Strass Syndicat du travail sexuel - TravailleurSES du sexe en lutte !

Le STRASS soutient la Pride de Nuit 2017 !

Le STRASS appelle à participer nombreuxSEs à la Pride de Nuit 2017, festive, sociale, revendicative et solidaire…

Vendredi 23 juin, 19 h fontaine des innocents Paris

« Over the rainbow, coalition des non-conformes »

 

De plus, les premiers signaux envoyés par la présidence Macron s’inscrivent dans le mépris de classe, dans la complaisance envers les expressions homophobes et racistes, au mieux qualifiées de « trait d’humour maladroit ».
Dans la prolongation de la répression de l’activisme de gauche.
Dans la répression des expressions politiques autonomes des minorités – sous couvert de justifications pseudo LGBTQI-friendly et féministes.
Dans le contrôle des classes populaires, notamment racisées, par une précarisation et une répression généralisée s’éloignant chaque jour davantage de toute justice.
Dans une chasse accrue aux migrantEs, réfugiéEs et sans papierEs, que ne protègent plus que la solidarité de la société civile soumise elle-même à un harcèlement politique et policier.
Dans une politique économique et sociale qui s’apprête à aggraver la fracture entre celles et ceux qui peuvent se contenter d’une politique LGBTQI des droits et celles et ceux dont les conditions réelles et matérielles d’existence en limiteront de fait la portée.
Discriminations dans l’accès à l’emploi, dans la fixation du salaire, la progression de carrière, face au harcèlement de son employeur, de ses supérieurs et collègues, outing, etc, nous, homos, trans, bi, queer, raciséEs, séropos, atteintEs d’une pathologie grave, handicapéEs, gros-ses, précaires, non-conformes aux normes dominantes, connaissons dans nos quotidiens ce que des négociations renvoyées au sein des entreprises sont susceptibles de produire de violence.

C’est pourquoi nous dénonçons l’instrumentalisation de nos luttes dans le but de déconsidérer d’autres minorités sociales ou politiques, en particulier racisées, et desquelles certainEs d’entre nous font aussi partie. Nous dénonçons les stigmatisations et discriminations qui frappent les unes comme les autres. Et soutenons leurs initiatives visant à combattre ces discriminations.
Nous refusons que l’état d’urgence soit utilisé pour contrôler les expressions des opposants politiques et limiter la liberté de manifester.
Nous refusons que des mesures isolées (y compris plus que nécessaires) soient utilisées pour se dédouaner de la tolérance de l’homophobie qu’elle vienne du plus haut de l’Etat, de groupuscules haineux ou de sphères médiatiques.

Nous combattrons les politiques antisociales qui en aggravant la pauvreté et la précarisation contribuent à l’isolement et à la vulnérabilité des plus fragiles d’entre nous. Et les privent de l’accès aux droits, au logement, au travail, aux soins, à des retraites dignes de ce nom.
Nous nous opposerons à l’uberisation des services publics, notamment de santé, d’accueil des personnes âgées, et d’éducation ainsi qu’au renvoi de la protection des travailleurSEs au self service de la puissance patronale et entreprenariale.
Nous refusons une gentrification de nos luttes, prête à jouer les faire-valoir du libéralisme économique en échange d’un libéralisme sociétal partiel qui distribuerait des primes d’intégration et de représentativité. Et retrace des frontières entre de pseudo-respectabilités.

Et nous continuerons de nous battre pour :
• de véritables politiques publiques de lutte contre les LGBTQI-phobies et le sexisme,
• l’accès déjudiciarisé, rapide, déclaratif et gratuit au changement d’état civil, fondé sur la seule autodétermination, et à terme l’abrogation de la mention de genre à l’état-civil,
• l’arrêt des mutilations et des traitements sans nécessité vitale sur les personnes intersexes, et l’accès remboursé aux opérations et aux traitements pour les personnes trans qui les souhaitent,
• l’ouverture du droit à la PMA à toutes et tous,
• la réforme de l’établissement de la filiation et son inscription sur la base de l’engagement,
• une politique de santé publique respectueuse de critères humains et sanitaires et non économiques,
• des moyens concrets et d’ampleur contre l’épidémie de sida,
• l’arrêt des politiques discriminatoires, stigmatisantes et répressives contre les personnes racisées, les migrantEs, les travailleurSEs du sexe et les classes populaires,
• la fin des politiques de précarisation,
• une vraie politique d’accueil et d’accompagnement des migrantEs, des mesures d’urgence contre les persécutions y compris celles concernant les LGBTQI et la régularisation de tout.e.s les sans papierEs,
• Le développement des alternatives à l’emprisonnement et le respect de la dignité des personnes incarcérées et de leurs droits et accès aux traitements, y compris hormonaux.

RDV vendredi 23 juin 2017 à la fontaine des Innocents, Paris 1er –
(métro 1, 4, 7, 11, 14 / RER A, B, D Châtelet-Les Halles).

** Nous débuterons par des prises de parole à 18h et la manifestation partira à 19h. **

Avec le soutien de : Acceptess-T, Act Up-Paris, Aides, Alerta Feminista, Les Amis du Patchwork des Noms, le collectif Anti crasse, le BAAM (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des MigrantEs), le Bus des Femmes, C’est pas mon genre, l’Intersection, le Collectif Intersexes et Allié.e.s, les Dégommeuses, FéminiCités, le collectif Féministes Révolutionnaires, Femmes en Luttes 93, FièrEs, Flash Cocotte, Front de lutte LGBT, G.A.R.ç.E.S (Groupe d’Action et de Réflexion Contre l’Environnement Sexiste, Sciences Po), Gras Politique, Groupe anarchiste Orage, HomoSFèRe, le collectif La Chapelle Debout!, le Lesbotruck+, le collectif LGBT pour la Palestine, Madame Rap, MIF (Musulmans Inclusifs de France), l’Association Nationale Transgenre, l’Observatoire des Transidentités, le collectif Oui Oui Oui, les Ourses à plumes, Outrans, Panzy, Paris-T, le Planning familial, la PlayNight, Polyvalence, QueerParis, La Queer Week, la Rage, le Réseau pour une gauche décoloniale, RITA, Self-ish, le Seum Collectif, les Soeurs de la Perpétuelle Indulgence – Couvent de Paname, le STRASS (Syndicat du Travail Sexuel), le T. Time, TRANS INTER Action [liste à date du 18/06]

Cet appel reste ouvert à signatures !

Contact : pride2nuit@gmail.com
sur Twitter : @PrideDeNuit

 

 

 

 

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Féminisme pute

Ce texte a été présenté à l’occasion de la journée internationale pour les droits des femmes à la Sorbonne. Le STRASS y était invité par le bloc offensif antisexiste, collectif d’étudiantes féministes, à répondre à la question suivante:

comment se réapproprier son corps en tant que femme ou minorité de genre dans une société capitalo-sexiste et patriarcale?

