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QUELS SUCCÈS POUR LA PÉNALISATION DES CLIENTS EN NORVÈGE ?

Il y a quelques jours a été publié le rapport de l’évaluation par le gouvernement norvégien de la loi de pénalisation des clients en Norvège après 5 ans d’application. Puisque les prohibitionnistes se réjouissent déjà de ce qu’ils considèrent comme une preuve de succès, il nous semble nécessaire de faire le point sur ce que ceux-ci nomment un succès.

Si le rapport est en norvégien, un sommaire en anglais (à partir de la page 11) y est cependant inclus, à partir duquel il nous est déjà possible de remettre en cause les succès affirmés.

L’évaluation semble en effet se vanter de la diminution de la prostitution et de la traite à des fins de prostitution. Pourtant, elle reconnait dans le même temps qu’elle ne dispose d’aucune donnée fiable pour comparer les chiffres avant et 5 ans après le passage de la loi. Certes, on lit que le travail de rue (qui a toujours été très minoritaire dans un pays comme la Norvège) a diminué (comme il a également tendance à le faire dans tous les pays du monde, cependant). Plus exactement, que “Lorsque la police a stratégiquement ciblé le marché, nous constatons une nette diminution du nombre de personnes dans la prostitution” (“When the police have strategically targeted the market, we see a clear fall in the number of people in prostitution” p. 12). En d’autres termes, la réduction du nombre de travailleur-se-s dans la rue pourrait être moins due à la loi en elle-même qu’à la présence policière. En ce qui concerne le travail indoor, le rapport reconnait que ses estimations sont “considérablement plus incertaines” (“considerably more uncertain” p.12) mais que “notre meilleur estimation – avec un haut degré d’incertitude – est une réduction du marché de l’ordre de 10-20 pourcents comparé à la situation avant la loi” (“Our best estimate – with a high degree of uncertainty – is a market reduction of 10-20 percent compared to the situation before the law.” p.12)

De la même manière, il peut sembler délicat de parler d’une diminution de la traite alors qu’il est fait état que de manière générale les travailleur-se-s du sexe sont aujourd’hui moins susceptibles qu’avant la loi de dénoncer les violences dont elles sont victimes : alors même que le rapport affirme, du reste comme de nombreux-ses prohibitionnistes ici, que “la loi qui criminalise l’achat de services sexuels renforce les droits du/de la vendeurSE dans le sens où l’acheteur peut être dénoncé à la police” (The law that criminalises buying sex strengthens the rights of the seller in the sense that the buyer can be reported to the police” p. 14) , il explique dans le même temps qu’en ce qui concerne les travailleurSEs indoor, “Le seuil à partir duquel un client violent sera signalé à la police semble également être plus élevé depuis la loi. Les personnes dans la prostitution ont peur que de telles actions leur portent préjudice plus tard” (The threshold for reporting a violent customer to the police also seems to be higher after the law. People in prostitution are afraid that such actions will come back to halt them at later stages” p. 14). Un de ces préjudices pourrait notamment être la perte de son logement, puisqu’un précédent rapport nous apprenait l’existence de l’opération “homeless” (sans-abri), qui consiste en des opérations lors desquelles la police prévient les propriétaires des appartements loués par les travailleur-se-s du sexe qu’ils seront poursuivis pour proxénétisme s’ils n’expulsent pas leurs locataires.

Cela est d’autant plus inquiétante que le rapport nous apprend également que les travailleur-se-s du sexe ont baissé leurs tarifs et disposent d’un moindre pouvoir de négociation maintenant qu’avant cette loi : “ dans cette branche [le secteur indoor] du marché de la prostitution, les prix sont maintenant plus bas qu’avant l’introduction de l’interdiction” (“in this branch of the prostitution market the prices are lower now than before the introduction of the ban” p. 12) et “le client a désormais peur de se faire attraper, ce qui peut résulter en un temps réduit pour décider de passer ou non un accord avec le client aussi bien qu’en une baisse des prix.” (“The customer is now afraid of being caught and this can result in less time to decide whether to strike a deal with the customer or not as well as lower prices” p.14). On lit également que “les hommes et les femmes dans la prostitution ont besoin de travailler plus maintenant afin de s’assurer des revenus similaires à ceux de 2008”. (“Men and women in prostitution need to work harder now in order to secure 2008 income levels” p.12) ou encore que “les femmes dans le marché de rue rapportent avoir une position plus faible pour négocier et plus d’inquiétudes quand à leur sécurité maintenant qu’avant que la loi soit introduite” (“women in the street market report to have a weaker bargaining position and more safety concerns now than before the law was introduced” p.14)

Pour résumer, et reprendre à nouveau les mots du rapport : “L’interdiction de l’achat de services sexuels en combinaison avec l’interdiction du proxénétisme et des intermédiaires ont rendu plus difficile la vente de services sexuels en Norvège, notamment si de telles activités sont menées dans des hôtels ou des appartements” (“The ban on purchasing sex in combination with the ban on pimping and pandering have made it harder to sell sexual services in Norway, especially if such activities are conducted in hotels and apartment collectives” p.14) : les travailleurSEs du sexe norvégienNEs doivent travailler plus, à des tarifs plus bas, ont perdu de leur pouvoir de négociation face aux clients, et signalent moins qu’avant les violences dont elles peuvent être victimes. Tout cela en échange d’une baisse (incertaine) du travail sexuel de l’ordre de 10-20%.

Si c’est là ce que les défenseurs du modèle de pénalisation des clients appellent un succès, nous ne cesserons de combattre cette auto-satisfaction et de la révéler pour ce qu’elle est : une volonté d’en finir avec la prostitution, et peu importe si cela coûte la vie des travailleurSEs du sexe. 

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