien de la confidentialité des résultats selon les lieux de travail sexuel où ils sont effectués. Autant nous saluons le travail d’associations comme HF Prévention qui permettent de garantir cette confidentialité lorsque les travailleurSEs du sexe sont isoléEs les unes des autres, tel en forêt de Saint Germain ; autant les TROD ne sont pas forcément adaptés dans un autre cadre où la confidentialité des résultats ne peut pas être garantie.

Selon nous, les pouvoirs publics prennent souvent le problème à l’envers. En accord avec l’avis du CNS de 20103, nous pensons que la cause de notre vulnérabilité au VIH et IST ne réside pas dans l’exercice du travail sexuel en tant que tel, mais dans les conditions de travail qui découlent de la répression et la stigmatisation de celui-ci. A l’heure où le Parlement discute d’une nouvelle proposition de loi qui va interdire l’achat de services sexuels et rendre ainsi de fait cet échange illégal, alors que jusqu’à présent seul le racolage et le proxénétisme étaient pénalisés, nous déplorons fortement que la priorité du monde de la santé et de la lutte contre le sida et les IST ne soit pas de s’opposer à cette criminalisation accrue. Il nous paraitrait plus pertinent que les associations de santé et de lutte contre le Sida jouent un rôle dans les débats politiques sur la pénalisation, que sur ceux ayant pour but de nous inciter à changer nos modes de prévention

La dynamique de l’épidémie chez les travailleurSEs du sexe n’est en effet pas la même que chez les gays. L’usage du préservatif y est beaucoup plus fréquent. Ce n’est pas l’outil de prévention en tant que tel qui nous pose problème car notre but est d’abord économique avant la recherche de plaisir sexuel, et c’est davantage le contexte répressif qui nous fragilise. Il a par ailleurs été démontré chez les hommes travailleurs du sexe, qu’ils utilisaient bien plus fréquemment le préservatif dans les rapports sexuels qu’ils ont dans le cadre de leur travail que dans leur vie privée.4 Nous pouvons en conclure que ce n’est pas l’outil de prévention en tant que tel qui pose problème, car le but économique passe avant la recherche de plaisir sexuel : c’est davantage le contexte répressif qui nous fragilise.

Au lieu de créer les conditions nécessaires à l’accès aux soins et à la prévention pour les travailleurSEs du sexe, les pouvoirs publics préfèrent faire comme si les difficultés d’accès aux soins et à la prévention étaient une situation irrémédiable. Dans cette logique, il s’agit donc d’aller dépister les travailleurSEs du sexe hors les murs des centres de dépistage grâce aux TROD, et ce sans remettre en question les raisons politiques qui font que nous nous éloignons toujours plus des centres villes, que nous avons de moins en moins confiance dans les administrations et services de l’Etat, que ces services ne sont pas toujours accessibles dans les langues parlées par les travailleurSEs du sexe, ou que nous ayons de moins en moins le temps et l’énergie pour nous préoccuper de notre santé. Quand notre priorité est de devoir nous défendre contre des violences policières et des discriminations accrues, la santé passe après.

S’agissant des discriminations et de la stigmatisation, nous trouvons par ailleurs intolérable le fait que notre autodétermination ne soit pas respectée par les services de santé, à commencer par la DGS et le ministère de la santé qui insistent pour nous nommer « PSP » ou « personnes qui se prostituent » alors que nous nous revendiquons « travailleurs et travailleuses du sexe ». Pour rappel, le terme de « travail sexuel » est celui qui est retenu dans les instances internationales de santé et les conférences mondiales sur le sida.

Nous insistons sur ce contexte politique répressif, parce que la répression est directement responsable de l’échec des politiques de santé au sein de notre communauté. Quand la police confisque nos traitements ou nos matériels de prévention, lorsqu’elle utilise la détention de préservatifs comme preuve et élément de caractérisation du délit de racolage, cela a des conséquences directes sur notre santé. Dans ce contexte, comment croire qu’il suffit de proposer la PREP comme nouvel outil ? Quand nous sommes placéEs en garde à vue pendant de longues heures, sans qu’on nous laisse prendre nos médicaments, comment imaginer possible une prise correcte et une bonne observance de la PREP ? Si nos médicaments sont confisqués par la police, comment pouvons-nous suivre un traitement à heure fixe ? C’est ce que subissent déjà les travailleurSEs du sexe séropostiVEs sans que personne ne s’en émeuve. Pour nous, la priorité est d’abord la fin de cette répression et d’assurer que les travailleurSEs du sexe migrantEs qui sont porteurSEs de pathologie graves ne soient plus menacéEs d’éloignement du territoire.

Les nouveaux outils de prévention peuvent être intéressants lorsqu’ils sont utilisés dans de bonnes conditions. Or, au vu des conditions actuelles (et probablement à venir) d’exercice du travail sexuel, nous craignons que la PREP n’aie pas de meilleurs résultats que ce que nous avons déjà obtenu avec le préservatif. L’efficacité de tel ou tel outil de prévention n’étant pas uniquement liée à celui-ci, mais principalement à son contexte d’usage.