Notre lutte pour la reconnaissance du travail sexuel, et particulièrement en tant que femmes cis et trans  , dans une période de réappropriation du contrôle de la part du féminisme institutionnel qui juge notre activité et condamne à tour de rôle soit la « catin », soit la « victime » de prostitution, soit le client « prostitueur »,  doit être éclairée non seulement par notre expertise individuelle, mais aussi par une réflexion historique sur le lien entre la lutte féministe contre  la domination patriarcale des femmes et le travail sexuel . L’analyse ci-dessous permet de mettre en lumière l’importance des luttes féministes intersectionnelles dans la réappropriation de nos corps, nos droits et combien le féminisme institutionnel actuel pour l’Egalité Femmes Homme, dans son souci d’avoir le contrôle sur les minorités, le contrôle sur nos droits et nos corps et de dicter sa vision de la dignité, applique une domination identique à la domination patriarcale concernant les Travailleuses du sexe.
Afin de définir ce que pourrait être un féminisme à partir de nos vécus de travailleuses du sexe, qu’on pourrait aussi appeler : « un féminisme pute », nous abordons 3 volets de réflexion :

– 1) rendre visible comme travail les services sexuels que les femmes sont contraintes à effectuer dans les systèmes patriarcal et capitaliste
– 2) comprendre le rôle de l’injure « pute », de la « putophobie », ou du « stigmate de putain » comme formes de contrôle sexiste sur le corps des femmes, et
– 3) envisager le travail du sexe comme un travail de genre : envisager comme travail la performance de la féminité dans nos vies de tous les jours, au travail et, y compris, lorsque nous sommes dans la sphère dite privée « hors travail »

Le travail sexuel comme travail

Les premières organisations de travailleuses du sexe sont nées dans les années 1970 dans la vague des mouvements des femmes de cette époque. A ce moment là, des militantes et théoriciennes féministes ont analysé la division sexuelle du travail, notamment à travers l’exemple du travail domestique assigné à la sphère privée, et rendu invisible par des formules comme « maman ne travaille pas car elle reste à la maison s’occuper des enfants ». Dans certains pays, comme en Italie, au Québec, ou au Royaume Uni, des groupes de femmes ont revendiqué un revenu pour le travail ménager pour dénoncer cette assignation à un travail gratuit. En 1975, au moment où les prostituées françaises occupent les églises en protestation contre les lois répressives qu’elles subissaient, le collectif anglais des prostituées (English Collective of Prostitutes) nouait des alliances avec le mouvement en faveur d’un revenu pour le travail ménager. Parmi ces féministes, Selma James ou Silvia Federici, ont soutenu la revendication de reconnaitre la prostitution comme un travail, pensant que les services sexuels aussi, font partie des tâches considérées comme relevant « naturellement » du rôle dit féminin d’épouse et de mère. Elles déclaraient que le mouvement des prostituées, en rendant visible la prostitution comme travail, aidait l’ensemble des femmes, qui pouvaient ainsi mieux négocier les conditions de cette injonction à la sexualité pour leur propre plaisir et intérêt, ou bien, pour mieux la refuser.

Cette assignation à rendre des services sexuels aux hommes est un trait considéré comme universel. C’est en tout cas la conclusion des recherches de l’anthropologue Paola Tabet qui a théorisé ce qu’elle appelle le « continuum des échanges économico-sexuels ». Pour simplifier, Tabet observe que dans toutes les sociétés qu’elle a étudié, les femmes sont dépossédées de la plupart des richesses et moyens de production détenus en général par les hommes. Pour vivre ou survivre, elles sont contraintes à utiliser leur sexe et leur sexualité comme moyen d’échange avec les hommes afin d’accéder à des ressources ou des avantages comme la sécurité, ou une position sociale plus favorable. Au sein de ce continuum se situe évidemment la prostitution, mais également la plupart des institutions du patriarcat qui régissent et encadrent les possibilités de rencontres sexuelles entre les femmes et les hommes à savoir : le mariage, le couple, ou les rendez-vous amoureux. Les prostituées ne sont ainsi plus une catégorie à part des autres femmes, mais subissant une oppression commune, par l’extorsion de services sexuels.

En quoi notre oppression serait donc spécifique à celle des autres femmes ? Nous y venons dans notre deuxième point.

La putophobie ou le stigmate de putain

La psychologue Gail Pheterson, autre grande alliée féministe des mouvements de prostituées depuis les années 1970, a analysé les rapports femmes/hommes à travers ce qu’elle a nommé le « prisme de la prostitution ». A la suite des travaux de Tabet, elle définit la prostitution comme différente des autres formes d’échanges économico-sexuels, parce qu’étant la partie stigmatisée et illégitime au sein du continuum. Et la raison pour laquelle elle est stigmatisée, est parce que des femmes osent exiger explicitement une compensation financière ou matérielle pour les services sexuels rendus, et qu’en faisant cela, elles rendent visible le fait qu’il s’agisse d’un travail et non d’un cadre d’échanges « naturels ».

Elle montre cependant que le « stigmate de putain » n’est pas particulier aux prostituées mais est une arme du patriarcat contre toutes les femmes. En fait, la stigmatisation de la figure de la prostituée, permet de créer une identité de genre séparée au sein de la classe des femmes, et qui a pour fonction d’être un contre-modèle aux statuts légitimes par exemple d’épouse et de mère. Les femmes sont ainsi divisées schématiquement dans le patriarcat traditionnel en deux principaux blocs, selon le type de travail sexuel auquel elles sont assignées : travail sexuel de reproduction, ou travail sexuel ayant pour finalité la production de plaisir et de divertissement (masculin bien sûr). Ces deux types de travail sexuel sont distincts car les hommes veulent s’assurer de la transmission de leurs gènes et de leur nom, et limitent donc l’échange sexuel des femmes à un seul homme dans la sphère privée ou l’étendent à tous les hommes dans la sphère publique.

L’injure de pute ne sert donc pas seulement à stigmatiser les travailleuses du sexe mais toute initiative ou prise de liberté des femmes, toute forme de rébellion, toute forme de transgression de genre, notamment le fait d’occuper des espaces publics et nocturnes réservés traditionnellement aux hommes où seules les « putes » disponibles pour leur divertissement sont tolérées.

Face au stigmate de putain, la stratégie féministe « mainstream » est d’inciter les femmes à se distinguer le plus possible de la catégorie de « pute », allant même jusqu’à chercher à l’abolir. Or, tant que la structure économique du patriarcat et du capitalisme est en place, il y aura toujours des femmes qui auront besoin, ou trouveront intérêt, à gagner de l’argent par le biais du travail sexuel. Au lieu de lutter contre la stigmatisation, cette approche a plutôt tendance à la renforcer et à maintenir la dichotomie entre « femmes normales » et « femmes à part ».

Pour lutter contre la stigmatisation, une stratégie a été de créer le nouveau terme de « travail sexuel » au lieu de celui de prostitution. Ce terme a comme avantage comme nous l’avons vu de dénaturaliser l’assignation aux services sexuels et de rendre visible cette tâche comme un travail. Il permet aussi de reconnaitre la capacité d’agir des femmes, et de s’organiser pour exiger des droits et protections acquises par les mouvements ouvriers. Enfin, il permet de rassembler différentes catégories de travailleuses du sexe plus largement que la prostitution traditionnelle, qui sont habituellement isolées et divisées selon leur mode de travail.

Une autre stratégie de lutte contre le stigmate de pute est de nous le réapproprier en fierté. Lorsque nous disons que nous sommes des putes et que nous en sommes fières, nous ne portons pas de message sur les conditions d’exercice du travail sexuel, ou sur nos sentiments quant à celui-ci. Quelles que soient nos expériences, bonnes ou mauvaises, que nous aimions ou détestions notre travail, nous n’avons pas à nous en justifier. Ce que nous disons par ce message de fierté, est que jamais nous ne nous laisserons réduire à la honte et au silence, car comme nous allons le voir à présent dans notre troisième et dernier point, le stigmate de putain a également pour but de nous empêcher de révéler ce que nous savons des rapports de genre à travers notre expérience de confrontation quotidienne aux hommes.

