Strass Syndicat du travail sexuel - TravailleurSES du sexe en lutte !

Féminisme pute

Ce texte a été présenté à l’occasion de la journée internationale pour les droits des femmes à la Sorbonne. Le STRASS y était invité par le bloc offensif antisexiste, collectif d’étudiantes féministes, à répondre à la question suivante:

comment se réapproprier son corps en tant que femme ou minorité de genre dans une société capitalo-sexiste et patriarcale?

Notre lutte pour la reconnaissance du travail sexuel, et particulièrement en tant que femmes cis et trans  , dans une période de réappropriation du contrôle de la part du féminisme institutionnel qui juge notre activité et condamne à tour de rôle soit la « catin », soit la « victime » de prostitution, soit le client « prostitueur »,  doit être éclairée non seulement par notre expertise individuelle, mais aussi par une réflexion historique sur le lien entre la lutte féministe contre  la domination patriarcale des femmes et le travail sexuel . L’analyse ci-dessous permet de mettre en lumière l’importance des luttes féministes intersectionnelles dans la réappropriation de nos corps, nos droits et combien le féminisme institutionnel actuel pour l’Egalité Femmes Homme, dans son souci d’avoir le contrôle sur les minorités, le contrôle sur nos droits et nos corps et de dicter sa vision de la dignité, applique une domination identique à la domination patriarcale concernant les Travailleuses du sexe.
Afin de définir ce que pourrait être un féminisme à partir de nos vécus de travailleuses du sexe, qu’on pourrait aussi appeler : « un féminisme pute », nous abordons 3 volets de réflexion :

– 1) rendre visible comme travail les services sexuels que les femmes sont contraintes à effectuer dans les systèmes patriarcal et capitaliste
– 2) comprendre le rôle de l’injure « pute », de la « putophobie », ou du « stigmate de putain » comme formes de contrôle sexiste sur le corps des femmes, et
– 3) envisager le travail du sexe comme un travail de genre : envisager comme travail la performance de la féminité dans nos vies de tous les jours, au travail et, y compris, lorsque nous sommes dans la sphère dite privée « hors travail »

Le travail sexuel comme travail

Les premières organisations de travailleuses du sexe sont nées dans les années 1970 dans la vague des mouvements des femmes de cette époque. A ce moment là, des militantes et théoriciennes féministes ont analysé la division sexuelle du travail, notamment à travers l’exemple du travail domestique assigné à la sphère privée, et rendu invisible par des formules comme « maman ne travaille pas car elle reste à la maison s’occuper des enfants ». Dans certains pays, comme en Italie, au Québec, ou au Royaume Uni, des groupes de femmes ont revendiqué un revenu pour le travail ménager pour dénoncer cette assignation à un travail gratuit. En 1975, au moment où les prostituées françaises occupent les églises en protestation contre les lois répressives qu’elles subissaient, le collectif anglais des prostituées (English Collective of Prostitutes) nouait des alliances avec le mouvement en faveur d’un revenu pour le travail ménager. Parmi ces féministes, Selma James ou Silvia Federici, ont soutenu la revendication de reconnaitre la prostitution comme un travail, pensant que les services sexuels aussi, font partie des tâches considérées comme relevant « naturellement » du rôle dit féminin d’épouse et de mère. Elles déclaraient que le mouvement des prostituées, en rendant visible la prostitution comme travail, aidait l’ensemble des femmes, qui pouvaient ainsi mieux négocier les conditions de cette injonction à la sexualité pour leur propre plaisir et intérêt, ou bien, pour mieux la refuser.

Cette assignation à rendre des services sexuels aux hommes est un trait considéré comme universel. C’est en tout cas la conclusion des recherches de l’anthropologue Paola Tabet qui a théorisé ce qu’elle appelle le « continuum des échanges économico-sexuels ». Pour simplifier, Tabet observe que dans toutes les sociétés qu’elle a étudié, les femmes sont dépossédées de la plupart des richesses et moyens de production détenus en général par les hommes. Pour vivre ou survivre, elles sont contraintes à utiliser leur sexe et leur sexualité comme moyen d’échange avec les hommes afin d’accéder à des ressources ou des avantages comme la sécurité, ou une position sociale plus favorable. Au sein de ce continuum se situe évidemment la prostitution, mais également la plupart des institutions du patriarcat qui régissent et encadrent les possibilités de rencontres sexuelles entre les femmes et les hommes à savoir : le mariage, le couple, ou les rendez-vous amoureux. Les prostituées ne sont ainsi plus une catégorie à part des autres femmes, mais subissant une oppression commune, par l’extorsion de services sexuels.

En quoi notre oppression serait donc spécifique à celle des autres femmes ? Nous y venons dans notre deuxième point.

La putophobie ou le stigmate de putain

La psychologue Gail Pheterson, autre grande alliée féministe des mouvements de prostituées depuis les années 1970, a analysé les rapports femmes/hommes à travers ce qu’elle a nommé le « prisme de la prostitution ». A la suite des travaux de Tabet, elle définit la prostitution comme différente des autres formes d’échanges économico-sexuels, parce qu’étant la partie stigmatisée et illégitime au sein du continuum. Et la raison pour laquelle elle est stigmatisée, est parce que des femmes osent exiger explicitement une compensation financière ou matérielle pour les services sexuels rendus, et qu’en faisant cela, elles rendent visible le fait qu’il s’agisse d’un travail et non d’un cadre d’échanges « naturels ».

Elle montre cependant que le « stigmate de putain » n’est pas particulier aux prostituées mais est une arme du patriarcat contre toutes les femmes. En fait, la stigmatisation de la figure de la prostituée, permet de créer une identité de genre séparée au sein de la classe des femmes, et qui a pour fonction d’être un contre-modèle aux statuts légitimes par exemple d’épouse et de mère. Les femmes sont ainsi divisées schématiquement dans le patriarcat traditionnel en deux principaux blocs, selon le type de travail sexuel auquel elles sont assignées : travail sexuel de reproduction, ou travail sexuel ayant pour finalité la production de plaisir et de divertissement (masculin bien sûr). Ces deux types de travail sexuel sont distincts car les hommes veulent s’assurer de la transmission de leurs gènes et de leur nom, et limitent donc l’échange sexuel des femmes à un seul homme dans la sphère privée ou l’étendent à tous les hommes dans la sphère publique.

