Strass Syndicat du travail sexuel - TravailleurSES du sexe en lutte !

« J’ai fait une vidéo Jacquie et Michel » Rencontre avec Léonarda Guinzburg

Les mauvaises conditions de travail ne sont pas rares dans l’industrie pornographique, mais leur dénonciation l’est bien plus. En tant que syndicat qui dénonce depuis toujours les liens entre manque de reconnaissance du travail sexuel et augmentation de l’exploitation des travailleurSEs, le STRASS tient à manifester tout son soutien à Léonarda Guinzburg, en republiant l’article tiré de son témoignage et d’abord paru sur le blog « le cabinet de curiosité féminine ». D’ailleurs, cet article vaut actuellement à Léonarda des menaces anonymes sur Facebook

Le site porno Jacquie et Michel a un concept marketing fort, un storytelling bien rôdé : des femmes leur envoient un mail car elles ont envie de tourner dans une vidéo de cul. Et Jacquie et Michel, en bons samaritains, leur rend ce service. Après tout, il faut faire plaisir à son prochain ! Evidemment, ceux qui s’y intéressent un peu savent que pour la plupart, ces femmes sont des actrices porno qui débutent. On est loin de la girl-next-door-grosse-chaudasse, mais qu’importe.

J’ai eu la chance de rencontrer Léonarda qui a tourné dans une de ces vidéos. Elle a eu envie de partager son expérience.

Nous nous retrouvons dans un bar à Pigalle, rien à voir avec notre sujet mais bien plus avec la rencontre de nos lignes de métro. Léonarda est blonde, belle, vient de l’est de la France mais son accent est russe et lui donne un charme supplémentaire. Elle m’attend en sirotant une bière. Elle est venue avec son amie, Doris, transgenre qui préfère la tisane et m’exprime très vite son mépris pour Jacquie et Michel. Doris préfère le porno américain ou à la rigueur Explicit’Art. Avant que l’on ne débatte de la qualité cinématographique des films pour adulte, je reprends mon sujet et demande à Léonarda de me raconter son expérience.

Léonarda a toujours aimé le sexe. Quand elle voit ses premiers pornos, ça l’excite et elle se souvient d’avoir été surprise en entendant ses copines dire qu’elles n’aimaient pas ça du tout. Fausse pudeur, culpabilité judéo-chrétienne ?… Elle entame ses études et en parallèle commence un peu de mannequinat. Le sexe, le cul et le porno font toujours partie de sa vie et elle nourrit le désir ou le fantasme de tourner dans un film une fois au moins pour voir. Elle a une petite vingtaine d’années alors. Elle se lance, passe une annonce sur un site spécialisé et reçoit de nombreuses réponses et propositions en tout genre. Dont celle d’un « agent d’actrices de X ». A l’époque, elle ne sait pas que le métier existe d’autant moins qu’il est assimilé à du proxénétisme. Elle se sent au contraire rassurée par le titre et rentre en contact avec lui. « Le tournage avait lieu à Paris. Sur le trajet, il a commencé à me parler du métier d’escorte et à me dire que je pourrais bien gagner ma vie, se souvient-elle. Moi j’étais jeune et je voulais juste faire un porno pour réaliser un fantasme en fait. Je voulais quelque chose de beau, genre Gina Wild*. »

 

Double pénétration

Le pseudo agent emmène Léonarda dans un appartement où elle est briefée sur le « scénario ». Deux tournages sont prévus : un le matin avec un seul partenaire et un autre l’après-midi avec deux partenaires, le maximum que Léonarda avait dit accepter. Mais une fois sur place, ils sont quatre hommes. « Je me suis sentie prise au piège et évidemment, je n’avais pas d’argent pour rentrer chez moi. En plus, un des acteurs n’avait pas sa carte d’identité. Du coup, je ne me sentais pas rassurée : ni sur la qualité, ni sur l’hygiène ! ». Le tournage se passe, jusqu’à ce que le réalisateur annonce une double pénétration qu’elle refuse. Il râle, se met à négocier en lui proposant une double vaginale (ni Léonarda ni moi ne comprenons en quoi c’est une concession..) mais Léonarda reste ferme. « Ce qui était insupportable, c’était de devoir en discuter. Si je ne voulais pas le faire, je ne voulais pas le faire, un point c’est tout », m’explique-t-elle. A ce stade, personne ne lui a dit que la vidéo était destinée à Jacquie et Michel. Elle ne le découvrira que plus tard, avec déception.

 

« Le boss c’est moi ! »

Près d’un an après cette première expérience, alors qu’elle est à Paris pour quelques jours, elle est contactée en urgence : une actrice les aurait planté, ils ont besoin qu’elle vienne. Elle paie le taxi qui l’emmène jusqu’au Concorde Lafayette où l’équipe de tournage l’attend dans une suite. « La chambre est sublime, il y a de la lingerie très belle, plusieurs acteurs,… Et Michel en personne. Très sympathique. Je vais sous la douche pour me préparer et je remarque Michel en train de me filmer par l’embrasure de la porte de la salle de bains. Je lui demande d’arrêter, je lui dis que je ne suis pas prête, on rigole un peu et je ferme la porte. « Le boss c’est moi ! », se met-il à hurler en ouvrant la porte et en me jetant dehors comme une malpropre. Je lui demande alors de me rembourser au moins le taxi. Il refuse. Je menace d’appeler la police et il me jette l’argent à la figure. C’est pour ça que j’ai eu envie de raconter mon expérience ! Parce que les filles imaginent qu’elles vont vivre une expérience sympa, sexy, mais le plus souvent c’est juste violent et humiliant. », m’explique-t-elle.

Léonarda n’aime pas se voir elle-même. Elle n’a pas regardé sa vidéo sur Jacquie et Michel, mais de toute façon, elle n’aime pas le porno que propose ce site. Si elle avait su que c’était pour Jacquie et Michel, elle n’y serait pas allée. Elle a eu d’autres expériences depuis et y a même pris du plaisir. Elle est aujourd’hui travailleuse sexuelle et trouve que les actrices porno (également travailleuses sexuelles de son point de vu) ne sont pas assez bien payées. « Sur Jacquie et Michel, les mecs viennent juste tirer un coup et ils ont les filles pour pas cher, c’est tout. Il vaut effectivement mieux être escorte. C’est mieux payé et on est son propre patron », conclue-t-elle.

 

*Gina Wild est une star du porno allemande de la fin des années 90 et des années 2000.

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