Le travail du sexe comme travail de genre

Une partie importante du travail sexuel est de performer du genre car l’espace de la sexualité est un de ceux où les possibilités d’expression de genre deviennent plus nombreuses, notamment dans les industries du sexe contemporaines et mondialisées, résultat du libéralisme, où les demandes se diversifient et où les sources d’accès à certaines formes de services sexuels comme la pornographie se démocratisent. Le travail sexuel évolue en effet comme le reste de la société, en négatif mais aussi parfois en positif, en particulier grâce aux apports des féministes et des courants dits « pro-sexe » qui essaient de changer les métiers du sexe de l’intérieur. Bien que les expressions de types de féminités (ou de masculinités) soient plus diverses, et que de plus grandes libertés sont possibles notamment avec l’essor de « niches commerciales », certaines représentations de genre peuvent être aussi beaucoup plus contraignantes et stéréotypées. En tout cas, il est évident pour beaucoup de travailleuses du sexe que la sexualité, la séduction, ou les émotions qu’elles mobilisent relèvent d’un travail de production d’une féminité.

Lorsqu’on est féministe pute, et qu’on travaille avec la sexualité, on observe peut être plus rapidement et facilement la facticité du genre, et de la féminité qu’on performe au quotidien. Le maquillage, les tenues, les accessoires, tout un support matériel vient quelques fois soutenir un édifice totalement construit au service des fantasmes et des représentations. Mais à force de performer cette féminité dans le cadre du travail, il devient parfois moins supportable de le faire en dehors du cadre du travail, et qui plus est, gratuitement. Pourquoi devoir être bien habillée, d’apparence sexy, devoir sourire, rester attentive et patiente à la conversation des hommes s’ils ne nous paient pas pour le faire ?

Autre constat, cette mobilisation de la féminité n’est pas uniquement le commun des travailleuses du sexe. Beaucoup d’entre nous avons exercé d’autres métiers dans lesquels nous devions là aussi faire attention à notre apparence, à nos tenues, à nos attitudes. Y compris dans les plus hautes sphères de pouvoir, il est exigé par exemple des femmes politiques d’être bien habillées, et elles se voient subir toutes sortes de commentaires sur leur apparence physique ou les émotions qu’elles expriment ou non publiquement. Et là encore, on retrouve une partie de travail spécifique aux femmes qui doit être réalisé gratuitement. En effet, les femmes ne sont pas davantage payées que les hommes lorsqu’elles doivent passer des minutes supplémentaires à « se préparer » pour « se présenter » au travail, lorsqu’elles doivent répondre à des exigences en termes de travail émotionnel qui ne sont pas requises de la même manière des hommes. En général, elles sont même moins bien payées.

Pour revenir au travail sexuel, ce qu’il révèle est également la production de la masculinité de la part des clients hommes. Comme certaines féministes du « care » l’ont souligné, le travail sexuel est un travail du care qui se situe dans le cadre général du travail de reproduction sociale. Cela signifie que pour que les hommes soient performants au travail, dans le travail de la sphère publique considéré comme productif, et qui est rémunéré, ils peuvent se reposer sur le travail gratuit et invisible des femmes, ou sur celui de professionnelles des soins et de l’attention, en général d’autres femmes. De cette manière, la masculinité d’apparence forte et performante dans la sphère publique, se révèle en revanche fragile, à consoler et à conforter via le travail d’attention et de soins, dont le travail sexuel.

Les textes de l’écrivaine et prostituée Grisélidis Réal révèlent en grande partie cette « fragilité masculine » à travers la sexualité. Un homme qui doit tenir un rôle social, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une position de pouvoir, ne peut pas se permettre que soient exposés d’éventuels comportements sexuels en contradiction avec ce qu’il représente. Etre pénétré sexuellement, se faire pisser dessus, être soumis, ne pas être considéré comme performant sexuellement, ne pas réussir à bander dur et sur commande, avoir une sexualité qui ne permet pas de faire des enfants et donc d’être productif et reconnu comme père, toutes ces choses peuvent se faire avec une travailleuse du sexe qui apporte une garantie de non-jugement. De plus, comme nous l’avons vu, la stigmatisation de la pute permet d’empêcher toute expression de sa part, ou d’invalider sa parole au cas où celle-ci ne se tairait pas.

Pour conclure, et pour donner des perspectives plus concrètes sur ce que nous vivons actuellement, la pénalisation des clients ne permet pas de renverser les rapports de genre. Nous revenons aux injonctions à une sexualité dite gratuite et naturelle, sans se rendre compte ou en niant la part de travail encore pesante sur le corps des femmes. La stigmatisation ne diminue pas bien au contraire, car nous sommes renvoyées à une obligation de honte et de repentance au travers d’un « parcours de sortie de la prostitution », comme seule issue à notre condition. Aucun moyen réel n’est en place pour permettre d’améliorer nos conditions économiques pour refuser l’exploitation par le travail. On nous fait comprendre seulement qu’il est préférable de se faire exploiter ailleurs que dans le travail sexuel. La pénalisation a ironiquement réduit encore plus notre pouvoir, voire a inversé le rapport de force en faveur des clients, car elle conduit à une précarisation et à l’obligation d’accepter des hommes ou des conditions que nous pouvions mieux refuser auparavant. Pour se réapproprier le pouvoir sur nos corps, pour lutter contre les violences et l’exploitation, nous continuons de croire qu’une approche syndicale est plus efficace que les interventions policières et carcérales de l’état. Nous continuons de croire en un féminisme qui repose sur l’autodétermination des femmes, qui n’invalide pas leur parole, ni ne les infantilise. Nous croyons aussi que rendre visible le travail des femmes est le meilleur moyen pour permettre et organiser ensuite la grève des femmes.

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Quand des syndicalistes en appellent au viol… et à des représentants du patronat

loitravailnonmerci-page-001Ce mercredi 9 mars, la mobilisation contre la loi travail, rendue possible par la colère et la détermination des jeunes et des salariéEs affirmant qu’ils, et elles, « valent mieux que ça » a été un véritable succès. 500 000 personnes ont pris la rue, des lycéenNEs ont bloqué leurs lycées, des étudiantEs ont mobilisé leurs facs donnant lieu à des Assemblées Générales dont le succès n’était pas sans rappeler les débuts du mouvement contre le Contrat Première Embauche, il y a 10 ans.

Ce mercredi 9 mars, les travailleurSEs du sexe en étaient : à Paris et Toulouse, un tract a été diffusé dans les manifs pour exposer les raisons qui font que nous ne pouvons qu’être partie prenante de ce mouvement. Le très bon accueil qui nous a été réservé de la part des autres travailleurSEs en lutte, nous affirmant leur soutien et leur solidarité, aura ajouté encore à l’enthousiasme suscité par cette journée.

Malgré ce bilan positif, un événement est venu troubler notre satisfaction : dans le défilé parisien, au sein d’un des nombreux cortèges de la CGT, un camion a diffusé un slogan appelant au viol sur la ministre El Khomri. Appeler au viol pour « corriger » les actions d’une femme n’est, hélas, ni exceptionnel, ni anodin. Si le projet de loi travail est à combattre radicalement, la focalisation sur une ministre, femme, non blanche, ne nous semble pas un hasard : l’utilisation de telles menaces sexuelles s’inscrit dans la pire tradition coloniale et masculiniste à la française. Consciemment ou non, utiliser de telles menaces, c’est faire de l’intimidation et remettre en cause la place des femmes dans la mobilisation. Pourtant, les femmes ne sont ni des soutiens ni des accessoires de ce mouvement naissant : elles doivent en être le cœur car ce sont elles qui sont en première ligne, qu’elles soient au foyer, dans l’économie invisibilisée ou sur le marché traditionnel de l’emploi.