L’injure de pute ne sert donc pas seulement à stigmatiser les travailleuses du sexe mais toute initiative ou prise de liberté des femmes, toute forme de rébellion, toute forme de transgression de genre, notamment le fait d’occuper des espaces publics et nocturnes réservés traditionnellement aux hommes où seules les « putes » disponibles pour leur divertissement sont tolérées.

Face au stigmate de putain, la stratégie féministe « mainstream » est d’inciter les femmes à se distinguer le plus possible de la catégorie de « pute », allant même jusqu’à chercher à l’abolir. Or, tant que la structure économique du patriarcat et du capitalisme est en place, il y aura toujours des femmes qui auront besoin, ou trouveront intérêt, à gagner de l’argent par le biais du travail sexuel. Au lieu de lutter contre la stigmatisation, cette approche a plutôt tendance à la renforcer et à maintenir la dichotomie entre « femmes normales » et « femmes à part ».

Pour lutter contre la stigmatisation, une stratégie a été de créer le nouveau terme de « travail sexuel » au lieu de celui de prostitution. Ce terme a comme avantage comme nous l’avons vu de dénaturaliser l’assignation aux services sexuels et de rendre visible cette tâche comme un travail. Il permet aussi de reconnaitre la capacité d’agir des femmes, et de s’organiser pour exiger des droits et protections acquises par les mouvements ouvriers. Enfin, il permet de rassembler différentes catégories de travailleuses du sexe plus largement que la prostitution traditionnelle, qui sont habituellement isolées et divisées selon leur mode de travail.

Une autre stratégie de lutte contre le stigmate de pute est de nous le réapproprier en fierté. Lorsque nous disons que nous sommes des putes et que nous en sommes fières, nous ne portons pas de message sur les conditions d’exercice du travail sexuel, ou sur nos sentiments quant à celui-ci. Quelles que soient nos expériences, bonnes ou mauvaises, que nous aimions ou détestions notre travail, nous n’avons pas à nous en justifier. Ce que nous disons par ce message de fierté, est que jamais nous ne nous laisserons réduire à la honte et au silence, car comme nous allons le voir à présent dans notre troisième et dernier point, le stigmate de putain a également pour but de nous empêcher de révéler ce que nous savons des rapports de genre à travers notre expérience de confrontation quotidienne aux hommes.

Le travail du sexe comme travail de genre

Une partie importante du travail sexuel est de performer du genre car l’espace de la sexualité est un de ceux où les possibilités d’expression de genre deviennent plus nombreuses, notamment dans les industries du sexe contemporaines et mondialisées, résultat du libéralisme, où les demandes se diversifient et où les sources d’accès à certaines formes de services sexuels comme la pornographie se démocratisent. Le travail sexuel évolue en effet comme le reste de la société, en négatif mais aussi parfois en positif, en particulier grâce aux apports des féministes et des courants dits « pro-sexe » qui essaient de changer les métiers du sexe de l’intérieur. Bien que les expressions de types de féminités (ou de masculinités) soient plus diverses, et que de plus grandes libertés sont possibles notamment avec l’essor de « niches commerciales », certaines représentations de genre peuvent être aussi beaucoup plus contraignantes et stéréotypées. En tout cas, il est évident pour beaucoup de travailleuses du sexe que la sexualité, la séduction, ou les émotions qu’elles mobilisent relèvent d’un travail de production d’une féminité.

Lorsqu’on est féministe pute, et qu’on travaille avec la sexualité, on observe peut être plus rapidement et facilement la facticité du genre, et de la féminité qu’on performe au quotidien. Le maquillage, les tenues, les accessoires, tout un support matériel vient quelques fois soutenir un édifice totalement construit au service des fantasmes et des représentations. Mais à force de performer cette féminité dans le cadre du travail, il devient parfois moins supportable de le faire en dehors du cadre du travail, et qui plus est, gratuitement. Pourquoi devoir être bien habillée, d’apparence sexy, devoir sourire, rester attentive et patiente à la conversation des hommes s’ils ne nous paient pas pour le faire ?

Autre constat, cette mobilisation de la féminité n’est pas uniquement le commun des travailleuses du sexe. Beaucoup d’entre nous avons exercé d’autres métiers dans lesquels nous devions là aussi faire attention à notre apparence, à nos tenues, à nos attitudes. Y compris dans les plus hautes sphères de pouvoir, il est exigé par exemple des femmes politiques d’être bien habillées, et elles se voient subir toutes sortes de commentaires sur leur apparence physique ou les émotions qu’elles expriment ou non publiquement. Et là encore, on retrouve une partie de travail spécifique aux femmes qui doit être réalisé gratuitement. En effet, les femmes ne sont pas davantage payées que les hommes lorsqu’elles doivent passer des minutes supplémentaires à « se préparer » pour « se présenter » au travail, lorsqu’elles doivent répondre à des exigences en termes de travail émotionnel qui ne sont pas requises de la même manière des hommes. En général, elles sont même moins bien payées.

Pour revenir au travail sexuel, ce qu’il révèle est également la production de la masculinité de la part des clients hommes. Comme certaines féministes du « care » l’ont souligné, le travail sexuel est un travail du care qui se situe dans le cadre général du travail de reproduction sociale. Cela signifie que pour que les hommes soient performants au travail, dans le travail de la sphère publique considéré comme productif, et qui est rémunéré, ils peuvent se reposer sur le travail gratuit et invisible des femmes, ou sur celui de professionnelles des soins et de l’attention, en général d’autres femmes. De cette manière, la masculinité d’apparence forte et performante dans la sphère publique, se révèle en revanche fragile, à consoler et à conforter via le travail d’attention et de soins, dont le travail sexuel.