Cette logique nous paraît emblématique des paradoxes de l’Etat français à l’égard des travailleurSEs du sexe : d’un côté, c’est à nous d’être individuellement responsables non seulement de notre prévention, mais de celle de nos clients (et via eux, de la société entière), de l’autre, nous sommes considéréEs comme des irresponsables à protéger d’elles/eux-mêmes via des lois qui répriment notre travail. En faisant de la dynamique de l’épidémie et de l’efficacité de la prévention une responsabilité individuelle, cette stratégie ne fait enfin que légitimer le désengagement de l’Etat en ce qui concerne la nécessité de faire de la santé un véritable enjeu public et politique.

La prise de la PREP

L’essai IPERGAY semble plus intéressant que l’essai précédent IPrEx au moins sur un point : celui de la prise du médicament avant un rapport sexuel et non de manière fixe. Cette plus grande possibilité peut aider les travailleurSEs du sexe occasionnelLEs qui savent à l’avance quand ils/elles vont avoir des rapports sexuels : Néanmoins, en ce qui concerne celles et ceux qui travaillent tous les jours, la contrainte reste quotidienne, ainsi certainEs escortes pourraient prendre le médicament juste avant un rendez vous avec un client, la difficulté réside cependant dans la durée à observer avant que l’action du médicament ne fasse son effet. Quand un client demande notre présence dans l’heure qui suit la prise de contact, le délai de temps avant le rapport sexuel sera-t-il suffisant pour que le médicament protège réellement ?

De plus, nous rappelons que la majorité des prises de risques chez les travailleurSEs du sexe se déroulent lors des rapports sexuels qui ont lieu dans la sphère privée, et non pas avec les clients. La PREP peut être un outil intéressant dans ce cadre mais à priori pas dans le cadre du travail pour les raisons évoquées de pression à des rapports non protégés et qui auront une incidence sur l’ensemble de la communauté des travailleurSEs du sexe. Par ailleurs, le préservatif sert parfois de barrière émotionnelle avec les clients et permet de faire la différence entre le travail et la vie sexuelle et affective privée. La PREP ne doit donc pas peser sur l’usage du préservatif qui est plus qu’un outil de prévention dans la communauté des travailleurSEs du sexe, en particulier chez les femmes.

Recommandations

Le travail sexuel doit être dépénalisé dans son ensemble (clients, travailleurSEs du sexe, famille et entourage, tierces parties).

Les associations de santé communautaires doivent être soutenues dans leur travail et leur financement doit être assuré.

La PREP est un outil intéressant pour les personnes refusant ou n’utilisant pas de préservatifs. La grande majorité des travailleurSEs du sexe souhaitant utiliser les préservatifs, nous ne pensons pas que la PREP soit pour l’instant recommandable à touTEs les travailleurSEs du sexe.

En complément du préservatif, la PREP peut rassurer les travailleurSEs du sexe en cas de rupture de celui-ci. Mais la PREP ne protégeant pas des IST autres que le VIH, ni d’une grossesse : l’usage du préservatif reste plus que nécessaire.

Un traitement quotidien non choisi serait trop lourd et inefficace du fait d’une mauvaise observance. Ce programme doit donc toujours rester sur la base du volontariat, et ne jamais devenir obligatoire pour les travailleurSEs du sexe.

La PREP doit rester un choix personnel et un complément à l’outil déjà existant du préservatif. Afin que les travailleurSEs du sexe conservent le choix de leur prévention, il ne faut pas que la PREP devienne la seule option possible du fait d’un abandon généralisé du préservatif. C’est une vraie crainte (que nous espérons infondée), mais qui doit être prise en compte dans les futures campagnes de prévention.

Si la PREP peut être proposée aux travailleurSEs du sexe qui ont déjà des rapports sexuels sans préservatifs ou en complément du préservatif, les clients doivent être incités à l’utilisation des préservatifs afin de ne pas pénaliser les travailleurSEs du sexe très majoritaires qui préfèrent cet outil de prévention. Des campagnes de prévention doivent être menées en direction des clients pour le port du préservatif afin de ne pas créer une pression négative contre l’usage de ceux-ci, et pour que la PREP reste un choix non contraint économiquement.

La PREP doit être accessible gratuitement tout comme les préservatifs et les gels, et délivrée avec un accompagnement médical afin d’être correctement informé et évaluer de possibles contre-indications.

Les travailleurSEs du sexe intérésséEs par la PREP doivent être correctement informéEs des risques qu’elles et ils encourent concernant les autres IST. Ils et elles doivent être correctement informéEs sur la bonne prise et observance de ce médicament notamment sur les délais d’attente à observer avant un rapport sexuel.

Les travailleurSEs du sexe suivant la PREP doivent avoir accès à un bon suivi de soins de santé et une offre adéquate de dépistage ainsi que la fourniture gratuite de préservatifs lorsqu’ils/elles prennent la PREP en complément de ceux-ci.

1 Dépistage rapide hors les murs

2 Traitement comme prévention pour les séronégatifs

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Pour nous contacter

STRASS, Syndicat du Travail Sexuel
c/o Act Up-Paris
8 rue des Dunes
75019 PARIS

contact@strass-syndicat.org

Permanence POUR LES TRAVAILLEUR-SE-S DU SEXE tous les jeudis de 17h à 21h dans nos locaux à Paris.

Nous contacter en cas de violences : violences@strass-syndicat.org

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