Par ailleurs, au-delà d’un appel au viol déjà fortement condamnable en tant que tel, c’est à « Jacquie et Michel » que ces syndicalistes en appellent dans cet ignoble slogan, autrement dit, ils en appellent à de médiatiques représentants du patronat de l’industrie du sexe. En tant que syndicat de travailleurSEs du sexe, nous sommes particulièrement choquéEs que d’autres syndicalistes appellent à une telle collaboration avec des patrons, des patrons qui se sont de plus illustrés non seulement par leurs méthodes violentes pour forcer des actrices à des pratiques qu’elles refusaient, ou les déposséder de leur droit à l’image, mais aussi par leur collaboration « professionnelle » avec des militantEs d’extrême droite.

Face à un projet de loi qui vise à toujours plus précariser les travailleurs, et surtout les travailleuses, un tel appel au viol doublé d’une valorisation du patronat n’est pas acceptable dans nos rangs.

Le STRASS demande une désolidarisation de la CGT pour les propos tenus par les auteurs de ce slogan, et rappelle que si nous voulons gagner ce bras de fer contre le gouvernement, et plus généralement contre le néolibéralisme et ses promoteurs, ce ne sera qu’en s’organisant contre TOUS les patrons, en construisant des fronts de lutte où le racisme, l’extrême-droite, ses idées comme sa « culture » (qui dépassent largement les rangs du FN), sont bannis, de même que les violences masculines,afin de permettre l’investissement des femmes, de TOUTES les femmes, y compris des travailleuses du sexe.

Nous serons présentEs lors des prochaines mobilisations et appelons, notamment les femmes, à s’y rejoindre: le 17, le 24 et le 31 mars prochains.

Contre la loi travail : travailleurSEs du sexe en lutte !

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Pour un 8 mars féministe ! Appel à manifester et autres rendez-vous.

Capture d’écran 2016-03-04 à 11.13.07Pour la 3e année consécutive, une manifestation au départ de Belleville est organisée à l’occasion de la Journée internationale de luttes pour les droits des femmes. Cette manifestation est l’occasion, pour les femmes et minorités de genre que nous sommes, d’investir la rue afin de faire entendre nos voix, rendre visibles nos luttes, et communiquer notre colère et nos revendications.

Alors que la thématique de l’égalité entre les hommes et les femmes est désormais utilisée aussi bien par certaines organisations que par l’État pour promouvoir et appliquer des politiques sécuritaires, racistes et impérialistes, renforçant l’exclusion de certaines catégories de femmes tant des espaces féministes que de l’espace public, nous prenons le parti d’un féminisme inclusif qui reconnaît la légitimité des premières concernées à décider de leurs stratégies de lutte contre les oppressions qu’elles subissent.

Le mépris, le harcèlement, les violences sexuelles, l’exploitation, les discriminations dont nous sommes victimes constituent notre réalité quotidienne et ne sont pas des dérapages : ces violences permettent de nous maintenir dans une position subalterne et de préserver ce système inégalitaire et violent.

Le gouvernement actuel enchaîne les mesures d’austérité, accumule les lois racistes, et multiplie les mesures sécuritaires. Nous en payons le prix. Dégradations de notre santé et de notre accès aux soins, problèmes de logement, d’accès à l’éducation, contrainte économique à la vie conjugale y compris lorsque celle-ci est source de violences, stigmatisations, paternalisme, contrôle, répression, enfermements… Il s’agit de nous discipliner par tous les moyens, y compris et notamment par les violences sexistes et institutionnelles, et ce au profit d’intérêts personnels, politiques et économiques qui ne sont pas les nôtres.

La mondialisation néolibérale et son lot de guerres impérialistes et de mécanismes de contrôle des migrations n’ont déjà fait que trop de victimes. En tant que féministes, Il s’agit aujourd’hui de lutter pour notre émancipation, une émancipation collective, solidaire de touTEs celles et ceux qui paient le prix de ce système.

Pour lutter contre les violences dont nous sommes victimes, pour lutter contre notre exploitation, et parce que nous ne sommes pas dupes d’une institution judiciaire qui condamne les femmes qui se défendent, pendant qu’elle acquitte les flics qui assassinent ou décident de non-lieux pour nos violeurs, nous devons mettre en place un rapport de force offensif face au système qui produit ces violences, face à ceux qui les propagent et les entretiennent.

Pour cela nous devons réclamer une meilleure répartition des richesses que nous produisons par notre travail, y compris notre travail domestique, exiger un système de santé respectueux de nos corps et de nos décisions, revendiquer un espace public accessible à touTEs, nous montrer solidaires avec les plus stigmatisées, réprimées, et précaires d’entre nous.

Parce que cette solidarité collective est déjà celle qui nous porte au quotidien dans nos luttes, ce n’est qu’à travers elle que nous pouvons espérer une victoire.

RENDEZ-VOUS :

Samedi 5 mars, dans le cadre du festival Woman Up, au 100ecs (100 rue de Charenton, Paris 12), de 15h à 17h pour une discussion-débat : « violences faites aux travailleurSEs du sexe : état des lieux et réponses », avec le STRASS, les Roses d’Acier, et Sarah-Marie Maffesoli (chargée du projet « tous en marche contre les violences faites aux travailleurSEs du sexe »)

Dimanche 6 mars : manifestation à 14h au départ de Belleville

live-nude-girls-uniteLundi 7 mars, dans le cadre du festival Woman Up, au 100ecs, à 18h30, projection du documentaire « Live Nude Girls Unite ! » : Retour sur la grève et la syndicalisation des danseuses du bar à strip-tease le « Lusty Lady » de San Francisco dans les années 90. Le film aborde différentes questions qui s’entremêlent dans la vie des danseuses en lutte : racisme, sexisme, stigmatisation et dévalorisation de leur activité, rapports avec leurs familles et lutte contre l’exploitation dans l’industrie du sexe. Cliquez ici pour voir la Bande Annonce.

– Mardi 8 mars, au CICP (21 ter rue Voltaire), à 19h30, discussion-débat « Genre, Corps, Santé et Résistances »

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PROJET DE LOI FINANCES 2016 : MOINS D’ARGENT POUR LA SANTÉ DES FEMMES, PLUS POUR LA PROPAGANDE ABOLITIONNISTE !

Alors que le Sénat, au grand dam des abolitionnistes, vient de rejeter en deuxième lecture la pénalisation des clients, tout en conservant l’abrogation du délit de racolage, de la PPL de lutte contre le système prostitutionnel, la récente publication de la Proposition de Loi Finances 2016 nous en apprend enfin un peu plus sur le fameux « fonds » qu’on ne cesse de nous vanter pour justifier des mesures répressives qui plongeront les travailleurSEs du sexe dans toujours plus de précarité.

Comme nous le redoutions, les modalités de financement de ce fonds, loin de répondre aux besoins des travailleurSEs du sexe, ne proposent que de toujours plus financer le quelques associations qui se font un business de notre absence de droits, et leur propagande, au détriment du financement d’actions de santé globale pour les femmes et les populations en difficulté, ainsi que de la lutte contre le VIH et les IST.

C’est dans le programme 137 du PLF 2016, dédié à l’égalité entre les femmes et les hommes1 que se trouve incluse l’action 15 « prévention et lutte contre la prostitution et la Traite des Êtres humains ». Le budget de l’action, qui « vise à améliorer la lisibilité des actions menées sur ce champ, à mieux répondre aux besoins spécifiques de ce public, notamment en matière d’accompagnement social et sanitaire des personnes prostituées ainsi qu’à renforcer le pilotage des moyens dédiés à cet effet » , est de 4,98 millions d’euros, ce qui constitue 18,5% du programme, contre 2,39 millions d’euros (9,5%) en 20152, soit une différence de 2,8 millions au bénéfice de l’année 2016.