Les textes de l’écrivaine et prostituée Grisélidis Réal révèlent en grande partie cette « fragilité masculine » à travers la sexualité. Un homme qui doit tenir un rôle social, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une position de pouvoir, ne peut pas se permettre que soient exposés d’éventuels comportements sexuels en contradiction avec ce qu’il représente. Etre pénétré sexuellement, se faire pisser dessus, être soumis, ne pas être considéré comme performant sexuellement, ne pas réussir à bander dur et sur commande, avoir une sexualité qui ne permet pas de faire des enfants et donc d’être productif et reconnu comme père, toutes ces choses peuvent se faire avec une travailleuse du sexe qui apporte une garantie de non-jugement. De plus, comme nous l’avons vu, la stigmatisation de la pute permet d’empêcher toute expression de sa part, ou d’invalider sa parole au cas où celle-ci ne se tairait pas.

Pour conclure, et pour donner des perspectives plus concrètes sur ce que nous vivons actuellement, la pénalisation des clients ne permet pas de renverser les rapports de genre. Nous revenons aux injonctions à une sexualité dite gratuite et naturelle, sans se rendre compte ou en niant la part de travail encore pesante sur le corps des femmes. La stigmatisation ne diminue pas bien au contraire, car nous sommes renvoyées à une obligation de honte et de repentance au travers d’un « parcours de sortie de la prostitution », comme seule issue à notre condition. Aucun moyen réel n’est en place pour permettre d’améliorer nos conditions économiques pour refuser l’exploitation par le travail. On nous fait comprendre seulement qu’il est préférable de se faire exploiter ailleurs que dans le travail sexuel. La pénalisation a ironiquement réduit encore plus notre pouvoir, voire a inversé le rapport de force en faveur des clients, car elle conduit à une précarisation et à l’obligation d’accepter des hommes ou des conditions que nous pouvions mieux refuser auparavant. Pour se réapproprier le pouvoir sur nos corps, pour lutter contre les violences et l’exploitation, nous continuons de croire qu’une approche syndicale est plus efficace que les interventions policières et carcérales de l’état. Nous continuons de croire en un féminisme qui repose sur l’autodétermination des femmes, qui n’invalide pas leur parole, ni ne les infantilise. Nous croyons aussi que rendre visible le travail des femmes est le meilleur moyen pour permettre et organiser ensuite la grève des femmes.

More...

« Et en plus les putes, ça coûte cher ! »

Comme le relaye (notamment) l’article du Monde daté du 26/05/2015, l’association le Mouvement du Nid, en partenariat avec la société Psytel, a réalisé une enquête destinée à évaluer le « double fardeau économique et social » de la prostitution. au-delà des questions méthodologiques que pose une telle « enquête », c’est surtout politiquement qu’elle est discutable.

Commençons par la méthodologie. Premièrement, l’estimation du « coût de la prostitution » nécessite évidemment une estimation du nombre de personnes concernées par la prostitution. Or, cette estimation, comme toutes celles portant sur des activités en grande partie clandestines du fait de leur répression, est difficile à obtenir de manière fiable. Ainsi, alors que depuis au moins 10 ans, le Mouvement du Nid, et à sa suite les diverses personnalités politiques soutenant l’abolition de la prostitution, se basaient sur une estimation de 20 000 prostituées en France, ce chiffre monte désormais à 37 000, soit près du double.

Deuxièmement, et comme le souligne d’ailleurs l’auteure de l’article Mathilde Damgé, « certaines catégories sont très discutables » : l’évaluation du coût de la prostitution repose en effet sur la mise en lumière de 29 « postes de coûts », divisés en 6 grandes catégories : coûts directs médicaux et non médicaux, coûts des conséquences sociales directes et indirectes, coût humain pour les personnes prostituées, et coût de l’évasion fiscale. Si la liste complète des 29 postes n’est pas encore accessible, on a déjà accès à quelques uns via l’article, notamment : lutte contre les tentatives de suicide, placement des enfants, consommation d’alcool, de tabac, et de substances illicites, aides sociales, préjudices liés aux viols et tentatives de viols, aux violences physiques et psychologiques, surmortalité liée à la prostitution. Comme le souligne l’auteure de l’article, ces « postes de dépenses » sont loin d’être spécifiques aux prostituées. Ceci amène cependant une précision : la stigmatisation et la répression des prostituées peut effectivement mener à une augmentation de certains d’entre eux ; dans ce cas, il serait donc plus juste de parler du coût de la répression et de la stigmatisation, plutôt que du coût d’une prostitution qui, par essence, les engendrerait.

Politiquement, ces estimations sont encore plus discutables. Notamment, pour reprendre à nouveau les réserves exprimées par la journaliste, celles concernant le coût humain, puisque « tous ces coûts se présentent sous la forme de pourcentages de la valeur de la vie statistique, une année de vie humaine étant fixée (par l’OCDE par exemple, ou le rapport Boiteux) à 150 000 euros : 15 % pour un viol, 2 % pour une violence légère ». Lutter contre la marchandisation du corps en fondant son argument politique sur une évaluation de la valeur de la vie selon l’OCDE, voilà qui est, sinon cynique, du moins contradictoire.

Tout aussi cynique et contradictoire est d’ailleurs cette manière de faire reposer sur celles que l’on se plait à présenter comme des victimes par essence la responsabilité des dépenses de l’Etat : car à travers cette question générale du coût de « la prostitution », c’est bien en grande partie le coût des travailleuses du sexe elles-mêmes, le fardeau qu’elles représentent, qu’il s’agit d’évaluer, dans l’espoir sans doute de provoquer une indignation du type « et en plus les putes, ça coûte cher ! »

En plus de renforcer les stéréotypes de genre, en plus de faire tache dans nos jolis paysages, ruraux ou urbains, de mettre au pied du mur les pauvres riverains qui ne savent que répondre aux questions de leurs enfants, en plus de tous ces maux, et d’autres encore, dont les travailleuses du sexe sont quotidiennement accusées, les putes, donc, ça coûte cher, et pas seulement aux clients, qui pourraient pourtant « dépens[er] leur argent dans n’importe quelle autre activité, [de sorte que] la société française économiserait chaque année plusieurs centaines de millions d’euros de dépenses liés aux conséquences de la prostitution et augmenterait parallèlement ses recettes fiscales d’au moins 853 millions d’euros. ».