Ces 2,8 millions cependant ne correspondent en aucun cas à un effort supplémentaire de la part du gouvernement, mais à une réaffectation de budgets auparavant dédiés à d’autres actions :

– 0,8 million sont ainsi réaffectés depuis le programme 176 (Intérieur : Police nationale), sans plus de précision.

– 1 million depuis le programme 101 (Justice : accès au droit et à la justice), sans plus de précision non plus.

– 1 million depuis le programme 204 (Santé : prévention, sécurité sanitaire et offres de soins). Sur ce million, la moitié est prise sur l’action 12, qui « vise notamment à apporter au grand public et particulièrement aux plus fragiles l’information et l’éducation en santé dont ils ont besoin ». Cette action se concentre notamment sur la santé des populations en difficulté, la santé des jeunes, la santé de la mère et de l’enfant (notamment à travers les objectifs suivants : l’accès de toutes les femmes à la contraception, l’accès des femmes à un droit effectif à l’IVG, améliorer la santé et la prise en charge des femmes enceintes et jeunes mères, améliorer la santé de la petite enfance), et les traumatismes et violences.
L’autre moitié quant à elle est prise sur l’action 13 « prévention des risques infectieux et des risques liés aux soins ».

C’est donc directement dans les fonds prévus pour la santé des femmes, des jeunes enfants et des jeunes, sur des dépenses aussi cruciales que l’IVG, la contraception, la petite enfance, les violences, et la lutte contre le VIH et les IST que sont pris les fonds qui serviront à lutter contre la prostitution, en finançant les actions abolitionnistes et leur propagande !

En effet, d’après le descriptif de l’action, les crédits de l’action sont notamment à dépenser, au niveau local, en plus des actions de rencontre, d’accueil, et d’accompagnement des « personnes en situation ou en risque de prostitution », à des « actions de prévention auprès des jeunes afin de prévenir le risque prostitutionnel, tant en ce qui concerne l’entrée dans la pratique prostitutionnelle que le recours à la prostitution », à la sensibilisation des professionnels « aux enjeux du phénomène prostitutionnel et de la traite des êtres humains afin d’améliorer le repérage, l’identification et la prise en charge des victimes », et enfin, à l’organisation de « manifestations auprès du grand public (colloques, conf, débats) ».

Au niveau national, les principales associations abolitionnistes qui recevront un budget, explicitement mentionnées en tant qu’ « association têtes de réseau », sont donc le Mouvement du Nid, l’Amicale du Nid, ALC-Nice, et le Comité contre l’esclavage moderne.

Alors que les principales mesures à prendre pour lutter contre l’exploitation des travailleurSEs du sexe sont des mesures transversales telles que la régularisation des travailleuses étrangères, et une revalorisation conséquente des aides sociales et des salaires notamment en direction des femmes et des jeunes, les seules mesures financières de cette proposition ne consistent qu’à donner toujours plus d’argent aux associations abolitionnistes, au détriment de la promotion de la santé des femmes et des populations vulnérables.

En s’alliant, dans leur volonté irrationnelle de voir les clients pénalisés, à un gouvernement qui a pourtant brillé, depuis son arrivée au pouvoir, par ses mesures d’austérité, les féministes abolitionnistes ont donc préféré, à la lutte radicale pour l’accès aux droits des travailleurSEs du sexe, la compromission.

C’est pourquoi, malgré les avancées que constitue le vote du Sénat en seconde lecture, nous continuerons de nous opposer frontalement à cette proposition de loi dans son ensemble, et que nous continuerons à revendiquer la dépénalisation totale du travail sexuel, ainsi que de véritables mesures sociales en direction de celles qui en ont besoin, seules manières d’agir effectivement contre l’exploitation des travailleurSEs du sexe.

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FÉMINISME ET REPRODUCTION SOCIALE : DES LUTTES POUR LE SALAIRE AU TRAVAIL MÉNAGER AUX LUTTES DES TRAVAILLEUSES DU SEXE

féminisme et reproduction sociale web bigger

       

Discussion avec Louise Toupin et Morgane Merteuil.

Lundi 4 mai, 19h15-21h15

Sciences Po Paris, 56 Rue des Saints Pères, Salle François Goguel

 

 

 

 

 

 

 

Louise Toupin, militante féministe et chargée de cours à L’Université du Québec à Montréal, a récemment publié aux Editions du Remue-Ménage « Le salaire au travail ménager. Chronique d’une lutte féministe internationale (1972-1977) ». Elle a également co-dirigé l’anthologie « Luttes XXX, Inspirations des luttes des travailleuses du sexe », également aux Editions du Remue-Ménage. 
Morgane Merteuil est porte-parole du STRASS.

 

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8 MARS, JOURNÉE DE LUTTE DES FEMMES, JOURNÉE DE LUTTE DES TRAVAILLEUSES DU SEXE !

Alors que la proposition de loi visant à « renforcer la lutte contre le système prostitutionnel » sera discutée les 30 et 31 mars prochains au Sénat, le STRASS tient à réaffirmer, à l’occasion de la journée internationale des luttes des femmes, son opposition inconditionnelle à celle ci. En effet, loin de prendre, comme elle le prétend, le parti des femmes, cette proposition de loi ne prend aucunement en compte les vulnérabilités des travailleuses du sexe et des femmes dans leur ensemble.

Cette vulnérabilité, le gouvernement l’a d’ailleurs activement entretenue, par un ensemble de mesures (austérité, loi Macron, lois sur l’immigration) qui n’ont que faire de l’émancipation des femmes, mesures auxquelles s’est ajoutée une répression spécifique à l’égard des travailleuses du sexe, notamment des migrantes et des plus précaires.

Depuis plusieurs années, un certain nombre d’organisations utilisent les luttes féministes pour revendiquer toujours plus de répression à l’égard des travailleuses du sexe. Alors que le délit de racolage n’est toujours pas abrogé, et que les travailleuses du sexe sans papiers subissent régulièrement rafles et expulsions, ces organisations voudraient nous faire croire que la pénalisation des clients serait une mesure nécessaire à l’émancipation des travailleuses du sexe. Nous nous demandons de quelle émancipation il s’agit lorsque les conséquences d’une telle mesure seraient de une éprcarisation des femmes, une réduction de leur pouvoir de négociation face à leurs clients, et une vulnérabilité accrue aux violences et à l’exploitation.

Depuis plusieurs années maintenant, les organisations de travailleuses du sexe, mais aussi des associations féministes, de santé, n’ont en effet de cesse de prévenir des effets catastrophiques que des mesures prohibitionnistes auraient sur les conditions de travail, de santé, et de vie des travailleuses du sexe, et réclament des véritables mesures sociales pour soutenir les femmes qui en ont besoin.

En ce 8 mars, le STRASS participera donc de la mobilisation féministe à l’initiative du Collectif 8mars pour toutes, et appelle toutes les travailleuses du sexe et celles qui les soutiennent à rejoindre la manifestation qui partira de Belleville à 14H, pour revendiquer :

– l’abrogation immédiate du délit de racolage public et des arrêtés municipaux interdisant la présence des travailleuses du sexe dans certaines zones.

– l’opposition inconditionnelle à la proposition de loi de « lutte contre le système prostitutionnel ».

– la régularisation de touTEs les sans-papier, et notamment, pour les victimes de traite, la fin du conditionnement des titres de séjour à la dénonciation de leurs exploiteurs.

– un soutien économique aux mères célibataires, aux étudiantes, et aux femmes précaires en général

– l’individualisation des droits sociaux pour les femmes mariées ou pacsées.

– le droit au RSA sans condition d’âge.