Mais sous ce titre accrocheur « le coût social de la prostitution », c’est surtout certains titres de Unes tristement célèbres que nous rappelle le Mouvement du Nid, par exemple celles-ci :

valeurs4040_001une-lexpress

Le Mouvement du Nid défend une politique prohibitionniste à l’égard du travail du sexe, une politique qui pousse les travailleurSEs dans le clandestinité et les rend plus vulnérables à l’exploitation, aux violences, et à la stigmatisation. Il révèle aujourd’hui, en cherchant à s’attirer le soutien de toutes celles et ceux qui s’indigneront devant ces « révélations » sur le coût des putes, les intérêts qu’il défend : les intérêts de l’Etat, d’un Etat qui veut en finir avec les manques à gagner et les dépenses sociales, d’un Etat néolibéral. Sara Farris a forgé le terme de « fémonationalisme » pour qualifier « la mobilisation contemporaine des idées féministes par les partis nationalistes et les gouvernements néolibéraux sous la bannière de la guerre contre le patriarcat supposé de l’Islam en particulier, et des migrants du Tiers monde en général ». Ici, la bannière est celle de la guerre contre la prostitution, considérée comme violence faites aux femmes, d’ailleurs présumées en majorité issues des réseaux de traite (en provenance du tiers-monde).

Le mouvement féministe majoritaire, une grande partie de la gauche et de l’extrême gauche, se vantent de marcher derrière le Mouvement du Nid. Peut-être est-il (enfin) temps pour ces organisations de regarder de plus près l’idéologie qui sous-tend l’investissement du Mouvement du Nid dans la lutte contre la prostitution. Et si comme on peut l’espérer, les militantEs féministes et de gauche sont véritablement animés d’une démarche, sinon de justice sociale, au moins d’un certain humanisme, alors peut être pourraient-il également se poser la question « quel est le prix de l’abolition ? ». La réponse à cette question, hélas, ne se chiffre cependant pas en euros, mais bien en vies, humaines, et inestimables.

More...

Le STRASS apporte son soutien à Jimmy Paradis, exclu par l’Eglise

Jimmy Paradis, travailleur du sexe et membre du STRASS vient d’apprendre son exclusion de la chorale de l’église St Joseph de Perpignan.

Bien que le curé de la paroisse se défende de toute homophobie, il est clair qu’une discrimination a eu lieu, puisque Jimmy est exclu de la chorale. La raison invoquée est qu’il apparait sur une vidéo en travesti se préparant à aller sur le trottoir.

Le curé prétend que Jimmy fait la promotion de la prostitution, chose qu’il n’a jamais faite. Être syndicaliste et militer au STRASS n’a rien à voir avec faire la promotion de ce travail mais simplement le fait de défendre ses droits et de lutter contre l’exploitation. Pour nous, il est évident que Jimmy a été discriminé soit en raison de son orientation sexuelle, soit de sa profession, soit de ses activités syndicales et politiques. Quelque soit le motif, il s’agit bien de discrimination.

Le STRASS est donc prêt à se porter partie civile en Justice aux côtés de notre camarade et ami.

More...

la Kedge Business School ne nous baisera pas

Le STRASS ne participera pas à la « table ronde à propos du système prostitutionnel » du 7 avril 2014 organisé par l’association CLEPSYDRE de la KEDGE BUSINESS SCHOOL de Marseille.

 

Renommée « baise moi si tu peux » afin, selon les organisateurs de l’événement, d’attirer les étudiants de la KEDGE BUSINESS SCHOOL, l’annonce de la table ronde a ainsi pris les allures de l’annonce d’une confrontation proche d’un combat de boxe qui plus est inégalitaire et empreint d’irrespect envers les travailleurSEs du sexe.

 

Le titre « baise moi si tu peux » ainsi que l’affiche (voire plus bas) représentant une serrure où on peut lire « solde avant fermeture » abondent dans l’idée que les travailleurSEs du sexe ne seraient que de la viande à vendre, nous niant toute humanité et toute conscience. En tant que travailleur-euses du sexe et syndicalistes nous battant quotidiennement pour nos droits et la reconnaissance de notre capacité à agir et à parler en notre nom, nous condamnons ces propos.

 

Ainsi, si notre syndicat participe régulièrement à des débats contradictoires mais néanmoins constructifs, il est hors de question pour nous de cautionner un événement qui se base sur la promesse de la confrontation entre les participantEs pour exciter un public qui serait attiré par l’espoir de voir le sang couler :
« Autant te dire que les débats risquent d’être enflammés ! »
« Autant dire que les deux groupes se détestent royalement. Cependant, pour la première fois, ils ont accepté d’être confrontés l’un à l’autre lors d’un débat ! »
« Pour vivre cette table ronde qui s’annonce agitée… !»

 

De plus, le STRASS n’a jamais travaillé en collaboration avec le Mouvement du Nid, qui défend une position prohibitionniste à l’opposé de nos revendications syndicales de droit commun.
Cependant, de nombreuses fois, nos portes-paroles ont débattu face à des membres de cette organisation. Il est donc doublement faux d’affirmer :
« le Mouvement du Nid et le STRASS ont cessé de travailler ensemble et même de se parler à la suite d’une querelle entre les deux. »
« Cependant, pour la première fois, ils ont accepté d’être confrontés l’un à l’autre lors d’un débat !

 

Par ailleurs, justifier cette communication racoleuse et irrespectueuse par la nécessité de remplir un amphithéâtre d’étudiants a fini de nous convaincre de ne pas y participer :
« Nous avons opté pour une communication basée sur la provocation. Nous avons du mal à remplir nos amphithéâtres, nous n’avons qu’une vingtaine de personnes à chacun de nos événements. […] Ainsi, nous avons fait une description plutôt provocatrice pour attirer les étudiants, qui représentent la quasi-totalité des spectateurs. »
Nous ne sommes pas dans l’absolu contre les stratégies de provocation. En revanche, nous y sommes radicalement opposées lorsque celles-ci se font aux dépens du respect des travailleurSEs du sexe.

 

Enfin, sur 5 participants dont 3 notoirement abolitionnistes, seule notre porte-parole est travailleuse du sexe et au vue des éléments énoncés précédemment, il est fort à parier de la difficulté à faire entendre sa parole, au profit au profit d’une mise en scène spectaculaire ne tenant pas compte de sa sécurité.
Considérant cet événement comme un guet-apens, le STRASS refuse d’y participer et dénonce les positions sexistes et putophobes de l’association CLEPSYDRE de la KEDGE BUSINESS SCHOOL de Marseille.

photo couv event fb

 

 

 

 

Description de l’événement Facebook, avant modification :

« Tu vois des prostituées dans la rue mais tu ne sais pas quoi en penser ? Tu sais qu’une proposition de loi a été votée concernant les clients de prostituées mais tu ne sais pas ce que ça va changer ? Tu as suivi les débats en novembre mais tu voulais poser TES questions ?

Clepsydre est là pour faire vivre le débat une fois de plus ! Pour la toute première fois, nous recevons CINQ personnes, représentant différents courants, différentes conceptions pour que TU puisses te faire un avis sur la question.

Faut-il interdire la prostitution ? Faut-il l’autoriser tout en l’encadrant ? Faut-il copier le modèle suédois ou plutôt le modèle belge ? Peut-on inventer le modèle français ? Nous te permettrons d’avoir des réponses à toutes ces questions et aux tiennes lors de cette table ronde sur la prostitution avec comme invités :

– Gaëlle LENFANT, Vice-Présidente de la région PACA, ayant travaillé avec Najat Vallaud-Belkacem avant l’élection de François Hollande
– Jérémy KHOUANI, Etudiant en médecine, membre du Mouvement du Nid, une association souhaitant abolir la prostitution
– Jean-Régis PLOTON, Directeur d’Autres Regards, une association de santé communautaire travaillant avec et pour les personnes prostituées depuis 1995 à Marseille
– Joël MARTINE, Philosophe, auteur notamment du Viol-location, liberté sexuelle et prostitution
– Marie PRIN, Porte-parole du STRASS, le syndicat du Travail Sexuel

Autant te dire que les débats risquent d’être enflammés ! Pour te donner une idée, le Mouvement du Nid et le STRASS ont cessé de travailler ensemble et même de se parler à la suite d’une querelle entre les deux. Nous te laissons lire une page du STRASS consacrée au dénigrement du Mouvement du Nid.

http://www.strass-syndicat.org/2009/04/les-prostituees-veulent-une-europe-sans-mouvement-du-nid/

Nous pouvons par exemple y lire :

« Nous tenons donc à rappeler que le Mouvement du Nid s’arroge une parole d’expert sur la prostitution dont il n’a aucune légitimité. Les vrais experts sur la prostitution, ce sont nous les travailleurs et travailleuses du sexe.
Le Mouvement du Nid comme les autres mouvements qui veulent notre abolition sont déconnectés de nos réalités et déforment notre parole pour mieux maintenir leur pouvoir. »

Tu trouveras également une lettre ouverte destinée à la secrétaire nationale des Verts d’alors, Cécile Duflot : http://www.strass-syndicat.org/2010/03/lettre-duflot/
Autant dire que les deux groupes se détestent royalement. Cependant, pour la première fois, ils ont accepté d’être confrontés l’un à l’autre lors d’un débat !

Pour vivre cette table ronde qui s’annonce agitée, rendez-vous lundi 7 avril à 17h30 en amphi B ! »

 

More...

Rafle du 8 mars 2014, Lettre ouverte à Mme Najat Vallaud-Belkacem

Ministre des Droits des Femmes et Porte-parole du Gouvernement.

Madame,

C’est avec colère que nous avons appris, à peine quelques heures après que se soient achevées des manifestations féministes, partout en France, à l’occasion du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, que plusieurs dizaines de femmes, travailleuses du sexe, ont été arrêtées lors d’une gigantesque rafle conduite dans le bois de Boulogne.

Vous n’êtes pas sans savoir que ce type d’opération est devenu très fréquent ces derniers temps, avec son lot d’irrégularités et d’abus ; pour rappel, le 10 décembre 2013, c’étaient 12 travailleuses du sexe de nationalité chinoise qui avaient été arrêtées à leur domicile, dont la moitié d’entre elles conduites en centre de rétention administrative en attendant d’être expulsées du territoire français.

Depuis votre arrivée au gouvernement, vous n’avez cessé de vous réclamer et d’agir en fonction d’une idéologie – l’abolitionnisme – qui aurait au cœur de sa motivation la protection des personnes – notamment des femmes – qui vendent des services sexuels.

Pourtant, alors que cela fait plus de deux ans maintenant que vous êtes au gouvernement, tout ce que l’on a pu constater est votre volonté d’entraver l’abolition du délit de racolage public, soit en soutenant les associations membres du collectif abolition 2012 qui s’étaient opposées à la proposition de loi de Mme Esther Benbassa allant en ce sens, soit en soutenant un projet de loi qui ne vise qu’à échanger le délit de racolage public avec celui de recours à la prostitution, sans davantage garantir le respect des droits des travailleuses du sexe. Certes, dès votre arrivée au gouvernement, vous manifestiez votre volonté de travailler avec M. Manuel Valls sur la question de la prostitution. Celui-ci s’étant distingué par le nombre de mesures d’expulsion mises à exécution depuis son arrivée au Ministère, les rafles régulières qui, sous couvert de lutte contre les « réseaux d’exploitation », ne conduisent qu’à une répression directe des travailleuses du sexe et à l’expulsion de celles en situation irrégulière, ne nous étonnent donc pas. Pour autant, nous ne pouvons continuer d’accepter ce double-discours. Nous ne pouvons accepter que nos collègues se fassent expulser au nom d’une lutte pour notre protection.