– la dépathologisation de la transidentité, ainsi que l’interdiction de la discrimination fondée sur l’identité

de genre

– la garantie d’un accès à l’IVG dans les meilleurs délais pour toutes les femmes.

Par ailleurs, nous sommes également solidaires

– des femmes qui luttent contre les lois islamophobes qui les empêchent d’accéder à l’école ou d’accompagner leurs enfants lors des sorties scolaires.

– des grévistes de l’université Paris 8, en majorité des femmes, qui demandent une revalorisation de leurs salaires.

– des 18 « grévistes du 57 », qui occupent leur salon de coiffure à château d’Eau.

– du Planning Familial de Toulouse, menacé de fermeture faute de subventions.

RDV DIMANCHE 8 MARS, 14H BELLEVILLE

 

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le STRASS Toulouse était invité par l'émission féministe Voyelles

émission à télécharger et à écouter ici http://voyellesfm.wordpress.com/anciennes-emissions/2014-2/

Marie est notamment revenue sur l’altercation avec Zero Macho lors de la manifestation pour le droit à l’IVG, ainsi que sur la situation actuelle des travailleurSEs du sexe, et nos revendications.

Un grand merci à toute l’équipe de Voyelles pour cette émission !

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DROIT A L'IVG : RDV DIMANCHE 19/01 14H PLACE HENRI LANGLOIS

métro Place d’Italie

le 19 Janvier, les réseaux anti-IVG organisent une marche « pour la vie », en réalité une marche contre le droit des femmes à disposer de leur corps.
le 19 Janvier, nous serons là pour faire entendre que NOS CORPS NOUS APPARTIENNENT.

Cette manifestation aura d’autant plus d’importance que le droit à l’avortement est en ce moment même remis en cause en Espagne et en Suisse

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Réponse LeDoaré, votre féminisme est putophobe.

Le 3mars 2010, Christine Le Doaré dans son article sur le blog de Têtu : “Non votre féminisme n’est pas nouveau” s’attaque aux féministes pro-sexe qu‘elle qualifie tout au long de son texte de “nébuleuse alternative” constituée de “groupuscules et individus”. Faisant partie du collectif féministe qui a lancé ces autres appels aux marches annuelles du 8 mars, et étant directement citée comme organisation, le STRASS a proposé à Têtu ce droit de réponse qui a été refusé.

La position universaliste de Christine Le Doaré n’est pas nouvelle. Elle s’est toujours déclarée anti-communautariste et n’a jamais compris pourquoi des transpédégouines refusaient les politiques assimilationnistes qui leur demandent toujours de faire l’effort de bien se comporter auprès des hétéros, d’être bien sages et bien discretes, de ne pas s’afficher et provoquer, de ne pas faire de mariage symbolique dans Notre-Dame et de ne pas choquer les valeurs religieuses des croyants, de faire attention quand il y a des enfants, de ne pas faire de prosélytisme, de ne pas jeter du faux sang sur les murs de l’Élysée ou crier sur un Ministre de la Culture, et tout ça pour mériter d’être acceptées dans leur système qui continue de nous refuser ne serait-ce que l’égalité de leurs droits d’hétéros.

Mais ce qui fait polémique dans le monde féministe ce n’est pas tant les transpédégouines, qui de toute façon sont maintenant dans leurs propres mouvements. Et puis les féministes mainstream ont leurs propres lesbiennes, la plupart bien planquées sous le label “femme” ou “féministe” pour ne pas avoir à être visibles en tant que lesbiennes dans le mouvement, même si tout le monde le sait, et qu’en fait elles sont bien pratiques car il faut toujours des lesbiennes de service pour ne pas paraître homophobes.

Ce qui fait polémique en ce moment ce sont les putes et les musulmanes qui portent le voile, et c’est en particulier sur ces deux questions, parmi d’autres, que notre collectif féministe s’est fondé, puisque nous sommes exclues des mouvements féministes classiques. Le Doaré, fait mine de ne pas comprendre comment nous pouvons à la fois dénoncer la participation de GayLib aux Prides et nous plaindre d’être nous-mêmes exclues par ces féministes quand il s’agit pour elle d’exclusions comparables. Elle ne dit d’ailleurs pas qu’elle est contre la participation de GayLib mais précise bien pourquoi les travailleurs du sexe ne peuvent pas participer aux marches féministes.

Exclure les putes et les femmes voilées d’une manifestation féministe c’est se positionner politiquement contre des femmes minoritaires. Stopper 20 minutes le char de l’UMP à la Pride en fin de manif, c’est refuser qu’un parti politique menant des politiques homophobes et allant à l’encontre des revendications LGBTI puisse parader et faire sa promotion parmi les personnes mêmes qu’il opprime. Dans un cas il s’agit de protester contre l’exclusion de groupes opprimés, dans l’autre de demander l’exclusion d’un groupe oppresseur quand bien même ce groupe est représenté par ses gays-alibis qui lui servent de caution politique.

Oui il y a des travailleurs du sexe membres de ce collectif féministe, puisque nous en faisons partie avec d’autres, mais non nous ne demandons pas la légalisation de la prostitution. La prostitution est déjà légale. Nous demandons la décriminalisation de l’organisation du travail du sexe, dont le racolage.

Le STRASS, Syndicat du TRAvail Sexuel n’est pas majoritairement un groupe d’hommes biologiques. Le STRASS est composé de 10 % d’hommes, 20 % de trans’ et 70 % de femmes, et cette représentativité peut se retrouver dans le CA du syndicat. Plus de la moitié de nos membres travaillent dans la rue, ce qui est une très bonne représentativité étant donné que la majorité des travailleurs du sexe exercent à présent via Internet. Nul besoin d’ailleurs d’être un ou une “escorte de luxe” pour travailler sur Internet.

Cette attaque sur notre représentativité est courante. Chaque fois qu’un ou une travailleuse du sexe prend la parole publiquement on l’accuse tout de suite d’être non représentative. On fait pourtant rarement ou jamais ce procès aux autres mouvements, alors qu’on pourrait très bien le faire à l’encontre de Christine Le Doaré et de ses amies féministes, qui se font la spécialité de parler au nom des femmes tout en excluant les femmes minoritaires.

S’agissant des clients, ce n’est certainement pas Le Doaré qui va nous expliquer comment les hommes avec qui nous avons des rapports sexuels envisagent leur rapport à l’autre ou à l’intime. S’il y a des personnes qui ont peut-être une idée sur la question, c’est certainement davantage nous, les travailleurs et travailleuses du sexe, qui ayant baisé avec des centaines ou des milliers d’hommes ont plus de chances de comprendre comment ils fonctionnent sexuellement, bien que nous non plus ne soyons pas dans leur tête et ne puissions parler à leur place.

Le Doaré nous ressort le petit couplet classique sur les esclaves de l’Est et d’Afrique, et des gamins gays jetés de chez leurs parents, des traumatismes sexuels dans l’enfance, etc. Toujours les mêmes affirmations sans preuves. Ce qui est surprenant c’est que ce sont les mêmes qu’on sortait au sujet des homosexuels pour dénier leur légitimité à parler.

Elle devrait pourtant savoir en tant que lesbienne ce que ça signifie quand des homophobes lui disent qu’elle est devenue lesbienne à la suite de traumatismes sexuels inconscients dans son enfance, qu’elle souffre d’un Syndrome de Stockholm qui explique pourquoi elle prétend aimer sa condition et qu’elle ne réalise même pas à quel point sa sexualité est néfaste et dangereuse, que son mode de vie mène à la dépendance aux drogues et à l’alcool, aux contaminations d’IST et VIH, et à subir la violence des hommes. Face à cette vie de souffrance, aucune femme ne choisirait d’être lesbienne, aucun parent ne souhaiterait ça pour son enfant, et c’est pourquoi la plupart sont heureuses de pouvoir être guéries et réhabilitées par la bienveillante aide des experts. Ce que Le Doaré dit des putes, elle le dénoncerait comme lesbophobe si on en disait ne serait-ce qu’un dixième au sujet des lesbiennes.

Pour bien prétendre que les putes ne seraient pas libres, elle met le mot “volontaires” entre guillemets et donne l’exemple d’un cas particulier, celui d’une prostituée qui a arrêté par amour, pour en conclure que toutes veulent “s’en sortir”, et on note ici le même vocabulaire stigmatisant que pour designer les usagers de drogues.

Le Doaré nous sort un chiffre d’on ne sait où : “en France 92 % des prostituées veulent s’en sortir”. On ne sait même pas combien il y a des prostituées en France puisque ca fait 30 ans qu’on nous sort la même estimation de 15 000 à 20 000 prostituées et que personne n’est capable d’expliquer comment on a créé ce chiffre. Au même moment il y aurait 80 000 putes au Royaume Uni et 400 000 en Allemagne. Mais sans doute que la France est exceptionnellement moins penchée sur le sexe. En fait, nous avons une petite idée d’où ce chiffre sort : certainement de la militante abolitionniste Melissa Farley, connue pour aller dans les hôpitaux psychiatriques interviewer des putes pour en conclure que nous sommes victimes de désordres psychologiques post-traumatiques. Ce chiffre de 92 % apparaît dans son “étude” de la prostitution dans 5 pays: l’Afrique du Sud, la Thaïlande, la Turquie, les USA et la Zambie. En fait, il n’existe aucun chiffre de ce genre pour la France.

Mais pourquoi ne pas considérer ce chiffre comme universel. Seulement il faut voir aussi comment la question a été posée. Parce que si on pose aux personnes sondées la question de savoir “si on vous proposait quelque chose de mieux arrêteriez vous la prostitution ?”, on se doute bien que la plupart diront oui. Et si on vous proposait quelque chose de mieux, Madame Le Doaré, arrêteriez vous d’écrire sur des sujets que vous ne connaissez manifestement pas ? Vous, tellement convaincue que vous êtes de ne pas stigmatiser les prostituées, mais que faites-vous en nous décrivant comme des esclaves, violées et forcées, ou bien des escortes de luxe qui osent parler à leur place pour défendre les hommes et le capitalisme ?

Vous dites que les féministes comme vous ne veulent pas la poursuite des prostituées, mais que font-elles donc alors ces féministes pour lutter contre les lois répressives contre le proxénétisme, qui nous affectent directement en criminalisant le fait de travailler à plusieurs pour être en sécurité, le fait de partager un studio ou de prêter une camionnette pour bosser, le fait de passer une annonce dans la presse, ou que nos partenaires ou nos familles vivent d’une partie de nos revenus ? Que faites-vous? Vous les défendez. Parce que vous maintenez l’amalgame entre proxénétisme de soutien et proxénétisme de contrainte. Vous défendez même la criminalisation de nos clients, qui est une attaque directe contre nos revenus et notre existence.

Les bilans australien et néo-zélandais n’ont rien de désastreux, bien au contraire.(1)(2) La décriminalisation a permis de retrouver la confiance des travailleurs du sexe dans la police et de mieux lutter contre les violences subies en permettant que ces crimes soient enregistrés et pris en compte.(3) Elle a permis aux travailleurs du sexe de s’auto-organiser sans crainte de risques légaux au point qu’un char de travailleurs du sexe a fait sensation au dernier Mardi Gras LGBT de Sydney il y a quelques jours.(4) Il reste certes des problèmes pour les travailleurs du sexe souffrant d’addictions ou étant non documentés et il reste encore de la traite des êtres humains, mais comme dans tous les autres secteurs économiques dont la légalité n‘est pas suffisante en soi pour lutter contre ces problèmes. Il ne s’agit pas de nous croire sur parole mais de simplement regarder les faits en face et d’arrêter de répéter les mêmes mensonges et chiffres faux ou formules toutes faites, comme l’amalgame persistant entre prostitution et esclavage.

Non, défendre les droits des travailleurs du sexe ce n’est pas “défendre les industries capitalistes et mondialisées du sexe”. Oseriez-vous dire des autres syndicalistes qui luttent pour la survie de leur emploi, contre leurs licenciements ou de meilleures conditions de travail qu’ils sont tous des libéraux capitalistes mondialistes complices des exploiteurs pour accepter de mettre leur corps à disposition du capital ?

Et vous avez beau nous sortir un couplet sur le bon vieux Marx, ça ne fait pas de vous une championne de la lutte des classes. Le travail sexuel n’est pas une invention du capitalisme. Ca a existé un peu plus longtemps on va dire. L’exploitation de l’homme ou de la femme par l’homme existe partout. Or, la différence que vous faites pour les travailleurs du sexe ne se résume qu’à l’usage de notre sexe. Parce que vous ne qualifiez pas les autres travailleurs d’objets, et pour cause. Vous maintenez une hiérarchie entre ceux qui seraient de vrais travailleurs et ceux qui ne seraient que des corps-objets et par là-même empêchez toute forme de solidarité.

Mais nous devons vous dire, Madame Le Doaré, que ce qui fait de nous des objets, ce n’est pas le fait de nous faire enculer ou de sucer des bites pour de l’argent. En tout cas pas plus que quand on travaillait dans les autres boulots que la plupart d’entre nous faisions avant le travail du sexe, 35 heures par semaine, et avec un patron sur le dos. Parce que se faire pénétrer ne veut pas dire que l’on donne son corps. Parce que l’organe le plus important que nous utilisons pour baiser est notre cerveau, bien que vous pensiez sans doute, à vous lire, que nous ne faisons qu’écarter les jambes en attendant que ca se passe.

Ce qui fait de nous des objets, ce sont les discours politiques comme le vôtre qui tentent de nous réduire au silence en discréditant nos mouvements. C’est le fait de vouloir criminaliser nos partenaires sexuels comme lorsque les jeunes transpédégouines ne pouvaient pas baiser avec des plus de 21 ans. C’est le fait de nous refuser les mêmes droits qu’aux autres travailleurs et citoyens sous prétexte que ce serait encourager l’exercice de la prostitution. C’est le fait de refuser de reconnaitre notre auto-détermination et jusqu’aux mots que nous employons pour nous définir nous-mêmes.

En matière de lutte de classes, les féministes non-putes auraient beaucoup à apprendre des féministes putes. Votre abolitionnisme est né dans l’Angleterre victorienne qui considérait que les femmes devaient rester asexuelles en-dehors du mariage. A celles qui ne se pliaient pas à cette injonction était réservé le sort de femme déchue, y compris aux lesbiennes, d’ailleurs, puisqu’une femme respectable ne pouvait se douter que de telles pratiques existaient. Josephine Butler, la fondatrice de ce mouvement n’a jamais caché ses valeurs et son sens du devoir chrétien pour sauver les femmes déchues. Il ne faut pas s’étonner d’où vient cette expression de “vente du corps” quand autrefois les femmes du peuple étaient accusées de sorcellerie par d’autres femmes pour “vendre leur âme au Diable”. Oui, il s’agit bien d’héritage religieux, et les abolitionnistes sont autant, si ce n’est plus, issus de mouvements chrétiens que féministes.