Parce que malgré nos profondes divergences sur les solutions à mettre en œuvre pour protéger les travailleuses du sexe de l’exploitation, nous sommes persuadées que vous ne pouvez approuver que des dizaines de femmes soient quotidiennement harcelées par les forces de l’ordre. Parce qu’à moins de considérer que les putes ne sont pas des femmes, vous ne pouvez que vous insurger contre la rafle de ce samedi à Boulogne, nous vous demandons, Madame la Ministre, d’émettre dès aujourd’hui une position claire sur le traitement que votre gouvernement compte réserver aux travailleuses du sexe en situation irrégulière dans les semaines à venir. Nous vous demandons également, dès aujourd’hui, de prendre position contre les rafles et expulsions qui visent les travailleuses du sexe. Surtout, nous vous demandons quels moyens concrets comptez-vous mettre en œuvre, dès aujourd’hui, pour que ces rafles et expulsions cessent, non seulement à Paris, mais dans la France entière.

En vous souhaitant bonne réception de ce courrier, et dans l’attente d’une réponse claire à nos questions,

nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre et porte-parole du gouvernement, nos salutations.

Le STRASS, Syndicat du travail sexuel.

More...

LA LUTTE CONTRE LES PUTES : JUSQU’OÙ ?

Par le Pink Bloc Paris, Solidaires étudiant-e-s Sciences po, et le STRASS

Ce texte est une réponse au communiqué écrit par Zero Macho suite à notre altercation avec eux lors de la Foire à l’Autogestion, le 9 Juin 2013. Il vise, face à la diffamation dont se rendent coupables ces hommes « fiers de ne pas être clients », à donner notre propre version des faits afin d’éclaircir les choses en les replaçant en contexte.

Pourquoi nous avons contesté la présence de Zero Macho ?

D’une part, nous estimons que l’association Zero Macho, dans ses principes mêmes (dire aux hommes de ne pas recourir aux services des travailleurSEs du sexe, pour le bien-même de celleux-ci, et promouvoir l’idée de pénaliser les clients) sont incompatible avec une démarche féministe émancipatrice autogestionnaire : Zero Macho, groupe d’hommes, agit en effet au nom des femmes travailleuses du sexe, en adoptant la posture du « chevalier blanc », paternaliste au possible, tout en demandant parallèlement à l’Etat d’assurer un rôle répressif et donc de s’immiscer dans la vie des femmes : il n’y a absolument RIEN d’autogestionnaire dans cette démarche.

D’autre part, au delà de la forme même de leur action, les discours que véhicule Zero Macho sont particulièrement stigmatisants à l’égard des travailleurSEs du sexe, ce qui apparaît lors d’un simple et rapide parcours de leur site internet :

– parmi les témoignages d’hommes ayant signé leur manifeste: « aller voir une prostituée, c’est se souiller moralement et physiquement, c’est être aussi un homme inférieur, qui n’est pas capable de relations « normales » ;

– dans leur FAQ : « Si ces personnes doivent renoncer à la prostitution, ne tomberont-elles pas dans une situation bien pire après ? – « Pire que de se laver le cul dix fois par jour avec du savon antiseptique ? Pire que de se faire éjaculer dessus par des inconnus ? Pire que de se faire tabasser par son mac ? Et tiens, au fait : pourquoi « pute » est une insulte ? »

Les exemples de tels propos articulant sexisme et mépris de classe fleurissent hélas à chaque page : la forme qu’a pris l’altercation que nous avons eue avec eux n’est donc pas pour nous étonner, mais dans la mesure où elle constitue une dangereuse mise en actes de ces discours, elle se doit d’être dénoncée.

De la contestation d’une oppression à l’assimilation des putes à des meurtrières fascistes.

Nous étions donc plusieurs putes et alliées féministes à être très mal à l’aise face à la présence de cette association. Pour autant, après quelques jours particulièrement durs et éprouvants pour nous (le meurtre de Clément, camarade de lutte, venant cristalliser les multiples agressions sexistes, homophobes, islamophobes, racistes, putophobes que nous subissions depuis des mois) nous nous sommes d’abord retenues d’aller les voir : si nous nous sommes rendues à cette foire à l’autogestion, c’était pour tenir des stands , notamment celui du Pink Bloc, et aider à assurer le service d’ordre de l’événement, suite à des menaces de la part de Civitas.

Nous n’avions donc pas comme première réaction d’aller les voir. Puis une femme est venue nous rencontrer sur le stand du Pink Bloc, nous racontant qu’un des hommes qui s’occupent du stand de ZeroMacho l’a alpaguée et a commencé à lui expliquer la lutte contre le système prostitueur, que les putes qui pensent sérieusement vouloir faire ce métier sont en fait des filles aliénées dont la plupart ont subi des violences sexuelles petites, etc. Bref, discours habituel qu’on retrouve sur leurs tracts et leur site ; sauf que la femme en question n’avait rien demandé : l’interpellation d’une femme par des hommes lui expliquant ce que vivent les femmes était déjà en soi un procédé plutôt discutable : s’ils voulaient parler des putes, alors on était là, ils n’ont qu’à nous envoyer les personnes au lieu de s’exprimer à notre place en relayant des clichés sexistes.

L’une de nous décide donc d’aller au stand de ZeroMacho, et prend un de leurs tracts qui vante les mérites de la masturbation par rapport à la prostitution, puis leur demande, plutôt gentiment (voire suavement) :

« Bonjour, je ne comprend pas bien là… pour moi la masturbation et le fait d’aller voir des putes, c’est deux choses différentes, non ?

– …

– ah, mais excusez-moi, je suis impolie, je ne me suis pas présentée. En fait, moi je suis pute. Vous n’avez pas l’air de tellement nous apprécier ici. »

Évidemment, l’homme assure qu’il n’a rien contre les prostituées, et, étrangement, ne tient plus le même discours à une pute qu’à la jeune fille qu’il a abordée tout à l’heure. A la pute, il ne lui explique pas qu’elle est aliénée et qu’elle a été forcément violée quand elle était petite pour en arriver là. Le discours est tout de même condescendant, plein de pitié, se veut éducatif. Homme blanc, cis et éduqué, viens donc remettre la petite gouine qui se prostitue sur le droit chemin ! Un paternalisme auquel on est hélas habituées. Le ton monte donc assez vite, sur la base d’un échange vide :

– nous on ne lutte pas contre les putes, on lutte contre le système prostitueur (argument apparement « choc » puisqu’on a dû l’entendre au moins 50 fois)

– bien sûr que vous luttez contre les putes, puisque vous optez pour des solutions répressives qui les ségréguent, les isolent, les contaminent, les tuent

– non pas du tout

Fin de la conversation (Monsieur blanc cis et bourgeois serait-il à court d’argument ou sait-il aussi bien que nous que, face à nous, il ne tient pas la route?)