Il s’agit aussi d’une philosophie de classe, car ce sont ces féministes victoriennes des classes supérieures qui ont entrepris de vouloir moraliser leur société trop encline au sexe, tout comme quand vous décrivez la sexualisation à outrance dans les médias. Le discours n’a pas tant changé. Ces féministes qui prétendaient vouloir le bien des femmes prostituées, elles non plus ne semblaient pas trop préoccupées par le fait que leurs campagnes anti-prostitution résultent en de nouvelles lois répressives, comme la criminalisation du racolage ou encore de l’homosexualité masculine en 1885 par le Criminal Amendment Act.

Elles ne s’en préoccupaient pas car à cette époque il était normal de civiliser le peuple et d’apporter l’œuvre civilisatrice bienfaitrice en colonisant le reste du monde. Un peu comme aujourd’hui, quand sous couvert de lutter pour l’émancipation des femmes afghanes on envahit leur pays, ou quand pour apporter la démocratie on impose des élections frauduleuses.

Et oui, votre féminisme est un féminisme blanc et de classe. Autre exemple, quand le CNDF fait appel à la protection de la police et de l’Etat contre les violence faites aux femmes. Pendant ce temps-là, les femmes du peuple savent qu’elles ne peuvent pas faire confiance à une police qui préfère protéger la propriété privée et les riches plutôt que les pauvres. Pendant ce temps-là, les putes sont violées par les flics, comme encore la semaine dernière à Nice. Et là, bizarrement, on n’entend jamais les féministes mainstream pour dénoncer les viols des putes. Ah ben oui, c’est vrai, il suffit de dénoncer la prostitution en tant que telle puisque toute prostitution est en soi un viol… Désolées, mais nous on sait encore faire la différence entre un rapport consenti et un viol.

Défendre le droit de se prostituer, c’est défendre le droit de disposer librement de son corps quand bien même ça ne plaît pas aux féministes bourgeoises de savoir ce que les femmes du peuple font avec. Pourtant elles font bien souvent la même chose, sauf que ca ne s’appelle pas prostitution pour elles, mais mariage et rendez-vous amoureux ou fêtes de la St-Valentin. Oui, le travail du sexe est une contrainte économique, comme tous les métiers. Mais vous ne dites ça que pour nier notre libre choix. Or c’est facile pour des bourgeoises, quand elles n’ont pas à faire ce choix-là justement.

La plupart des femmes n’aimeraient pas avoir à faire le choix d’avorter par exemple. Mais nous sommes bien toutes contentes que l’avortement soit légal et qu’il puisse se faire dans de bonnes conditions, quand bien même on n’avorte pas par plaisir. Lutter contre la prostitution sous prétexte que des femmes en meurent c’est comme lutter contre l’avortement sous prétexte que des femmes en meurent.

Évidemment, comme d’habitude, on nous vante le “modèle suédois”. Mais contrairement à la Nouvelle-Zélande et l’Australie, le gouvernement suédois n’autorise pas d’études indépendantes sur sa loi. Mona Sahlin, l’ancienne ministre pour l’égalité de genre, explique qu’évaluer la loi de criminalisation d’achat de services sexuels serait comme évaluer les lois sur le viol et la pédophilie. Contrairement à la Nouvelle-Zélande et l’Australie, en Suède les travailleurs du sexe sont exclus des débats et consultations sur les politiques les concernant. La ministre de la Justice Beatrice Ask a déclaré que la Suède ne devait pas respecter le droit des prostituées de choisir librement de travailler comme prostituées ni les laisser être entendues sur les sujets qui les concernent, car ce serait un point de vue étranger qui ne correspond pas à celui dont elle pense qu’on devrait l’avoir.(5)

Le point commun des luttes pro-putes et des luttes anti-racistes c’est donc déjà d’être discriminées par les féministes mainstream. Mais c’est aussi de se placer en-dehors de leur universalisme républicain, comme si toutes les oppressions de genre étaient celles de blanches bourgeoises, juristes en entreprise comme vous par exemple.

Par exemple, quand vous parlez de “double et triple oppression” comme s’il s’agissait uniquement d’additionner une à une les discriminations, vous faites encore une erreur d’analyse. Le problème est davantage l’intersectionalité entre ces discriminations, qui fait que quand bien même on ajoute le racisme au sexisme, on continue de percevoir le racisme comme un problème d’hommes noirs et arabes et le sexisme comme un problème de femmes blanches. Il suffirait pourtant juste de lire Bell Hooks, surtout maintenant qu’Elsa Dorlin a publié une compilation sur le black feminism.

Ce que vous ne semblez pas encore avoir compris, pour ignorer les liens entre luttes putes et luttes anti-coloniales et anti-racistes, c’est que la criminalisation du travail sexuel sert a lutter contre l’immigration. Toutes vos histoires sur la traite des femmes, si vous étudiez ne serait-ce qu’un petit peu le problème, ou si vous étiez en contact avec des putes migrantes, vous comprendriez que c’est un problème de contrôle migratoire qui n’a rien à voir avec la demande des hommes pour du sexe. Quand on peut migrer et travailler légalement, il n’y a aucune raison de s’endetter auprès de passeurs ou organisations plus ou moins criminelles. On peut juste faire la même chose auprès de sa banque qui trouvera d’autres moyens légaux que la violence pour vous faire rembourser vos dettes.

Les luttes lesbiennes et trans’ sont elles aussi liées à celle des travailleurs du sexe, ne serait ce que parce que les transpédégouines sont nombreuses dans l’industrie du sexe. Mais aussi parce que si on compare les mécanismes de discriminations, il n’y a pas tant de différences entre par exemple des psys transphobes qui se posent en experts de ce qu’on peut faire de son sexe ou non en réduisant les trans’ à des malades, victimes de trouble de l’identité, et des abolitionnistes qui nous expliquent que c’est mal de se prostituer et qu’ils vont nous sauver avec leur centre de réhabilitation où on fait faire aux putes des travaux tellement pourris et non-formateurs que la plupart retournent sur le tapin après. Il n’est en effet donc pas étonnant de trouver certaines de ces féministes bourgeoises être à la fois transphobes et putophobes, pour ne citer en exemples que Janice Raymond ou Patricia Mercader.

Les “meilleurs alliés des mafieux du crime organisé et des patrons des industries du sexe” ne sont pas ceux que vous croyez. En maintenant la criminalisation des travailleurs du sexe, en voulant celle de nos clients, et en nous excluant du droit commun, c’est vous qui leur permettez de nous exploiter sans que nous ne puissions avoir le moindre recours légal contre eux.

Et pour quelqu’une qui prétend être contre l’industrie du sexe et pour la criminalisation des clients, il est tout de même surprenant de faire héberger son blog par le site web du magazine Têtu qui bénéficie directement de l’argent de ses annonceurs de l’industrie du porno, ou encore de faire business avec les monsieur gay propres de la mairie de Paris pour faire subventionner son centre LGBT, alors que la plupart d’entre eux sont clients et/ou se branlent sur les films porno dans lesquels les membres du STRASS jouent.

(1) http://www.justice.govt.nz/policy-and-consultation/legislation/prostitution-law-review-committee/publications/plrc-report/report-of-the-prostitution-law-review-committee-on-the-operation-of-the-prostitution-reform-act-2003

(2) http://192.190.66.46/search/serve-db-document.tcgi?collection=first&record_id=35473/

(3) http://www.scarletalliance.org.au/library/quadara08/file_view

(4) http://www.youtube.com/user/queerRTchoke#p/a/u/0/Wt2NMmKIZBs

(5) http://www.ihra.net/Assets/276/1/2008_Wednesday_Concurrent_SexWork_Jakobsson.pdf

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STRASS, Syndicat du Travail Sexuel
c/o Act Up-Paris
8 rue des Dunes
75019 PARIS

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