Une deuxième travailleuse du sexe arrive, et dénonce également la présence de cette association. Le mec de Zero Macho pose alors sa main sur son épaule, pour la calmer, ce qui fait encore monter le ton : certes, cette asso réclame le droit de pouvoir toucher les femmes GRATUITEMENT, mais en tant que putes, en tant que femmes, nous prenons assez mal lorsqu’un mec décide de nous toucher sans notre consentement.

Puis une femme du stand zéro-macho intervient, et nous explique qu’on peut faire ce qu’on veut dans notre vie sexuelle, du moment qu’on ne se fait pas payer. Ah oui ? « Ce qu’on veut » ? il aurait été plus juste de dire en ce cas « ce que l’on veut bien que vous fassiez »… la liberté de choix des individus doit donc rester sous conditions, et ces conditions ce sont les leurs.

Puis une troisième pute intervient et déchire leurs tracts. Le ton continue de monter, les membres de Zero Macho invoquant la « liberté d’expression », celle d’avoir des « opinions différentes » (aaah cette fameuse liberté d’expression que l’on aime tant invoquer lorsqu’il s’agit de défendre le droit de stigmatiser des minorités …).

Le ton monta petit à petit, et la configuration de l’altercation révéla de plus en plus clairement la nature profondément sexiste de l’oppression putophobe. S’il est toujours difficile de faire un récit de ce genre de scènes, qui se passent toujours très vite, (même si l’altercation en l’occurrence a duré une bonne demie-heure), on peut cependant lister certaines tendances dans la forme qu’elle a prise et les propos qu’on a pu y entendre :

  • Appropriation de l’espace par les dominantEs : en moins de quelques minutes, nous nous sommes retrouvées à 4-5 travailleuses du sexe et alliéEs trans’, gouines et féministes, face à une quinzaine de personnes, en grande majorité des mecs, cis, blancs, qui nous encerclaient, essayant de nous éloigner, nous proposant de résoudre le conflit « dehors », quand ce n’était pas en nous disant explicitement de « dégager » car nous n’avions « rien à faire ici ». A Zero Macho, on défend les putes, mais on refuse donc de partager un espace avec elles.
  • Appropriation de nos corps : il apparut assez vite que la « liberté d’expression » défendue par Zero Macho et leurs alliéEs incluait également l’expression physique de leurs idées : nous fûmes petit à petit repousséEs, touchéEs, entravéEs dans nos mouvements, jusqu’à ce qu’une personne saute sur une travailleuse du sexe, en lui hurlant qu’elle était « une horreur » et en l’étranglant pendant quelques secondes.
  • Injonction au silence et invisibilisation: « taisez-vous », « vous ne représentez personne », « vous n’êtes qu’une minorité »
  • Insultes révélatrices d’un système de domination : Au fur et à mesure de l’altercation, les positions brutes, véritables et décomplexées des Zéro-Macho et alliéEs ont été révélées. Ainsi, nous avons entendu des propos tels que : « de toutes façons vu ta gueule, ça m’étonnerait que tu sois pute », « t’as un problème avec tes neurones », « vous êtes enragées / malades / dégoûtantes/ horribles» etc.
  • L’alliance inconditionnelle des dominants : Différents hommes, dont certains organisateurs de la Foire, sont venus faire alliance avec Zéro-Macho, nous expliquant que la présence de ce stand avait été décidé en AG, et que nous devions respecter cette décision (l’avis des putes n’avait à aucun moment été sollicité). C’est là une curieuse vision de l’autogestion. Un groupe minoritaire et discriminé n’aurait ainsi pas le droit de se sentir oppressé et de s’insurger contre la présence de ses oppresseurs, à partir du moment où cela a été « acté » (et de quelle façon ? quelle était la représentation des femmes/gouines/trans dans cette AG ? en tous cas, aucune travailleuSE du sexe n’était présente). Un des organisateurs s’est permis de comparer les putes à l’entreprise EDF : « vous comprenez, s’il y a un stand contre le nucléaire, et que des employés d’EDF viennent à la Foire et que cela ne leur convient pas, on ne va pas enlever ce stand pour eux ». Certes, nous savons que nous sommes des bombes nucléaires, mais comparer les travailleurSEs du sexe, victimes de la pire des discriminations, précaires, isoléEs, à un géant de l’énergie capitaliste, c’était une provocation de taille, inacceptable. De la même façon, une personne s’est permis de nous dire que nous étions un groupe de libérales violentes, opposées aux (gentils ?) libertaires. Violentes, oui, nous pouvons l’être dans nos propos, en réaction à la violence de terrain quotidienne, physique et psychologique, que nous endurons, violence perpétuée par des privilégiéEs pleinEs de bonnes intentions à notre égard et qui se contrefoutent totalement de la réalité de nos conditions de vie. Libérales, c’est tout ce que nous ne sommes pas: nous refusons l’Etat, l’oppression policière, nous défendons l’autogestion (véritable) et le droit fondamental des personnes à effectuer le travail qu’elles/ils souhaitent et à disposer librement de leurs corps. Nous sommes pour que les putes puissent s’organiser entre elles et avoir les mêmes droits sociaux que touTEs. La morale, le rejet de l’autre, le non-respect des identités, l’usage de forces oppressives, ce n’est pas de notre côté qu’on les trouve.

Alors malgré ce récit, nous ne voulons pas nous poser en victimes ; nous reconnaissons avoir très vite laissé tomber l’option « débat calme et serein », avoir déchiré leurs tracts, crié, participé à l’échange d’insultes… Si nous tenons à dénoncer ces agissements, c’est surtout parce qu’ils sont assez révélateurs des mécanismes actifs dans les « débats sur la prostitution » : invisibilisation de la parole des femmes considérées comme minoritaires, préjugés sexistes, appropriation du corps des femmes.

Par ailleurs, nous avons voulu répondre au communiqué de Zero Macho : pour donner notre version des faits, d’abord. Mais aussi, parce que malgré de nombreux commentaires envoyés sur leur site ou leur page Facebook, ceux-ci n’ont pas daigné nous répondre. Solidaires Etudiant-e-s science po, notamment, leur a demandé de retirer la référence à Clément, qui assimile les putes et leurs alliéEs aux meurtriers de notre camarade. Cette instrumentalisation est d’autant plus écœurante lorsque l’on sait que Solidaires étudiant-e-s, syndicat auquel était affilé Clément, s’oppose aux mesures répressives sur le travail sexuel et soutient les putes dans leurs luttes pour l’accès aux droits.

Enfin, nous estimons que ce qui s’est passé ce dimanche à la foire à l’autogestion ne peut être tu et doit nous inviter, au-delà du strict débat sur le travail sexuel, à être prudentes face à toute récupération masculiniste de nos luttes :

pas de machos dans nos quartiers, pas de quartier pour les machos !

Pink Bloc Paris, Solidaires étudiant-e-s Sciences po, STRASS

More...

Mme Vitrac-Pouzoulet persiste et signe dans son mépris des putes !

Suite à la médiatisation de notre indignation vis-à-vis de son affiche assimilant la prostitution à « la plus vieille exploitation du monde », la candidate PS aux législatives dans les Yvelines a semble-t-il voulu faire savoir qu’elle acceptait le débat. Hélas, Mme Vitrac-Pouzoulet, dans l’expression même de sa volonté de « débattre », persiste, signe, et surenchérit dans son mépris envers nous, travailleurSEs du sexe.

En reprenant à son compte l’amalgame entre prostitution et exploitation, entre migration et traite, elle réaffirme son ignorance de la réalité de terrain ; cet amalgame ne fait que cautionner les politiques anti-immigration et nuit à la lutte contre les réseaux d’exploitation.

En refusant de reconnaître la prostitution comme un travail mais en la définissant comme une location de son corps, elle ne fait qu’exposer une vision bien arriérée de la sexualité, vision selon laquelle consentir à des rapports sexuels serait renoncer temporairement au droit d’usage de son corps : la liberté de disposer de son corps, c’est aussi le droit d’échanger des services sexuels contre de l’argent.

En laissant entendre qu’il est moins respectable d’exercer le travail sexuel que d’être professeure, ingénieure, policière ou PDG, elle ne fait que reproduire un discours paternaliste, moraliste et élitiste, auquel il est vrai, le Parti qui n’a de Socialiste que le nom nous a déjà trop habituéEs. Nous affirmons préférer exercer le travail sexuel qu’exploiter autrui ou être agentEs de la répression et du racisme d’Etat.

Enfin, en affirmant, ailleurs, sa volonté de pénaliser les clients, elle démontre également son mépris pour toutes les associations de terrain qui depuis des mois ne cessent de dénoncer cette idée en raison des conséquences catastrophique que l’application de cette loi aurait sur la santé et la sécurité des travailleurSEs du sexe, en nous éloignant des structures de prévention et en faisant le jeu des réseaux qui seuls profiteront de la situation de vulnérabilité vers laquelle ce projet nous mène.

Parce qu’il apparaît ainsi que Mme Vitrac-Pouzoulet refuse non seulement de s’excuser comme nous le         lui avons demandé, mais qu’elle surenchérit dans ses insultes à notre égard ; parce que nous ne cautionnerons jamais un discours qui utilise la rhétorique de la droite (extrême) pour récupérer des électeurs sur le dos des minorités; et parce que nous n’avons tout simplement pas les moyens de nous déplacer, nous ne nous rendrons pas au débat auquel elle nous invite. Pour autant, nous ne manquerons de penser à elle lorsque nous racolerons, nous aussi, mais d’une manière bien plus respectable que la sienne.

More...

Le PS humilie les putes avec son affiche.

Michèle Vitrac-Pouzoulet, candidate PS aux législatives dans la 5eme circonscription des Yvelines, vient de publier une affiche parlant de la prostitution comme de la plus vieille humiliation du monde. Elle demande ce que le député sortant a fait contre la prostitution qui « se développe à nos portes ».

François Hollande nous avait promis le changement pour maintenant et la dépénalisation du racolage. Mais madame Vitrac-Pouzoulet reprend exactement le même langage que la droite et l’extrême droite nous concernant.

L’expression « se développe à nos portes » fait penser que nous serions comme des délinquants, une sorte de mauvaise herbe, ou des parasites.

Nous voudrions rappeler que nous sommes des êtres humains, citoyennes et citoyens qui contribuons à la vie économique et culturelle de ce pays et que la plupart d’entre nous payons des impôts.

L’humiliation, c’est que le PS continue de vouloir exclure notre présence de l’espace public comme l’a fait la droite.

Nous exigeons :

  • Que le PS retire immédiatement cette affiche
  • Un RDV avec les dirigeants du Parti Socialiste pour qu’ils s’expliquent sur leurs politiques à notre égard
  • Des excuses de la part de Madame Vitrac-Pouzoulet
  • La fin des arrêtés municipaux et préfectoraux contre nous dans les municipalités contrôlées par le PS
  • La dépénalisation immédiate du racolage

l’affiche sur le blog de campagne de Michèle Vitrac-Pouzoulet :
http://www.vitrac-pouzoulet2012.fr/prostitution-la-plus-veille-humilaiation-du-monde-1106.html

More...

Pour nous contacter

STRASS, Syndicat du Travail Sexuel
c/o Act Up-Paris
8 rue des Dunes
75019 PARIS

contact@strass-syndicat.org

Permanence POUR LES TRAVAILLEUR-SE-S DU SEXE tous les jeudis de 17h à 21h dans nos locaux à Paris.

La Permanence sera fermée à partir du  jeudi 3 août 2017. Elle ouvrira à nouveau ses portes le jeudi 31 août 2017 à 17H.

Nous contacter en cas de violences : violences@strass-syndicat.org

Paypal

LikeBox Facebook

TL Twitter